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N°980 - octobre 2019 Evénement Sorry we missed you, de Ken Loach La spirale infernale des chauffeurs livreurs Un conseil : courez voir le film Sorry we missed you, qui sortira en salles le 23 octobre... Le réalisateur, Ken Loach, a 83 ans, mais le talent avec lequel il met en scène sans concession la misère au Royaume-Uni est intact. Cette fois, il s'en prend aux dérives de la livraison en flux tendu. Magnifique et bouleversant ! Si vous restez planté sur un parking non loin d'un cinéma, allez voir le dernier film de Ken Loach, qui sort le 23 octobre ! Encore mieux, allez le voir en famille, votre femme et vos enfants comprendront mieux ce monde impitoyable que représente la messagerie, car même si les grands-routiers ne sont pas autant pressurisés que leurs collègues livreurs, parfois on n'en est pas loin ! Certes, ça se passe en Grande-Bretagne, mais la France n'a pas de leçon à donner en la matière... Le film s'appelle Sorry we missed you (Désolé, nous vous avons manqué). Il amène à comprendre de l'intérieur la spirale infernale d'exploitation dans laquelle les chauffeurs-livreurs peuvent se retrouver. Ricky, qui enchaîne les jobs mal payés dans la région de Newcastle pour tenter de rembourser ses dettes, rêve d'un nouveau départ. Tout à sa charge Il cède aux sirènes d'une entreprise de messagerie qui l'emploie sous franchise et lui accorde le rutilant statut d'auto-entrepreneur. Cela signifie simplement que tout est à sa charge?: véhicule, assurances, remboursements en cas de pépin. Il n'est pas payé en salaire, mais en « honoraires ». Mais lui se dit qu'il va enfin mettre de l'argent de côté et sortir de la misère qu'il côtoie depuis toujours. Ça, c'est quand tout va bien. Or, dans la messagerie, les impondérables sont trop nombreux, et Ricky voit se resserrer un étau autour de lui et de sa famille. Il est soumis à des cadences infernales et tenu en laisse par son employeur, qui impose le flux tendu et n'admet aucun manquement à cette règle. Sanctionné à la moindre anicroche, Ricky est mis à l'amende même quand il s'agit d'un cas de force majeure. Alors qu'au départ, sa famille est soudée, tout s'effrite doucement. Abby, sa femme (qui fait de l'assistance aux personnes âgées), le soutient pourtant tant qu'elle peut, allant jusqu'à vendre sa voiture pour que Ricky puisse obtenir un crédit et acquérir un fourgon neuf... On ne vous raconte pas l'histoire et son implication sur les enfants adolescents du couple. Mais ce film fait comprendre d'une façon profondément humaine combien l'ubérisation use et abuse d'une main-d'œuvre précaire, donc flexible. Texte : Marie Fréor · Photos : Sixteen Films, Joss Barratt & X D.R.