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Circulation - 40 - - 41 - N°951 - Février 2017 N°951 - Février 2017 Nouveau drame sur la RCEA La Route de la mort a encore tué Toutes les fois, c'est la même chose : après un accident sur la RCEA, les pouvoirs publics rappellent que des travaux sont en cours pour réduire la dangerosité de la Route de la mort. Mais sur le terrain, on ne voit rien changer, si ce n'est les ex-voto qui signalent les lieux où des conducteurs et leurs passagers ont perdu la vie. Début janvier, un car transportant des Portugais jusqu'en Suisse s'est renversé, entrainant la mort de quatre des passagers. Ce drame a eu lieu non loin de l'endroit où, en mars dernier, un minibus s'était fracassé sur un camion italien (voir LR n°943). A l'époque, comme pour cet accident plus récent, on avait entendu un couplet bien connu des pouvoirs publics : main sur le cœur, ils expliquent que tout est fait pour doubler les voies autant que possible et éviter les dépassements intempestifs des automobilistes excédés par la limite de vitesse imposée aux camions et cars, assortie de zones interminables (qui atteignent parfois 30 km !) où il est interdit de doubler. Mais qu'en est-il réellement et pourquoi les choses ne changent-elles pas plus vite ? Pour le comprendre, remontons la pendule du temps jusqu'en 2011. A la suite d'un énième accident sur la RCEA (Centre-Europe Atlantique), qui mérite bien son surnom de Route de la mort, Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l'Ecologie, annonce alors que le gouvernement a proposé aux sociétés d'autoroutes de prendre cette voirie sous concession dans l'Allier et en Saône-et-Loire. Péage, une mauvaise idée Charge à eux de faire les travaux. Et aux usagers, d'acquitter un péage. A l'époque, Arnaud Montebourg est président du conseil général de Saône-et-Loire. La décision du gouvernement de droite l'ulcère et il n'est pas seul dans son combat : ni les habitants ni la Fédération nationale des transports routiers ne veulent entendre parler d'un péage. En décembre 2011, il organise même une « votation citoyenne » qui recueille (ô surprise) 94,8 % de « non » au projet de péage. Même le député UMP de Saône-et-Loire, Gérard Voisin, regarde la solution de la concession avec méfiance. Il propose « d'utiliser la redevance poids lourds pour financer les travaux ». Ce projet repris par le conseil général présidé par Montebourg prévoit le transfert de la route par l'Etat aux deux départements, qui pourraient financer les travaux grâce à l'écotaxe dont l'entrée en vigueur est prévue pour 2013. En janvier 2012, peu avant la présidentielle (comme d'habitude), les projets sont relancés et Nathalie Kosciusko-Morizet abandonne l'idée de la concession au profit de la solution transfert + écotaxe. A son arrivée en mai 2012, le gouvernement de Hollande commence par geler la mise en concession, puis l'écotaxe fait long feu sous la pression des « bonnets rouges ». 440 millions annoncés Après quoi Frédéric Cuvillier, alors chargé des Transports, annonce malgré tout « un plan de relance RCEA » pour 440 millions d'euros sur onze ans. En clair, une accélération des travaux est lancée, mais de la vitesse de l'escargot on passe à celle de la tortue... Depuis le dernier drame, Alain Vidalies, ministre des Transports, a rappelé dans un communiqué publié le lendemain de l'accident que le gouvernement a engagé « une opération de plus d'un milliard d'euros sur les deux départements de l'Allier et de la Saône-et-Loire ». Et de préciser : « Il s'agit de l'un des plus grands chantiers routiers de France. Le calendrier d'aménagement connaît un rythme soutenu ». Mais avec la cadence des accidents très graves qui se succèdent, on pourrait espérer que les travaux soient véritablement accélérés. De fait, il n'en est malheureusement rien. Cette situation est d'autant plus grave que l'autoroute A89, qui pourrait constituer un parcours parallèle plus sécurisant, rallonge les parcours. De plus, elle est hors de prix avec en prime un tracé qui a une grande tendance à faire surconsommer les camions, ce qui fait que les entreprises demandent à leurs chauffeurs de ne pas la prendre (voir LR n°911). Cerise sur le gâteau des incompréhensions, l'A89 est l'une de celles qui rapportent le plus avec 346 000 ? du kilomètre (chiffre Arafer de 2015), pour un bénéfice net de 385 million pour son exploitant en 2015. Il serait si simple pour le gestionnaire de l'A89 d'inverser la courbe des accidents en incitant son utilisation par une réduction des prix du péage ! Cette mesure la mettrait en adéquation avec le rapport prix/service. Mais voilà, les rois du béton et de l'autoroute se préoccupent davantage de leurs bénéfices de fin d'année que de la vie des conducteurs... D'après le journal La Gazette des communes, le taux de mortalité généré par la RCEA en 2013 était cinq fois supérieur à celui d'autres routes nationales du même type. Avec les derniers drames, ce taux n'a certainement pas baissé ! • Jean BLANC Le nombre de morts fait de la RCEA l'axe le plus dangereux de France. Mais les accidents, les récriminations des usagers et celles des habitants semblent laisser indifférents les pouvoirs publics. La quatre-voies tarde à arriver... Photos Leligny Limitation de vitesse imposée aux camions à 80 km/h et aux voitures à 90, assortie de zones où on ne peut doubler sur plus de 30 km... Voilà quelques-unes des causes de l'énervement qui provoque des accidents.