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N°967 - Juillet/Août 2018 Reportage A la coopérative Biocoop Des Scania en boîte Allison Photos Fréor Le site Biocoop à Sainte-Geneviève-des-Bois (91) a réceptionné son 2e Scania GNC équipé en Allison. Une expérience que la coopérative va mettre à profit pour évaluer à la fois les bienfaits du gaz et ceux d'une boîte de vitesses automatique. Visite guidée. Biocoop en chiffres • 523 points de vente • 4 dépôts logistiques 4 agences de transport • 110 salariés, dont 85 conducteurs • 62 poids lourds, qui tournent quasi en permanence Sur les quatre Scania GNC exploités par la société de transport interne de Biocoop sur l'agence du 91, celui-ci est l'un des deux équipés en boîte Allison. Ouadie Benaissa, le chef d'agence (à gauche) en espère une baisse de consommation. Le chef d'agence Biocoop à Sainte-Geneviève-des-Bois, Ouadie Benaissa, gère la STB (Société de tranport Biocoop) pour la région Nord-Est. Il doit notamment se préparer aux nouvelles exigences de la maire de Paris, qui prévoie la fin du diesel à Paris d'ici 2020. Et d'ores et déjà, le responsable doit s'assurer que les livraisons se fassent aussi silencieusement que possible la nuit. Son agence, qui héberge l'un des quatre dépôts logistique de l'Hexagone, avait déjà réceptionné en 2015 un Scania au GNC de 340 ch en boîte Allison, en plus de deux autres porteurs GNC en boîte robotisée. L'expérience ayant été concluante, un deuxième Scania GNC en Allison vient de rejoindre la flotte du dépôt(1), qui compte 13 poids lourds sur les 62 de l'Hexagone, essentiellement des Scania, avec une majorité de tracteurs. Précision qui a son importance : les quatre camions GNC de l'agence roulent au biogaz, généré par la fermentation des déchets ménagers. Ils doivent pour ça se rendre dans des stations spécifiques labellisées biogaz(2), qui facturent ce carburant 20 % plus cher que le gaz d'origine fossile. En contrepartie, ces stations s'engagent à réinjecter dans le réseau autant de biogaz que ce qu'il lui a été payé. « Nous allons rentabiliser notre investissement, d'autant qu'en gaz, la durée de vie du moteur est prolongée et la maintenance réduite. Notre objectif est de continuer à investir dans ce type de véhicules pour nos plateformes opérant dans les grandes villes », assure Jacques Chapin, DG de la STB. 100 % biogaz et Piek d'ici 2020 pour les 4 agences Ce projet fait aujourd'hui partie d'une vision à long terme : Biocoop vise une flotte 100 % biogaz d'ici 2020 ! « Ça marchera à condition que les stations suivent », souligne Ouadie Benaissa. En attendant, la STB va faire rentrer huit nouveaux tracteurs au biogaz d'ici août 2018, qui seront répartis entre les quatre sites. Eux seront par contre en boîte robotisée. Toute la flotte est en frigo monotempérature (3-4°), avec des nappes de protection qui permettent de transporter aussi bien des fruits et légumes que de l'ultra frais ou des cosmétiques. STB livre l'ensemble des magasins du réseau et effectue les ramasses chez les producteurs, ainsi que les enlèvements chez les fournisseurs partenaires. Cela représente des tournées qui ne dépassent jamais 350 km, soit l'approvisionnement de quatre à cinq points de vente. Trop de distance pour des véhicules électriques. Un gros travail est fait sur la formation des conducteurs. C'est ce qui explique la présence d'un moniteur-conducteur par agence, qui emploie chacune une vingtaine de routiers. « Tout nouvel entrant est évalué, explique Kamel Terzi, qui remplit à la fois le rôle de moniteur et de conducteur chez STB. 30 % ne sont pas choisis à l'issue de cet entretien. S'ils sont OK, je les forme à la conduite économique, aux gestes et aux postures ». Kamel doit désormais adapter sa méthode de formation à la conduite au gaz, un peu particulière. « Avec le gaz, le moteur ne fournit pas l'énergie voulue tout de suite. Il faut être patient. Mais le camion émet un son plus sourd, moins stressant ». La boîte Allison aussi rajoute des facteurs à prendre en compte : « Il faut juste doser le toucher sur l'accélérateur. On nivelle. En comparaison, avec un camion au gaz en boîte robotisée, la conduite se rapproche d'un diesel en boîte mécanique ou robotisée ». Le logiciel embarqué Vecho, installé sur toute la flotte, attribue des scores à chacun, d'où ressortent les points à améliorer. « Par exemple, il arrive qu'ils démarrent trop fort », relève Kamel. Ce défaut n'existe pas pour ceux qui ont la chance de conduire l'un des deux Scania équipés d'une boîte Allison. « Les gars à qui on les confie sont tranquilles : non seulement le couple est tout de suite disponible, mais ils n'ont plus à s'inquiéter d'une boîte de vitesses et peuvent donc se concentrer sur la route ». Chez STB, les camions ne sont pas attitrés (ils roulent en 2x8 !), mais quand Kamel veut faire un bilan, il retrouve les données des conducteurs sur tous les véhicules que ceux-ci ont conduits. « Je les challenge sur leur consommation. Ils ont tout à y gagner, car ça se retrouve à la fin sur la fiche de paie sous forme de participation et d'intéressement ». Résultat, plus de la moitié des conducteurs tournent à moins de 26 l, même s'ils ne font que de la ville. Marie FRÉOR (1) Un point comparatif de consommation et de confort de conduite devait être fait fin juin entre les deux types de transmission. A suivre... (2) Ces stations sont branchées au réseau, et non desservies par des camions-citernes de gaz liquéfié, qui doit par la suite être réchauffé et compressé. Quel avantage par rapport à une automatisée ? Avec 100 % du marché des transmissions entièrement automatiques pour camions(2), Allison est un acteur incontournable sur le secteur du TRM. Pour l'instant surtout exploitées dans les bennes à ordures, ses boîtes automatiques, incontournables sur les camions au gaz (Iveco ou Scania principalement), ont conquis depuis 2010 le secteur de la distribution (comme chez Biocoop), avant de viser le TP. Voyons comment ça marche. Une transmission entièrement automatique est composée de 3 éléments : le convertisseur de couple, les trains d'engrenage épicycloïdaux et le système de gestion de changement de rapport appelé Fuel Sense. Ce dernier est un tout nouveau logiciel destiné à améliorer la conso en adaptant le passage de vitesse d'une façon instantanée selon que le transporteur veut davantage de productivité ou d'économie de carburant. Cette adaptation se fait en collectant les données véhicules, de l'environnement extérieur et du conducteur pour interférer sur la courbe de couple. « Soit on nous demande plus de pêche, auquel cas on pousse davantage le régime moteur au passage des rapports, soit au contraire c'est la conso qui prime avant tout, et alors on programme un passage plus rapide au rapport supérieur. C'est à la carte ! », explique Stéphane Gonnand, directeur marketing chez Allison France. Le message est clair : une boîte automatique ne consomme donc pas forcément davantage qu'une automatisée. Quant au convertisseur de couple hydraulique, il a pour fonction de transmettre le couple moteur aux trains d'engrenages épicycloïdaux lors du lancement du véhicule jusqu'à une vitesse inférieure à 40 km/h. Le couple et la puissance du moteur sont alors transmis en continu aux roues. Le changement de rapports se faisant sans rupture du couple et de la puissance, la productivité du véhicule est optimisée. Un couple multiplié par deux « Le convertisseur a l'avantage de multiplier par deux le couple fourni par le moteur, grâce à l'effet Vortex », explique Stéphane Gonnand. Grâce à quoi le démarrage et l'arrachement du véhicule se font facilement, quelles que soient les conditions de charge, de pente ou de motricité. Autre avantage par rapport à une boîte mécanique ou automatisée : le convertisseur de couple est uniquement hydraulique, il n'y a donc aucun frottement et aucune usure mécanique. « En cours d'utilisation du 2e rapport, précise Stéphane Gonnand, le convertisseur du couple n'a plus d'utilité. Il est donc remplacé par une liaison mécanique entre le moteur et les trains d'engrenage épicycloïdaux ». (2) ZF et Voith font aussi de la transmission automatique, mais uniquement dans le car et le bus. où ils concurrencent Allison. « En boîte automatique, un camion démarre et s'arrache facilement, quelles que soient les conditions de charge, de pente ou de motricité », explique Stéphane Gonnand, directeur marketing chez Allison France. Kamel Terzi, moniteur-conducteur chez STB (Société de transport Biocoop) à Sainte-Geneviève-des-Bois, gère une vingtaine de conducteurs. Il est le plus proche collaborateur d'Ouadie Benaissa, le chef d'agence. Sana (en haut) et Rafik (ci-dessus) apprécient bien leur travail dans cette structure innovante. Biocoop se prête à tout ce qui peut contribuer à la protection de l'environnement. En plus de son implication croissante dans le gaz, il a été choisi comme client test par Carrier pour un prototype de groupe frigo sur lequel le gaz réfrigérant est remplacé par du CO2. Biocoop livre ses magasins la nuit 70 % des livraisons de magasins se font la nuit... D'où le choix de motorisations au gaz (qui assurent environ 400 km d'autonomie) et de matériel aux normes Piek. La transmission Allison participe aussi au silence de fonctionnement «Entre le moteur au gaz et la transmission automatique, on fait environ moitié moins de bruit qu'un véhicule diesel de même puissance », souligne Kamel Terzi, moniteur-conducteur chez STB. C'est lui qui dispatche les tournées. « Pour les livraisons de nuit, on a les clés des chambres froides et des réserves des magasins, on peut donc livrer en l'absence des gérants ». De même qu'il vise les 100 % biogaz, le distributeur s'approche aussi du 100 % Piek d'ici 2020. Déjà, tous les hayons sont Piek, et tous les groupes frigo sont électriques (des Carrier). Photos Fréor Entre autres actions pour faire baisser la consommation, Kamel a mis en place un affichage des performances de chacun. Les efforts de conso se retrouvent sous forme financière.