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- 43 - N°954 - Mai 2017 N°954 - Mai 2017 - 44 - ibres propos Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans, candidat aux présidentielles Libres propos Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans, candidat aux présidentielles « J'ai beaucoup d'admiration pour les routiers » Resté dans l'ombre lors des présidentielles de 2012, Nicolas Dupont-Aignan a gagné quelques points de popularité avant celles de 2017. Maire de Yerres (Essonne), il préside Debout la France (DLF) et se réclame d'un « gaullisme social », avec une furieuse envie de se libérer « du joug de l'Europe ». Il est le seul à avoir bien voulu répondre à nos questions? On peut penser ce qu'on veut de lui, mais il faut lui reconnaître une chose : parmi les 11 candidats à l'élection présidentielle dont la finale va se jouer début mai, Nicolas Dupont-Aignan est le seul à avoir pris la peine de répondre à notre demande d'interview. Plusieurs fois reportée au fil de sa campagne, cette rencontre a bien eu lieu, au QG de son parti, dans le 7e à Paris. Maire de Yerres (Essonne) depuis 1995, il a eu comme adjointe Paule Fontanieu, alors salariée de la Carcept, qui l'a sensibilisé au monde de la route? On a effectivement pu constater qu'il a réellement potassé son sujet ! Mais, avant d'entrer dans les questions sur le TRM, voici en bref le parcours de Nicolas Dupont-Aignan. Successivement membre du RPR, du RPF et de l'UMP, il a fini par fonder et présider Debout la France. Ce parti se réclame d'un gaullisme « social » et du souverainisme, hostile à l'euro et aux institutions européennes actuelles (Commission européenne, BCE...) qu'il qualifie de « technocratiques » et contraires aux intérêts du pays. Issu d'une famille de la classe moyenne, il a étudié la politique, le droit et la gestion d'entreprise à Paris. Il a exercé dans différents cabinets, notamment celui de François Bayrou (alors ministre de l'Éducation nationale) et celui de Michel Barnier (ministre de l'Environnement). Proche de Charles Pasqua, de Philippe Séguin et de Jean-Pierre Chevènement, il a su redresser les finances de Yerres et en faire une ville respectueuse de l'environnement et relativement sûre. En 2005, il a dû renoncer aux présidentielles faute d'avoir pu rassembler les 500 signatures d'élus nécessaires. A l'occasion du référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen, il a appelé à voter « non ». C'est en 2012 qu'il s'est investi pour la sortie de l'euro comme monnaie unique et pour un « retour au franc mais intégré au sein d'un euro transformé en monnaie commune ». C'est à la monnaie unique qu'il attribue « les délocalisations, le chômage et la pauvreté ». Ça ne lui a pas porté bonheur puisqu'il n'a obtenu que 1,79 % des suffrages exprimés. En vue d'améliorer sa visibilité médiatique puisqu'il reproche aux médias de ne pas assez l'inviter, il a lancé sa propre émission web hebdomadaire sur YouTube intitulée « Nicolas Décrypte l'Actu » et édité un petit livre Mon agenda de président, 100 jours pour tout changer dans lequel il présente aux Français son projet présidentiel sous la forme d'un agenda détaillé. Les Routiers ? Quels sont vos premiers souvenirs de camion ? Enfant, je regardais beaucoup les plaques sur la route, pour apprendre les départements, et les camions me faisaient voyager en imagination? LR ? Que vous évoque le camion d'un point  de vue sentimental ? Certains de mes adhérents sont certes des transporteurs, mais je vais être franc avec vous : je ne veux pas faire semblant d'être particulièrement attiré par le camion en soi. Ce dont je suis cependant conscient, c'est que c'est un beau métier, associé à l'idée de liberté ! Et ce qui est grave, c'est qu'à force de le laisser filer entre les mains des entreprises étrangères concurrentes, les jeunes Français en sont privés. Compte tenu du potentiel énorme de l'activité, on devrait en être à 200 000 chauffeurs de plus ! LR ? Que vous évoque le camion d'un point  de vue économique ? Je trouve scandaleux en me déplaçant sur les routes de ne voir que des camions étrangers. Cet état de fait est emblématique de la démission de nos dirigeants. Les acteurs économiques français que sont les transporteurs sont mis dans une situation impossible : d'un côté, des charges, des normes, des exigences (légitimes d'ailleurs), de l'autre les même charges et normes qui ne sont pas appliquées par nos concurrents, que nous acceptons sur notre sol. C'est la porte ouverte à la fraude et à la triche. Résultat : la disparition de nombre d'entreprises et surtout de plus en plus de transport réalisé par des entreprises étrangères, ou pire, des boîtes françaises qui emploient des étrangers. Des progrès sont certes en route pour lutter contre la concurrence déloyale, mais il ne s'agit que de pansements. On ne fait que corriger à la marge. Ma position est très simple : annulation immédiate de la directive travailleur détaché ! J'estime que lorsqu'on travaille en France, on doit payer les mêmes charges que les Français. Ça ne suffit pas d'imposer le Smic français ! Les charges font toute la différence? J'ai rendu visite à des chauffeurs poids lourds à Douai il y a deux ans. Ils m'ont dit que les étrangers sont beaucoup moins contrôlés qu'eux, car les gendarmes savent que les procédures vont durer trop longtemps. Ça doit changer, non seulement avec davantage de contrôles, mais avec une saisie immédiate du camion. Ce sera très vite dissuasif. D'autre part, il faut revoir les moyens de contrôle du cabotage. J'ai vu dans le port de Sète quelque chose d'extraordinaire : un bateau truc débarque des camions roumains qui vont écumer le marché français. Mais où vit-on ? Ce n'est plus possible ! Il faut arrêter l'hémorragie, sinon dans vingt ans il n'y aura plus d'activité pour nos conducteurs. Je veux qu'une partie importante du trafic français de marchandises soit reprise par les conducteurs français. Avec l'UE, on a créé les délocalisations de l'intérieur? Parmi les autres points importants qui doivent changer, je propose la renationalisation des sociétés d'autoroute, en les rachetant au prix auquel l'Etat les a vendues moins les bénéfices obtenus, plus les frais de travaux et d'entretien. Nous ferons annuler les contrats par la loi, car ce fut du vol généralisé. Cela devrait être amorti en quatre ou cinq ans. Je supprimerai ou réduirai alors la plupart des péages au fil de l'amortissement de ces autoroutes. Ou bien les bénéfices serviront à améliorer les infrastructures régionales et nationales. Sur les autoroutes, on aura ainsi les moyens d'aménager davantage de places de parking pour les camions et d'améliorer la largeur des bandes d'arrêt d'urgence. Je propose enfin que l'impôt sur les sociétés soit divisé par deux pour les bénéfices réinvestis sur le sol français. Enfin, 75 % des achats publics devraient être réservés aux entreprises qui produisent en France, c'est-à-dire qui emploient des Français. LR ? Que vous inspire la profession de chauffeur routier ? J'ai beaucoup d'admiration pour cette profession. Pour moi, ce sont des gens qui ont une grande responsabilité. Contrairement à ce qu'on dit, il y a très peu d'accidents, ce qui prouve leur savoir-faire et leur professionnalisme. Ils ont aussi une grosse responsabilité sociale. Je pense que beaucoup de routiers ont du mal à conserver leur permis (et donc leur job) à cause du harcèlement des radars pour des excès de 1 à 2 km/h au-dessus de la limite, alors que d'un autre côté les vrais chauffards conduisent sans assurance, sans permis, et ne sont jamais condamnés. Je trouverais beaucoup plus intelligent d'instaurer le sursis dans le permis à points : cela consisterait à créer une franchise d'infraction pour les excès de vitesse inférieurs à 10 km/h ; le point serait retiré seulement si une deuxième infraction était constatée dans le trimestre suivant la première infraction. Et d'un autre côté, je voudrais qu'on soit beaucoup plus dur avec les vrais chauffards. LR ? Comment réagissez- vous aux critiques émises contre les camions en général ?  Il faut que le gouvernement arrête de déclarer la guerre aux usagers de la route, dont font partie les camions. La pollution n'est pas tant liée à la route qu'au fait que l'Allemagne et la Pologne ont supprimé leur nucléaire et ont des centrales à charbon qui nous envoient toutes leurs cochonneries. Mais ça, c'est un tabou ! Les camions ont vécu de grandes améliorations, et le ferroutage pourrait être une bonne chose dans certains domaines. Je crois qu'on va aller de plus en plus vers du multimodal. LR ? Vous êtes-vous déjà arrêté dans un Relais Routiers ? J'aime bien y manger de temps en temps quand je vais à la rencontre de mes représentants dans le Pas-de-Calais. J'aime la fraternité et l'esprit de camaraderie. Je discute avec eux de façon très simple. Pour les routiers, très isolés de par leur travail, heureusement que de tels lieux existent? Propos recueillis par Marie FRÉOR Photos X D.R. Photos Fréor En haut lors d'une opération sur autouroute en qualité de maire d'Yerres. Ci-dessus avec une bénévole au QG de son parti Debout la France... Nicolas Dupont-Aignan villipende la « démission de nos dirigeants » qui ont laissé se multiplier les camions étrangers sur nos routes. Photos Fréor Une des idées de Dupont-Aignan devrait séduire les routiers : en cas d'excès de vitesse inférieur à 10 km/h, le point ne serait retiré que s'il y a récidive dans les trois mois. Des idées proches de celles du FN ? Si sur de nombreux points les positions adoptées par Nicolas Dupont-Aignan semblent très proches de celles de Marine Le Pen, le président de Debout la France se défend de tout extrémisme. A première vue, les idées de Dupont-Aignan rejoignent souvent celles du mouvement de Marine Le Pen, notamment en matière de positionnement face à l'Union européenne, d'immigration, de valeurs sociales (école, famille, nation, ordre?), mais aussi (en ce qui concerne plus précisément le transport routier) de réciprocité en matière de normes sous peine de taxation, de priorité nationale et de renationalisation des autoroutes. Mais le président de Debout la France veut renvoyer l'image d'un « patriote républicain et modéré » et se défend des accusations selon lesquelles il serait à la tête d'un parti d'extrême droite. Il indique notamment qu'il n'est « pas favorable au Frexit, du moins immédiat », préférant essayer d'abord de « réorienter la construction européenne ». « Et puis mon parti n'exerce pas d'autoritarisme, comme c'est le cas dans le clan familial Le Pen. En outre, on ne peut nous accuser de racisme et de négationnisme ! ».