presentationequipeabonnementboutiquepubContact

- 64 - - 65 - N°954 - Mai 2017 N°954 - Mai 2017 Dossier Les camions préférés des Français Tour d'horizon des marques Pour une fois, plutôt que de partir en reportage au bout du monde, nous sommes tout simplement allés à la recherche des camions les plus vendus en 2016 en France, afin de faire ressortir ceux qui devraient tenir le haut du pavé en 2017. Les vendeurs de camions peuvent être heureux avec le nombre de ventes qu'ils ont réalisées en 2016 : 47?131 camions de plus de 5 t ont été commercialisés, contre 41 718 en 2015 (chiffres Csiam). S'ils espèrent faire mieux en 2017, on a envie de leur rappeler que les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel. En rappelant cet adage, on ne joue pas les rabat-joie ou les casseurs de rêves. Mais bon nombre d'économistes expliquent que ces chiffres record sont déjà supérieurs de 5 000 unités au marché naturel d'un pays comme le nôtre. Cela dit, réjouissons-nous car la hausse des ventes de camions a mécaniquement entrainé une demande de nouveaux conducteurs. Pour d'autres, qui étaient salariés du transport, elle marque même un retour vers l'emploi, ce qui n'est pas non plus à négliger. D'après les calculs établis par OPTL (Observatoire des métiers du transport et de la logistique), plus de 5 000 emplois ont été créés l'année dernière. Ce redémarrage des ventes marque un retour du monde des transports au niveau d'avant la crise. De plus, il a permis à bon nombre de conducteurs de réaliser leur rêve en passant du porteur au tracteur : les 26 884 tracteurs vendus ont représenté une hausse de 7,8 % par rapport à 2015, soit plus de 2 000 véhicules en plus pour lesquels il a fallu trouver des conducteurs d'ensembles routiers. En porteurs aussi, 2016 fut un bon cru avec une progression significative des ventes (+20,7 %) pour atteindre 20 266 unités, et à la clé des embauches sur ce secteur. Ajoutez à cela les départs en CFA (tant que le dispositif de départ anticipé perdure), qui libèrent autant de places pour ceux qui veulent prendre le volant d'un camion? Une situation qui fait que depuis deux ans, les élèves routiers au sortir des écoles de formation n'ont pas de problème pour trouver du boulot. Ça tourne pour Scania et Daf Du côté des marques, trois constructeurs tirent leur épingle du jeu en termes d'image et de popularité. Les fanas du griffon seront contents d'apprendre que malgré la fin de vie de son grand-routier et l'arrivée de son remplaçant S/R, Scania est l'une des marques qui a le plus progressé en parts de marché. Certes, le suédois reste un petit, en n'étant que la 5e marque de l'hexagone avec 5 538 immats, mais il a progressé de 12,49 % par rapport à 2015 ! Les amoureux de la marque n'ont eu qu'à se féliciter du cours des choses, car là où un nouveau modèle apparaît, il y a toujours des opportunités d'obtenir de bons tarifs en achetant la génération précédente, ce qui permet de rentrer à moindre prix dans le club très envié du griffon. La véritable explosion des ventes a eu lieu chez Daf, avec une progression de plus 23 %... Cela place le hollandais à la 3e marche du podium en France, avec 5 815 immats, derrière Mercedes (7 087 immats). La place de 2e du constructeur à l'étoile est obtenue notamment grâce à ses bonnes ventes sur le segment du BTP (plus de 1 000 Arocs), où Mercedes et Man se tirent la bourre, ce dernier gardant toutefois une longueur d'avance. Dans le « toutes roues motrices » et le TP, Man maintient en effet son rang de roi du off-road avec une progression de 25,3 % : de 655 immats en 2015, il est passé à 821 en 2016. De son coté, Renault Trucks a du mal à se remettre d'une mauvaise gestion de RVI par Renault Automobiles dans les années 1970 à 80. La marque au losange est en train de récupérer du terrain et de remonter dans les c?urs, pour retrouver en partie l'image des Berliet TR des Renault AE. Elle est toujours le leader du marché avec 12 531 immatriculations, mais en faisant une triste performance par rapport à 2015, sa progression étant inférieure à celle du marché. L'autre marque du groupe AB Volvo, Volvo Trucks, réalise une année stable en maintenant une pénétration supérieure à 12 %. Il faut dire qu'on l'associe naturellement à des véhicules puissants et de qualité. Quant à l'italien Iveco, étrangement méconnu durant des années, il revient à la surface grâce aux moteurs Cursor produits en France. Courant 2017, cette remontée devrait être boostée par l'arrivée imminente d'une version plus puissante du Stralis actuel au gaz (baptisée NP) avec un moteur de 13 l. Avec 5 293 immats, Iveco préserve une part de marché au-dessus de ses 10 % historiques, malgré un léger tassement dans les tracteurs qui est peut-être dû aux bruits annonçant un Stralis complètement renouvelé pour 2018 (voir LR n°951 p.64). Jean BLANC Man est au camion ce que les Audi sont aux voitures. ? Les grandes puissances comme produit d'appel Les véhicules de plus de 600 ch font rêver, mais ne représentent pas beaucoup de ventes en France. Tout juste deux petites centaines de camions par an. Par contre, dans le monde, tous les ans, cela fait quand même une belle cavalerie de 5 000 véhicules. Mais les marques qui les cultivent reconnaissent que les grandes puissances sont avant tout un moteur d'intérêt pour attirer vers les camions plus standard? On a beau dire que la puissance ne fait pas vendre, il n'empêche que plus de 10 % des tracteurs routiers font partie des « King de la route » avec des puissances de plus de 500 ch. Dans les gammes des constructeurs, ils font indéniablement de « moteurs d'attractivité » envers le reste de la gamme. Cela explique pourquoi des marques comme Scania ou Volvo demandent à leurs ingénieurs de continuer à en développer, bien que ce soit un marché de niche. Pour Volvo, l'entrée dans le monde des grandes puissances s'est faite avec le F88 de 290 ch en 1965, et dans cette continuité avec le F89 de 330 ch en 1977. Mais sa réelle éclosion a commencé avec la commercialisation du F16 de 470 ch en 1987. Depuis, la pression dans ce sens n'a pas été relâchée. Résultat, vingt-cinq ans plus tard, Volvo domine avec 750 ch. Sur cette version du FH repose aujourd'hui l'image de marque du constructeur de Göteborg, qui sert de vitrine pour des solutions technologiques très sophistiquées comme la boite double embrayage (comme sur les berlines de luxes), les roues avant indépendantes (comme sur les autocars) ou la direction à assistance électrique. Chez Volvo, le FH16.750 est indéniablement un aimant pour attirer les clients, comme lorsque Fiat installe une Ferrari dans sa vitrine... ou qu'Iveco présente des Stralis aux couleurs de la Scuderia. Mais pour autant, il se vend plus de voitures rouges que de FH16 puisqu'en 2016, 24 seulement ont été écoulés en France. Celui que l'on a surnommé pendant des années « le petit constructeur européen de camions », à savoir Daf, est depuis des années comme la petite bête qui monte, qui monte dans l'estime que les routiers lui portent. Ce qu'ils apprécient surtout, c'est le confort et l'agrément de conduite de ses camions. Daf est aussi le seul qui a toujours opté pour la raison en ne faisant qu'une entrée éclair dans le club des grandes puissances. C'était dans les années 90, avec un moteur Cummins de 14 l et 503 ch. Daf est la marque qui a fait le plus de progrès depuis deux décennies pour la qualité de ses cabines. Photos X D.R. Dans son FH 16 de 750 ch, modèle le plus puissant du marché, Volvo intègre le nec plus ultra de la technologie. Daf et Iveco, deux façons différentes d'évoluer Durant les dernières décennies, Daf a su acquérir lentement mais sûrement une bonne image de marque et concevoir des véhicules en adéquation. De son côté, Iveco a lui aussi amélioré ses véhicules mécaniquement, en se préoccupant cependant moins de leur finition. L'italien est en train de rattraper ce retard. L'américano-néerlandais Daf est certainement celui qui, durant ces trente dernières années, a fait le plus de progrès dans le secteur du confort offert par la cabine. Il faut dire que lorsqu'est arrivé le 95, la marque avait tout à gagner sur ce plan : elle est passée du camion de patron inconfortable et bruyant, mais économique, au véhicule moderne et agréable à vivre. Ce faisant, elle a rejoint très tardivement des marques réputées offrir du confort aux conducteurs, comme Berliet, Mercedes ou Renault. Du côté d'Iveco, depuis que Pierre Lahutte est à la tête de la marque italienne, des efforts considérables sont faits pour changer l'image de marque du constructeur transalpin et la mettre en osmose avec les nouveaux produits. Une tendance qui s'est concrétisée par la présentation de très beaux protos, dont les plus récents sont un gros Daily hybride destiné aux livraisons urbaines, le Vision, ou encore le tracteur Z Truck au GNL, qui pour la marque incarne le grand-routier de demain. Iveco a aussi fait son entrée dans l'arène des sports, que ce soit sur bitume avec le Championnat d'Europe ou en rallye-raid avec le Dakar, où la marque se montre un concurrent coriace pour tous ses concurrents, y compris les très affutés Kamaz russes. Dans son usine de Madrid, Iveco fait tout pour que ses camions gagnent en finition. Avec sa nouvelle gamme, Renault soigne particulièrement le confort, pour récupérer l'image dont bénéficiaient les Berliet et autres AE Photos X D.R. - 66 - N°954 - Mai 2017 ? Sur l'Actros, Mercedes s'attache à obtenir les consommations les plus basses possible, pour tuer la réputation de glouton qui lui collait à la peau. - 67 - N°954 - Mai 2017