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N°974 - Mars 2019 Dossier Formation Parole aux responsables Loïc Charbonnier, président délégué général d'Aftral Mobilisation générale autour du CPF L'accès à la formation des permis poids lourds par le biais du compte personnel de formation (CPF) constitue pour Aftral une avancée majeure. L'organisme de formation en transport et logistique s'y prépare. Explications. 2019 sera comme 2018, une année de recherche active de conducteurs, en volume, davantage en marchandises qu'en voyageurs, estime Loïc Charbonnier, président délégué général d'Aftral. « Toutes les activités en marchandises recherchent des chauffeurs, c'est indéniable. On espère qu'avec l'éligibilité des permis poids lourds au compte personnel de formation (CPF) depuis début 2019, qu'il y aura un certain nombre de candidats qui feront financer une partie de leur permis lourd, que ce soit le C ou le D, u encore la Fimo ». Pour ceux et celles qui n'auraient pas suivi l'actualité autour du CPF, celui-ci n'est plus crédité en heures, mais en euros depuis le 1er janvier 2019. Le montant global sera de l'ordre d'un peu plus de 2 500 €, « suffisamment pour payer une partie du permis CE », affirme Loïc Charbonnier. Globalement, en tenant compte des heures acquises au titre du droit individuel à la formation (Dif) et du compte personnel de formation (CPF), à raison de 15 €/h dès 2019, au premier trimestre 2020, un bénéficiaire n'ayant pas mobilisé ses droits disposera donc d'un capital de 2 750 € « virtuels ». C'est pour cette raison qu'Aftral se mobilise en promettant « un référent CPF dans chacun de s 120 centres, car, désormais, en plus de l'entreprise, l'individu devient notre client », précise Loïc Charbonnier. Autre changement important : c'est la Caisse des dépôts et de consignations qui va gérer entièrement le CPF, l'Etat ayant souhaité faire de ce dispositif un « boosteur » pour l'insertion professionnelle. Cela dit, Aftral est satisfaite de ses résultats en 2018, ayant formé en marchandises 14 500 conducteurs, soit 2 500 de plus qu'en 2017. Cela a entraîné l'embauche en interne de 300 formateurs. Enfin, trois centres ont vu le jour en 2018 : Manosque, Laval et Chartres. Ceux d'Angers, Grenoble, Pau, Lons-le-Saunier et Montbéliard sont en cours de travaux suite à des déménagements ou des besoins d'agrandissements. Son parc de véhicules se muscle avec 80 nouveaux Renault T à boîte auto. Aftral dispose aujourd'hui de 360 porteurs et 100 tracteurs. Envol de l'apprentissage Dernier point et non des moindres, l'apprentissage prend son envol en transport routier de marchandises, et cela constitue également un gigantesque vivier : « Nous expliquons à la profession l'importance de l'apprentissage, au même titre qu'un boulanger signe un contrat avec un apprenti, avec un salaire à la clef. Si cela fonctionne dans cette activité, pourquoi pas dans le transport ? », suggère Loïc Charbonnier. Aftral fait un travail pédagogique auprès des entreprises, « car il est important de veiller à embaucher de jeunes conducteurs qui seront fidèles au métier, et l'apprentissage constitue à nos yeux un bon moyen ». En mécanique, cette année, le centre des apprentis du Tremblay-sur-Mauldre (78) a réussi à accueillir 150 jeunes « un chiffre en forte hausse par rapport aux autres années », se félicite le responsable. Enfin, Aftral va continuer de communiquer à la radio et dans les magazines, mais pas seulement : il l'a déjà fait dans le métro, et nouveauté, via Youtube par le biais de clips vidéo. Internet sur le smartphone représente actuellement pour les jeunes et candidats en voie de reconversion la meilleure façon de contacter Aftral. La réactivité est le point fort du net, avec 130 000 appels uniquement grâce au mobile ! Il suffit de cliquer sur le numéro vert qui apparaît (0809 908 908). Infos : www.aftral.com. Loïc Charbonnier annonce qu'il y aura un référent CPF dans ses 120 centres. Par ailleurs, Aftral mise beaucoup sur l'apprentissage pour alimenter le TRM en conducteurs.
Henri Kissi, directeur délégué général de Promotrans et Peter Guillon, son successeur Continuer d'assurer des formations de qualité Promotrans se prépare à la fois aux changements du CPF et à la reforme globale de la formation professionnelle. Un défi de taille. Face à la réforme de la formation professionnelle, Promotrans a réalisé pour son personnel un mémo interne de 65 pages. L'objectif de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, est de donner de nouveaux droits aux actifs pour leur permettre de choisir leur vie professionnelle tout au long de leur carrière... Et de remettre les chômeurs sur le marché du travail. Pas si simple dans le transport, qui nécessite certaines qualifications et une bonne motivation. Henri Kissi, le directeur délégué général de Promotrans, annonce son départ de Promotrans et son remplacement par Peter Guillon (ex-directeur des opérations dans le domaine aéroportuaire chez Engie), qui sera effectif en juin, lors de l'AG de l'organisme de formation. En attendant, il s'investit à fond dans cette réforme... Nouvelle gestion de la taxe d'apprentissage « Cela simplifie beaucoup de choses pour Promotrans, et aussi les entreprises. Nous avions réalisé de nombreuses campagnes pour le versement de la taxe d'apprentissage. C'est une bonne chose que ce soit France Compétences (lire encadré avec Maxime Dumont p.48) via les Urssaf qui gèrent cette partie. C'est par contre plus déstabilisant pour la garantie de nos ressources » , souligne Henri Kissi. Ainsi, tout le monde (les organismes de formation, auto-écoles, etc.) sera logé à la même enseigne... Néanmoins, la concurrence risque de se renforcer dans le domaine de la formation, alors que le groupe Promotrans a beaucoup investi dernièrement la modernisation de ses outils pédagogiques (simulateurs conduite, logisitique...), sans oublier le renouvellement et l'agrandissement de ses centres (Rennes, Rouen, deux nouveaux centres de formation à Toulouse et au Havre, après celui de Gonesse. Le groupe a 34 établissements à ce jour. Peter Guillon, quant à lui, mise sur la réputation du groupe : « Depuis des années, Promotrans a pour objectif de proposer des formations de qualité. C'est à mon avis la clef de son succès, et il va de soi qu'avec la réforme professionnelle qui a commencé, nous sommes prêts ». Le manque de conducteurs reste une priorité pour Promotrans et ses clients transporteurs, et bien évidemment, l'organisme veut pouvoir mieux gérer les demandes de formations issues d'appels d'offres (plans de formation entreprises) : « Nous avons déjà dans nos centres des conseillers d'orientation (chargés de présélectionner les candidats) et nous recherchons activement 50 formateurs, pour renforcer nos équipes face à la demande à venir ». Formation à distance sur son temps libre L'OPTL annonce une hausse des prévisions dans le domaine de la formation transports, suite aux bons chiffres de 2018 (notamment en conduite marchandises). Promotrans veut accompagner ce mouvement en se préparant à former les actifs souhaitant bénéficier de leur CPF : « Le système est plus souple pour le salarié en termes de choix (il n'y a plus de liste imposée), mais en contrepartie, il pourrait être conduit à suivre une formation en-dehors de ses heures de travail et notamment vouloir se former à distance sur son temps libre », prévient Henri Kissi. Selon un premier bilan, en 2018, le groupe Promotrans a formé 11 400 personnes. Il dispose d'un parc de véhicules composé de 48 cars et de 142 camions. Henri Kissi reste en poste encore pendant quelques mois pour encadrer ses équipes sur la nouvelle réforme de la formation professionnelle. Il passera le relais fin juin à Peter Guillon (ci-dessous).
Bruno Lefebvre, vice-président de l'OPTL Rendre plus attractif le métier de conducteur C'est le crédo des représentants des salariés : le secteur marchandises a besoin d'être mieux valorisé. Explications de Bruno Lefebvre, vice-président de l'Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les transports et la logistique (OPTL) et aussi secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des transports et de la Logistique Force Ouvrière. Seul à présenter le dernier rapport sur l'emploi et la formation en début d'année, en compagnie de Valérie Castay, directrice à l'AFT du département études et projets, Bruno Lefebvre assure la vice-présidence de l'OPTL, alors que normalement la présidence est représentée par un des membres d'une des fédérations patronales. Personne pour ce poste cette année. C'est au titre de vice-président que nous l'avons rencontré pour faire le point sur la profession. Salaires et conditions de travail à la traîne Selon lui, l'un des points fondamentaux liée à l'absence de candidats à la conduite réside dans le fait que salaires et conditions de travail sont à la traîne, particulièrement dans le transport routier de marchandises : « Si vous lisez bien le rapport de l'OPTL, les démissions en marchandises constituent une part très importante des départs, par rapport aux autres activités du transport. C'est d'ailleurs la première cause de départ également au sein de la branche transport, loin devant les licenciements ou les départs à la retraite ». Plusieurs conducteurs sont en effet tentés de « changer de crèmerie », et même de secteur : « Le transport routier est confronté à la concurrence du compte propre. Dans la métallurgie, par exemple, un conducteur routier gagne 14 € de l'heure brut, alors qu'en TRM, on est à 10 € ». Cela signifie également un changement de convention collective, « avec des conditions de frais de déplacement un peu moins attractives néanmoins » précise le vice-président . Autres points dont on ne parle jamais dans les formations transport, selon lui : les « surprises » plus ou moins discutables que rencontre le chauffeur routier dans sa vie de tous les jours : « Ça peut être la géolocalisation, que des chauffeurs ne supportent pas. Ou le fait qu'en déménagement, il est essentiel de pouvoir travailler en équipe ! Là aussi, on a un paquet de candidats qui font demi-tour ». D'autres ont du mal avec les taches hors conduite pure  : manipuler un scan, une tablette, remplir des paperasses... Autre aspect rédhibitoire : certains chauffeurs routiers changent vite d'orientation après avoir galéré comme chauffeurs-livreurs et avoir perdu de précieux points. « Avec le nouveau système de dénonciation suite au flashage par radar, pour certains, le capital de points a fondu comme neige au soleil, constate Bruno Lefebvre. Cela pèse de plus en plus lourd dans la balance. Là encore, les entreprises de transport sont confrontées à un véritable casse-tête, alors que si la profession avait accepté le permis professionnel, on n'en serait pas là ». Dans ces conditions, conduire n'est plus un plaisir, mais devient une véritable contrainte ! Pour le moment, les syndicats de salariés négocient avec les ministères des Transports et de l'Intérieur pour que le fonds du CPF puisse éventuellement payer une partie des stages de récupération des points. Une discussion qui n'a pas encore abouti pour le moment. Bruno Lefebvre (ici à la présentation du dernier rapport de l'OPTL), actif à FO et à l'OPTL, constate avec Valérie Castay (AFT) qu'il y a encore des progrès à faire pour rendre le transport routier attractif. Maxime Dumont : de la CPNE à France Compétence Le président de la Commission paritaire nationale de l'emploi siège désormais à France Compétence, une nouvelle institution nationale publique chargée de la régulation et du financement de la formation professionnelle et de l'apprentissage. France Compétence joue un rôle clé dans la transformation de l'offre de formation. En lien avec les branches, elle participe à la construction des titres et des diplômes professionnels. Maxime Dumont, président de la Commission paritaire nationale de l'emploi (CPNE), est « l'homme tout choisi » selon ses collègues et confrères pour siéger à France Compétence qui, rappelons-le, est composée de cinq collèges : l'État, les organisations syndicales de salariés, les organisations patronales, les régions et des personnalités qualifiées. Placée sous la tutelle du ministre chargé de la formation professionnelle, elle aura notamment pour mission d'assurer la répartition et le versement des fonds mutualisés de la formation professionnelle et de l'alternance aux opérateurs de compétences (OPCO - ex-OPCA). Développement des compétences Cela concerne le financement des contrats d'apprentissage, de professionnalisation et de reconversion ou promotion par alternance (Pro-A). Mais aussi l'aide au développement des compétences au bénéfice des entreprises de moins de 50 salariés. Bref, France Compétence redistribuera les fonds pour la formation. Texte : François Gilbert · Photos : Fréor et Gilbert