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N°977 - Juin 2019 Marché Etat de santé du VI Très satisfaisant Les transporteurs font grise mine pour certains, leur activité étant très attaquée sur le flanc Est de l'Europe, notamment. Mais il semblerait que l'année 2018 ait plutôt bien tourné pour les constructeurs... Dans leur globalité, les constructeurs présents sur le marché français ont fait état d'une année 2018 en hausse, ce qui confirme la reprise amorcée en 2017. Si l'activité du transport routier de marchandises n'est pas au mieux de sa forme (voir encadré p.71), le marché français du véhicule industriel continue à bien se porter... Les derniers chiffres indiquent 19 405 véhicules industriels de plus de 5 t ont été immatriculés entre janvier et fin avril 2019, dont 10 776 tracteurs (soit une hausse de 8,61 % par rapport à la même période 2018). La tendance 2018 est donc confirmée : 53 133 immatriculations de plus de 6 t avaient été enregistrées sur le marché français (soit +7 % vs 2017), Etat des lieux chez les constructeurs... Renault Trucks conforte son 1er rang Commençons par notre marque nationale... Renault Trucks a enregistré des facturations en hausse de 10 % en 2018. Année qu'il a clôturée avec un volume total de 54 868 véhicules de plus de 6 t facturés (dont 23 581 en France). Dans un marché européen dynamique, le constructeur renforce ses positions et augmente sa part de marché de 0,2 % sur le segment des plus de 16 t, et en France, il a conforté en 2018 sa position dominante avec une part de marché de 28,1 %. En ce qui concerne le futur, Renault Trucks met, comme ses concurrents, tout en œuvre pour respecter les limites fixées par l'UE concernant les émissions de CO2. Cela commence par la commercialisation des versions 2019 des modèles T, D et D Wide, permettant de réduire jusqu'à 7 % la consommation de carburant par rapport aux versions précédentes. Ces efforts seront complétés par la commercialisation de ses camions électriques D et D Wide ZE Le constructeur poursuit par ailleurs ses recherches pour améliorer l'efficacité des véhicules diesel avec son véhicule laboratoire Optifuel Lab 3. L'objectif est de diminuer la consommation de 13 % sur un ensemble poids lourd complet d'ici 2020. On n'est pas si loin des -15 % (par rapport aux performances 2019) exigés par l'Europe en 2025.... Mercedes Trucks, 1er importateur Sur le marché français, Mercedes Trucks a conforté sa place de leader des importateurs avec 7 923 immatriculations (en hausse de 5,6 % vs 2017). Il est 2e globalement avec 15 % des parts de marché en plus de 6 t, mais seulement 4e dans le segment des tracteurs. La marque allemande s'est par contre renforcée en porteurs de plus de 16 t (+22,2 %) : pompes, malaxeurs, dépannage et autres applications TP. Du côté de ses « camions spéciaux » (Unimog et Econic), Mercedes a bien marché, d'autant que l'Econic existe au gaz, mais aussi en boîte semi-automatique PowerShift en version diesel. Il est surtout très sécurisant dans la circulation (voir encadré p.17). Un gros accent est mis actuellement par le constructeur allemand sur la notion de service. Deux camions neufs sur trois sont vendus avec une extension de garantie ou un contrat d'entretien et sur près de la moitié, FleetBoard est activé. La gestion prédictive du camion (Uptime) est la grande affaire de Mercedes, pionnier sur ce point. L'avenir est souriant : l'Actros 5, qui rentre en production, va bientôt apparaître sur nos routes, doté de ses multiples innovations... et il a tout pour plaire ! Le porteur Antos de 18 et 26 t, rebaptisé Actros, va par ailleurs apparaître en version gaz (avec le moteur de l'Econic NGT). Enfin, l'Actros eTruck, qui roule en Allemagne et en Suisse, va livrer les résultats de son expérimentation. Daf, numéro 1 européen du tracteur Avec 17,7 % de part de marché du tracteur (+ de 6 t) en France, Daf est le premier importateur sur ce segment. 2018 est une année record pour le constructeur néerlandais, avec 6829 immatriculations. Un succès qu'il attribue à sa gamme CF et XF entièrement renouvelée. « L'argent qu'on gagne, on le réinvestit constamment en R&D », souligne Philippe Cannetti, son président, qui compte sur la commercialisation des séries LF et CF électriques et du CF hybride pour faciliter la transition énergétique des flottes urbaines et régionales Le constructeur néerlandais n'est pas en reste dans le domaine du service. D'une part via son nouveau concept d'ateliers TRP Services destinés à offrir un service d'entretien et de réparation toutes marques PL et remorques. D'autre part par une productivité améliorée des ateliers du réseau visant une immobilisation toujours plus réduite des véhicules. Daf vend toujours plus de contrats d'entretien réparation et développe ses contrats Xtralife, proposés aux clients au sortir de la période de garantie du véhicule. Volvo AB en grosse progression La part de marché de Volvo Trucks France en 2018 est de 13,7%, ce qui correspond à 6 920 véhicules. Le constructeur a connu une bonne année 2018 dans l'Hexagone, que ce soit en véhicules neufs, VO ou solutions de maintenance connectées. Pour le constructeur suédois, la tendance 2019 est positive : « Le marché est fort, notre part de marché en légère hausse », confirme Christophe Tharrault, président de Volvo Trucks France. Au niveau du groupe, les poids lourds, les engins de chantier, Volvo Penta et les services financiers ont tous enregistré le bénéfice d'exploitation ajusté le plus élevé de leur histoire, mais c'est le bénéfice d'exploitation de la division poids lourds qui a le plus bondi avec +33 % l'an dernier. Ça roule pour Man Man, deuxième constructeur européen de véhicules industriels, a clos l'année 2018 sur un record dans tous ses domaines d'activité. Cette société du groupe Traton (aux côtés de Scania, Volkswagen Caminhœs e Ônibus et Rio) détient dans l'Hexagone une part de marché record de 11,1% en vente de camions, soit 5 998 immatriculations. En ce qui concerne la vente de camions, la marque a connu en 2018 « la plus forte progression du marché avec +19 % de camions immatriculés, alors que le marché toutes marques n'a augmenté que de 7,5 % », souligne Jean-Yves Kerbrat, le DG. A noter qu'en Vul, Man France a enregistré 1 152 commandes pour la nouvelle gamme TGE, dont c'était la première année de lancement. Pari réussi pour Iveco D'une façon générale, 2018 est une bonne année pour Iveco, qui a pu maintenir ses ventes par rapport à ses chiffres 2017. La stratégie du constructeur italien était double : d'une part pousser sur les porteurs (en surfant sur le marché rentable de la construction), et parallèlement rééquilibrer le nombre des camions vendus aux grosses flottes et aux petites entreprises. Des objectifs qui ont payé, permettant du même coup de réduire les VO à écouler. Sur son point fort, les camions au gaz, Iveco a confirmé son leadership avec la gamme NP et le moteur 13 l. En 2018, l'italien a écoulé 651 unités Stralis NP de plus de 16 t, soit 67 % du marché français des VI au gaz. En construction, le X-Way a gagné 2,2 % de parts de marché sur un marché qui a fortement progressé. 2019 se présente sous de bons auspices avec le lancement du nouveau Daily et la présentation du nouveau Stralis. Iveco va continuer de pousser sur le GNV, qui est une alternative très efficace (et bien maîtrisée) à la sortie progressive du diesel, ainsi que sur la construction (surfant sur le développement du Grand Paris). Scania positionne ses alternatives au diesel Le constructeur suédois de Södertälje a immatriculé en 2018 5877 camions en France, soit une hausse de 6 % vs 2017. Ces immats lui confèrent 12,2 % de parts de marché... En suivant cette progression régulière, Scania a calculé qu'il aurait en 2024 un parc roulant de 51 500 camions... La position de la marque suédoise dans le domaine des alternatives au diesel a fortement participé à cette progression. L'usine française, Scania Production Angers, a travaillé d'arrache-pied pour tenir ce rythme de progression qui est général en Europe. Elle assemble actuellement quelque 80 véhicules par jour. l Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R. Renault Trucks renforce la protection des usagers de la route Les gammes C et K de Renault Trucks comportent de nouvelles fonctionnalités qui permettent leur meilleure intégration en ville ou sur chantier. Renault Trucks propose de nouvelles fonctionnalités sécuritaires sur ses C et K. Répondant aux exigences des clients, elles améliorent la protection des usagers vulnérables en milieu urbain. Cela comprend l'application d'urgence du frein de parc qui réduit le risque de mouvement inopiné du véhicule lorsque le chauffeur quitte la cabine, en activant automatiquement le blocage des roues pour immobiliser le camion. La vision directe du conducteur est améliorée grâce à une vitre de porte côté passager, lui permettant de visualiser tout usager présent sur la chaussée. Et la vision indirecte est améliorée grâce à des caméras de surveillance placées autour du véhicule (les images de la chaussée sont diffusées sur l'écran Roadpad+). La détection des usagers vulnérables est favorisée grâce à des capteurs de présence positionnés à l'extérieur du véhicule, sur le côté opposé au chauffeur. Ce dernier reçoit une alerte sonore et visuelle en cabine. Un haut-parleur extérieur prévient l'usager vulnérable lorsque le véhicule s'apprête à man?uvrer côté opposé au chauffeur, lorsque le véhicule recule ou lorsque le conducteur utilise le bras de son équipement. Enfin, deux répétiteurs de clignotants viennent en complément du haut-parleur pour les usagers malentendants ou portant des écouteurs, par exemple. En France, l'application d'urgence du frein de parc et la vision indirect sont d'ores et déjà inscrites au catalogue. La vision directe, la détection des usagers vulnérables et le haut-parleur extérieur seront disponibles dernier trimestre 2019. Certaines de ces fonctionnalités supplémentaires avaient notamment été présentées sur le stand de Renault Trucks France lors du salon Pollutec qui s'est tenu à Lyon du 27 au 30 novembre 2018. Le constructeur y avait exposé un véhicule « concept » sur la base d'un Renault Trucks C 430 ch porteur 6x2 orienté « sécurité ». L'activité du TRM continue de ralentir Si le marché du VI se porte bien dans l'ensemble, l'enquête de conjoncture TRM menée par la FNTR pour le 1er trimestre 2019 indique qu'après une année de faible croissance, l'activité économique continue de ralentir dans de secteur. Une majorité de chefs d'entreprises est moins optimiste qu'au 1er trimestre 2018 (0 %, contre + 2,3 %). Cette appréciation des dirigeants est à la moyenne à long terme. Ils revoient donc à la baisse les perspectives d'évolution de leur activité future par rapport à l'année précédente (-0 ,1% au 1er trimestre 2019, contre +1,5% au 1er trimestre 2018). Pour autant, les chefs d'entreprise restent globalement optimistes, et l'évolution des secteurs clients des entreprises du TRM reste positive, présentant même un rebond de la construction. Cependant, la croissance de l'activité manufacturière et du commerce est moindre par rapport au 1er trimestre 2018. Pour le 2e trimestre 2019, une majorité de chefs d'entreprises estiment que le recrutement des conducteurs restera stable par rapport au 2er trimestre 2018. 300 cabines par jour vont sortir de l'usine Daf à Westerlo Après avoir transformé son atelier de peinture à Westerlo (Belgique) pour y atteindre 300 cabines par jour, Daf investit 200 millions d'euros dans l'usine de cabines de ce même site pour faire face aux volumes de production en hausse des camions de la marque néerlandaise. Grâce notamment à de tout nouveaux procédés de production à la pointe de la technologie, la capacité de production de l'usine de cabines de Daf à Westerlo va augmenter de 45 %, pour produire 300 cabines par jour en 2 équipes. Cet agrandissement comporte une ligne de production comprenant environ 130 robots très innovants et 135 postes de soudage entièrement automatisés. Rappelons que dans cette usine ouverte en 1966, l'entreprise produit aussi ses propres essieux depuis le début des années 1970. Ces essieux et cabines sont destinés aux CF et XF qui sortent des lignes de production à Eindhoven et à Leyland. Ce nouvel investissement se justifie par le succès de Daf, devenu la deuxième marque de camions la plus vendue en Europe, en plus d'être le premier sur le segment des tracteurs routiers. Du nouveau dans le service chez Mercedes Avec TruckParts by Mercedes-Benz, sa nouvelle marque de pièces de rechange neuves labellisées par lui-même et « d'un bon rapport qualité-prix », le constructeur allemand veut éviter le recours de ses clients aux solutions alternatives. Mercedes Trucks a lancé dans son réseau français la marque TruckParts by Mercedes-Benz. Ces pièces de rechange neuves qu'il labellise sont destinées à éviter que les propriétaires de camions étoilés d'anciennes générations soient tentés de se tourner vers des pièces moins onéreuses du marché de l'après-vente indépendant. Cette nouvelle marque propose des pièces « du meilleur rapport qualité/prix possible, sans aucun compromis en matière de sécurité ». Elles répondent évidemment aux standards de qualité du constructeur. Filtres, disques de frein, kit de frein, feux, phares, triangles de suspension, etc. Le catalogue compte à ce jour une centaine de références destinées aux camions nés entre 1996 et 2013 (gammes Atego, Actros, Axor). Toutes disposent de la même garantie que les pièces d'origine. Une gamme de services est aussi intégrée dans l'offre : 36 forfaits ont été créés dans les domaines de la maintenance, de l'usure et de la réparation. Ces forfaits sont transparents et comprennent pièces, main d'œuvre et huile. Un camion à hydrogène en Europe dès 2023 ? En se tournant vers l'avenir, on ne peut sous-estimer le futur rôle des énergies alternatives, dont celle qui fait rêver tout le monde : l'hydrogène? C'est l'américain Nikola qui se lance en premier. Nous annoncions en novembre dernier que Nikola Motor comptait dévoiler en avril 2019 le proto son Nikola Tre (trois en norvégien), un camion autonome à l'hydrogène dédié aux marchés d'Europe, d'Asie et d'Australie. C'est chose faite. Hormis sa technologie très avant-gardiste de fonctionnement à l'hydrogène, le Nikola Tre était annoncé fin 2018 avec un niveau d'autonomie de niveau 5 (donc avec conduite sans les mains et sans les yeux). Nikola en était alors à la phase de montage d'une ligne de production aux USA. Sur son show Nikola Word en Arizona, Nikola Motor a montré qu'il honore ses engagements en présentant des protos de son Tre, d'une puissance de 500 à 1000 ch, en configuration 6x4 ou 6x2. Comme les tracteurs Nikola One et Two (un grand-routier et un régional à hydrogène destinés au marché américain), il devrait entrer en production en 2023 au plus tard. Pour le Tre, il faut tout d'abord que le constructeur américain parvienne à implanter à temps une usine d'assemblage quelque part en Europe, et surtout qu'il mette à la disposition des transporteurs l'infrastructure ad hoc (stations à hydrogène publiques ou privées). C'est à Nel Asa que Nikola Motor a confié la mission d'implanter un réseau de distribution d'hydrogène à travers le monde. Quant au mode de commercialisation du Tre, il s'alignera vraisemblablement sur celui du One et du Two : le leasing, en contrats de 72 mois, avec des mensualités de 5000 à 7000 dollars par mois (4400 à 6200 euros), carburant inclus. Pour ces trois protos, le constructeur aurait déjà reçu « 13 000 commandes ». Cela reste cependant à vérifier, tant on a été échaudés par les annonces tonitruantes de son concurrent Tesla pour le Semi électrique, sans que rien de concret n'en soit jusqu'à présent ressorti... Avantage de l'hydrogène : une recharge rapide (15 minutes seulement), pour une autonomie de 800 à 1 100 km. Il semble cepen Les Daf CF Electric exploités en test en Allemagne En Allemagne, Daf Trucks a livré deux tracteurs 4x2 CF Electric entièrement électriques à Contargo (groupe Rhenus). Dotés de la technologie E-Power de VDL, deux Daf CF Electric sont utilisés pour le transport de conteneurs autour des terminaux de la région du Bas-Rhin, Contargo étant spécialisé en transport trimodal. Avant ces premiers Daf CF Electric mis en service en Allemagne, quatre autres ont participé à un test d'envergure européenne, le camion électrique étant en passe de devenir la norme dans un grand nombre de zones urbaines. Daf en profite pour collecter des données à la fois sur la technologie et le déploiement opérationnel, qui serviront à peaufiner les modèles en phase de production. La loi censée changer la face avant des camions toujours pas votée Les constructeurs ne savent toujours pas comment orienter leurs futures cabines pour s'inscrire dans la baisse de CO2  imposée dès 2025 (-15 % de CO2, puis -30 % d'ici 2030 - voir p.12)... Quant on sait le temps et le coût que représente le développement d'une toute nouvelle cabine, les constructeurs ont de quoi s'inquiéter du peu de repères concrets offerts par l'Europe, qui impose par ailleurs de faire descendre de 15 % la consommation des camions d'ici 2025... c'est-à-dire quasiment demain ! Les députés européens devaient voter fin mars la phase finale de la révision de la directive sur les poids et dimensions pour la transformer en loi. Ce qui, à l'approche des élections européennes, a été laissé de côté... Pour faire chuter le taux de CO2 émis par les PL, Bruxelles cherche en effet depuis plusieurs années à faire passer une loi permettant aux constructeurs des longueurs plus importantes (80-90 cm de plus) afin d'arrondir les faces avant, pour un meilleur aérodynamisme et une plus grande sécurité, sans que cela entrave la longueur utile. Ces nouvelles règles ont le louable objectif de donner par ailleurs une meilleure vision aux conducteurs de l'environnement et des obstacles potentiels. S'il arrive malgré tout que des cyclistes ou des piétons soient heurtés, ils seront déportés plutôt que de passer sous les roues du camion, soutiennent les tenants de cette évolution. En outre, davantage de place pourrait être consacrée au confort du conducteur, via (on peut rêver !) l'installation d'une douche ou de toilettes... Reste à attendre que Bruxelles agisse dans ce sens.