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N°955 - Juin 2017 N°955 - Juin 2017 - 40 - - 41 - Insolite Insolite Camions originaux Camions originaux Des utilisations inattendues Ce camion «disque-dur» est envoyé chez les les clients d'Amazon pour y « charger » des données. Les camions ne servent pas qu'à transporter classiquement de la marchandise. Certains sont utilisés dans des conditions inattendues et surprenantes. Quatre cas originaux... Un camion-disque dur Le Snowmobile est un « camion-disque dur » capable de stocker 100 000 Téraoctets(1) ! Quel intérêt, me direz-vous ? C'est une idée d'Amazon, qui peut ainsi proposer un service de cloud (stockage de données dans les « nuages ») en envoyant ce semi-remorque « charger » des données chez des clients qui en ont des masses considérables à gérer en interne et ont besoin de les caser quelque part. Le géant américain du e-commerce annonce que grâce à des connexions ultra-rapides, ce Peterbilt de 14 m de long est capable de voir ses disques remplis en dix jours, au lieu de plusieurs années avec des connections classiques... Bref, une prouesse technologique en plus d'un coup marketing. Espérons que le conducteur affecté à ce grand-routier sera payé au juste prix, étant donné la responsabilité qui lui incombe. Pour charger ce Peterbilt de données informatiques, il faut une semaine seulement, alors qu'il faudrait plusieurs années avec une connexion classique... Un camion appareil-photo Auriez-vous un jour pensé qu'un camion militaire russe serait transformé en appareil photo géant ? Ayant eu envie de créer des images en très grande dimension, le photographe autrichien Kurt Moser a décidé de se servir de la taille de la caisse comme d'une immense chambre noire. Cherchant à échapper à la surabondance numérique, cet homme se sert de ce moyen hors norme pour réaliser des clichés uniques (qui ne peuvent être ni copiés, ni reproduits). Explication technique pour les pros : Moser (photo)applique un procédé photographique ancien nommé ambrotype, qui consiste à fixer une image sur une plaque de verre imbibée de collodion, sous-exposée dans un premier temps, puis blanchie chimiquement. L'ambrotype permet donc d'obtenir un seul cliché, dont la taille dépend de la prise de vue. Des camions en kit pour l'Afrique Gordon Murray, l'ingénieur en charge des F1 McLaren, a imaginé une camionnette en kit pour les marchés émergents, qui permet d'atteindre des PTAC jusqu'à 4,5 t, dont 2 t de charge utile. Il s'agit en fin de compte d'un châssis-cabine qui peut adopter diverses fonctions par un changement de la caisse. Surtout connu pour son travail sur les F1 McLaren, l'ingénieur Gordon Murray change son fusil d'épaule et s'intéresse subitement aux camionnettes. Il a conçu le Global Vehicule Trust Ox, un projet de véhicule en kit facile à envoyer vers les pays émergents. L'idée, c'est de remplacer les autos et autres taxibus exsangues de ces marchés par ce genre de camions, polyvalents, peu chers, faciles à entretenir et solides comme tout. Outre son coût de revient plutôt bas, il est surtout facile à transporter depuis la Grande-Bretagne vers l'Afrique, par exemple. Telle une voiture « Ikea », ce gros utilitaire est entièrement démontable. Six camions démontés peuvent ainsi être transportés dans un container. Trois personnes et douze heures de travail suffisent d'après Murray à l'assembler dans son pays d'arrivée. Il y a une vingtaine d'années, VW et Citroën s'étaient déjà penchés sur ce concept dénommé « Faf » par Citroën (facile à fabriquer), mais qui fut très vite abandonné. Le poste de conduite est central, pour être commercialisé sans complication dans tous les pays et donner trois places à la « banquette ». Les pare-brise sont tous de même taille et plats. La carrosserie ne fait pas appel à des cintrages, mais à des tôles plates, là aussi pour avoir un prix le plus bas possible. Le châssis lui-même est extrêmement simple, puisqu'en acier soudé, tandis que la carrosserie est en fibre de verre et en contreplaqué. Conçu pour rouler dans des pays où le carburant peut manquer, la partie arrière inférieure de sa banquette est occupée par des jerrycans et la partie supérieure peut faire office de couchette. Sous le capot, on retrouve un moteur diesel 2,2 l de 100 ch, qui entraîne les roues avant. La charge utile de l'Ox peut aller jusqu'à 2 t, selon son concepteur. Sur route, cette grosse camionnette peut transporter jusqu'à 13 personnes et embarquer trois palettes standard. Le concept est basé sur de bonnes intentions, mais par de nombreux détails il montre qu'il a été mis au point par des gens qui ne sont jamais allés sur les pistes africaines, car il y a fort à parier qu'à la saison des pluies, le manque de garde au sol entravera très vite la marche de ce véhicule. Autre détail assez peu réaliste : les assises arrière peuvent être démontées et utilisées comme planches pour désembourber l'Ox. Mais on se doute bien qu'elles ne tiendront guère dans la durée... Autre inconvénient : la traction avant, certes plus simple à réaliser en partant d'un train avant moteur déjà existant, présente deux inconvénients majeurs. D'une part ce mode de propulsion rend l'Ox plus fragile et moins maniable. D'autre part, les véhicules étant généralement surchargés en Afrique, la traction avant verra leur pouvoir de traction grandement diminué, les roues avant se décollant sous l'effet du poids à l'arrière. Reste désormais à faire entrer ce véhicule en production. C'est le travail de Sir Torquil Norman, le président de GVT. Un camion transformé en musée Le MuMo, ça vous dit quelque chose ? Vous aviez peut-être déjà vu ce musée mobile dans sa première version : un Renault Premium Dentressangle déployé en hauteur et surmonté d'un lapin géant. Visité par des groupes d'enfants à la découverte d'expos artistiques, il a eu un tel succès qu'une deuxième version vient d'être mise sur la route. Cette fois, c'est un Renault T qui a été choisi, toujours conduit par un routier de chez XPO, Dominique (voir encadré). Le camion de marque française offre deux avantages : son prix et ses possibilités d'extension. Aménagé par la designer Matali Crasset, qui a travaillé avec le carrossier Procar (de Cholet), il se déploie en largeur via un système hydraulique : l'espace s'agrandit avec des ailes dépliables sur les côtés, pour installer des espaces d'ateliers et d'exposition extérieurs, avec tables et bancs. Ambassadeur de l'art contemporain  « J'ai cherché à installer un cadre aussi convivial que possible dans le véhicule, à l'image d'un cirque, pour y attirer le public, petits et grands, particulièrement celui qui n'a pas naturellement accès à l'art et à la culture dans les zones rurales et périurbaines », explique Matali. Rien qu'avec la première version du MuMo (celui avec le lapin), 60 % des enfants des pays traversés n'étaient jamais allés au musée ! Techniquement parlant, le châssis a dû être transformé pour faire passer les flux d'air indispensables au maintien de la température et de l'hygrométrie intérieure. Car la marchandise est précieuse : il s'agit d'œuvres contemporaines issues des collections des Fonds régionaux d'art contemporain (Frac) d'Ile-de-France et Normandie, qui sont à l'origine de ce projet. • Marie FRÉOR Le photographe autrichien Kurt Moser se sert de la taille de la caisse de ce camion militaire suisse comme d'une immense chambre noire, pour produire des clichés uniques. C'est Gordon Murray (à droite), qui a dessiné l'Ox truck, mais ce véhicule destiné aux pays du tiers monde a été imaginé par l'entrepreneur philanthrope Sir Torquil Norman (à gauche). Le poste de conduite est central. Tout y est réduit à sa plus simple expression, y compris le tableau de bord. Pour ne pas tomber en panne en pleine pampa, un emplacement est réservé aux jerricans derrière la banquette. Photos X D.R. En traction avant, la surcharge (de mise dans les pays africains) sera certainement contre-productive ! C'était déjà Dominique qui conduisait et « dépliait » le MuMo 1, première version du camion-musée. Un conducteur heureux Pendant les tournées du MuMo, Dominique Rochet, 58 ans, passe littéralement sa vie dedans, jour et nuit. Mais cette drôle de vie de routier lui plaît, et il en redemande ! «Dominique était déjà sur le MuMo 1. Il s'est battu pour conduire celui-là aussi », s'amuse Ingrid Brochard, à l'origine du projet. On le comprend : avant de sauter sur cette occasion inespérée d'avoir une vie peu commune, il était en zone courte chez XPO (qui est toujours son patron, d'ailleurs). « J'ai intégré la Savam en 2001, peu de temps avant qu'elle soit rachetée par Dentressangle. Je faisais beaucoup d'inter, on partait quinze jours d'affilée. Mais ça n'a pas duré longtemps, malheureusement ! Avec Norbert, j'ai bientôt été affecté à des missions nationales, et petit à petit à du régional ». Un jour, un de ses collègues qui était affecté au MuMo 1 n'a pas pu assurer la période Noël et Jour de l'An. Dominique l'a juste remplacé, a bien aimé et quand son pote est parti voir ailleurs, c'est lui qui a été choisi. « Mon travail de vrai routier en zone courte ne durait plus que quatre mois par an maxi. Pour le MuMo, j'ai parfois dû passer des mois entiers sans rentrer à la maison, notamment quand le camion-musée stationnait en Espagne. Mais mon plus jeune fils avait 26 ans, je pouvais me le permettre ». Depuis, après trois ans de tournées, il n'a dû interrompre ce type de mission que pour une histoire de diabète à soigner qui l'avait fait énormément maigrir. Le client a tenu à ce qu'il revienne pour la nouvelle version. Trop content, le Dominique, surtout que le T lui plaît bien, par rapport au Premium : plus d'aménagements et d'espaces de rangement, davantage d'options (clim autonome, anticollision, démarrage en côte, détection d'angles morts, etc.). Autre différence de taille avec le MuMo 1, la version 2 tournera pendant les grandes vacances. Et tout juillet, il sera sur le Tour de France, comme chaque année, ravi de profiter de la fièvre collective au volant de l'un des camions-remorques XPO qui suivent le convoi en logistique, pour le compte d'ASO France. Cette année, il va donc falloir qu'il forme un collègue. « Ça ne devrait pas poser de problème : chez XPO, ils se battent pour en être ! On mange à la cantine avec les enfants, on leur explique notre métier, on n'a pas d'attentes, pas de contraintes horaires comme en livraison... ». Le vrai point de vigilance, c'est les manœuvres : « il faut prévoir large pour n'accrocher ni l'arrière du porteur, ni l'arrière de la semi ». Sinon, les spécificités de ce type de carrosserie ne sont pas insurmontables : suffit de bien mettre de niveau la remorque, hydrauliquement via la télécommande (donc sans béquilles), puis d'ouvrir les côtés, toujours de la même façon, avant d'installer bancs et tables. « Je vais coller des ventouses sur les panneaux pour n'avoir besoin de personne d'autre », souligne Dominique, qui doit aussi faire preuve d'initiative. Pour l'installation intérieure (vidéo à couper, poufs à ranger, espace à dégager), ce sont les « médiatrices » qui gèrent. Parfois, quand les enfants sont visiblement en admiration devant le camion, se demandant par exemple comme le camion se déploie, Dominique les laisse monter dans la cabine, leur montre les tableaux électriques, leur explique son métier. On peut espérer que quelques vocations soient nées à cette occasion ! Le Renault T a été aménagé intérieurement et extérieurement par le carrossier vendéen Procar. Magali Crasset, la designer du MuMo 2, a choisi de le déployer à l'horizontale plutôt qu'en hauteur comme le MuMo 1. Photos X D.R. Matali avec Ingrid Brochard, la fondatrice du projet. Où le voir ? Jusqu'en octobre, le périple du MuMo 2 l'amène sur les routes d'Ile-de-France et de Normandie pour diffuser l'exposition « Exquis ! » des Frac (Fonds régional d'art contemporain) de ces deux régions. Les dates de déplacement du MuMo 2 sont disponibles sur le site www.musee-mobile.fr Photo Fréor