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N°980 - Octobre 2019 Marché Route de la Soie Chine-Europe Le camion plutôt que l'avion Pour approvisionner l'Europe en produits chinois ou l'inverse, de plus en plus de transporteurs de l'Empire du Milieu prennent conscience de la souplesse et de l'avantage économique de l'acheminement par la route plutôt qu'en avion. D'autant que les camions permettent de traiter de gros volumes et que les attentes douanières ont fortement baissé. Un journal chinois, China Daily, a récemment mis en avant la tendance qui commence à s'imposer à certains industriels chinois : faire appel aux camions plutôt qu'aux avions pour la marchandise sensible qu'ils font venir d'Europe... Toutes les expériences récemment réalisées prouvent que l'opération est rentable dans les deux sens. Un exemple récent de transport de 11?000 km effectué en deux semaines entre Darmstadt (dans le sud de l'Allemagne) et Shanghai (à l'Est de la Chine) montre bien que l'acheminement de marchandises par camion entre la Chine et l'Europe est tout à fait envisageable, en tout cas dans le domaine des marchandises qui ne demandent pas un délai ultra court, comme dans ce voyage initiatique d'un véhicule transportant du matériel de haute technologie. Le camion en pleine charge a traversé l'Allemagne, la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan, avant d'entrer en Chine pour la dernière étape de son périple. C'était aussi le premier transport routier de marchandises Europe-Shanghai organisé par le transporteur-logisticien Suzhou Daoxin, basé à Suzhou, dans la province du Jiangsu (toujours dans l'Est, au nord de Shanghai), spécialiste du transport transfrontalier Pas d'avion en cas de grosses intempéries Pourquoi ce voyage ? Une société de négoce international de matériel électronique, la Shanghai Lishun, a fait une grosse commande auprès d'une entreprise allemande. Mais les intempéries ne lui ont pas permis d'avoir recours au transport aérien pour réceptionner les produits en deux semaines. En faisant une simulation, la Shanghai Lishun a réalisé qu'un acheminement par la route pourrait se faire en deux semaines. Le camion chargé de matériel de haute technologie a en effet effectué le dédouanement à Khorgas, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (frontière nord-ouest de la Chine), et rejoint Shanghai dans les délais prévus. Contrairement à toute attente, le dédouanement n'a pris que deux à trois heures, contre deux à trois jours il n'y a pas si longtemps. Les frais de transport ont en outre été réduits de 42 %, la route étant moins onéreuse que l'aérien. L'avion s'adapte certes bien au transport de marchandises à haute valeur ajoutée, souvent fragiles. Le transport aérien a aussi l'avantage de la sécurité (les contrôles sont poussés) et de la rapidité. Mais il est plus onéreux. Quant au transport ferroviaire, il aurait nécessité un train entier de marchandises pour être économiquement viable. Il prend en outre plusieurs jours supplémentaires, et il aurait de toute façon fallu compléter le parcours avec des camions jusqu'à la destination finale. Alors à quoi bon ? Enfin, le transport par containers maritimes est beaucoup trop lent quand certains délais sont imposés (entre 45 jours et deux mois). Des infrastructures à améliorer Il reste certes à améliorer les infrastructures, mais en un peu plus d'un an, les progrès réalisés en délais d'acheminement sont impressionnants : Suzhou Daoxin avait commencé à s'intéresser à cette nouvelle voie en mars 2018 en lançant sur la route un camion chargé de cylindres en acier de Stuttgart (Allemagne) à Suzhou. Ça avait alors duré 21 jours... Une société néerlandaise investie en Chine Avec son entité installée en Chine (Alblas Transport Xinjiang Co. Ltd), l'opérateur néerlandais Alblas assure des services de transport routier dans toute l'Eurasie. Une livraison en Espagne au départ de Foshan en 16 jours a marqué le lancement de ses services de transport par camion depuis la Chine vers l'Europe sur une base hebdomadaire. Une livraison en Espagne au départ de Foshan a marqué le lancement des services de transport par camion d'Alblas depuis la Chine vers l'Europe sur une base hebdomadaire après deux essais concluants en novembre 2018 (Chine-Espagne) et en février 2019 (Allemagne-Chine). Allemagne-Chine en 12 jours Le trajet Allemagne-Chine du camion néerlandais (7?400 km) s'est fait en 12 jours, avec un chargement de lubrifiants automobiles à travers la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan. Et encore, le conducteur était seul. Mais en double équipage, ce parcours pourrait se faire en 8 jours, selon Alblas. Une nouvelle Route de la Soie pour les Européens Les expériences réussies de trajets Europe-Chine en moins de deux semaines créent des perspectives pour l'Europe, qui peut désormais mettre en place une nouvelle Route de la Soie à double sens, avec des trajets jusqu'à deux fois moins chers qu'en avion et plus rapides qu'en train. Tandis que la Chine est intéressée par les produits occidentaux (surtout depuis le boycott américain), l'Europe a tout à gagner de son côté à faire venir des produits chinois par la Route de la Soie. C'est ainsi que la Chine a effectué sa première livraison par route jusqu'en Pologne en 13 jours dans le cadre de la convention TIR (voir encadré ci-contre), après que le Kazakhstan et la Chine ont ouvert un passage frontalier à Khorgas en septembre 2018. Selon le transporteur néerlandais Alblas (voir encadré p.46), les essais ont montré que la nouvelle Route de la Soie est prête à devenir totalement opérationnelle dans les deux sens. Il confirme que les coûts de porte à porte et les délais de livraison du transport routier sont très compétitifs comparés à d'autres modes de transport. « Les coûts du transport routier représentent moins de 30 % des coûts de l'aérien, et l'on économise les frais de transfert entre les aéroports et la destination finale », souligne le directeur d'exploitation d'Alblas. Les attentes en douane seront déterminantes L'Union internationale des transports routiers (Iru) évalue de son côté une réduction du coût de moitié par rapport à l'avion, et un gain de dix jours par rapport au train. Toutefois, ces délais routiers ne sont optimaux que dans le cas où il ne vient pas à l'esprit des douaniers de tout ouvrir pour fouiller. En Europe, contrairement à la Chine, les conducteurs sont payés à l'heure, et l'addition peut vite grimper ! La Chine signataire de la convention TIR C'est le fait que la Chine ait signé la convention TIR (Transport international routier) en 2016 qui permet d'envisager des échanges rentables de marchandises entre l'Europe et l'Empire du Milieu. Les échanges par route sont envisageables depuis que la Chine a ratifié la Convention de l'Onu sur le régime TIR (Transport international routier), en 2016. Les passages frontaliers doivent encore être adaptés et les autorités douanières formées aux nouvelles procédures, mais c'est en cours. Le régime TIR est le seul système douanier de transit mondial assurant la circulation des marchandises à travers les frontières internationales. Depuis sa mise en service en 1948, il promeut le transport international routier et joue un rôle moteur dans le développement des échanges. Avec 76 signataires, il est régi par la Convention TIR des Nations unies et géré par l'Union internationale des transports routiers (Iru), basée en Suisse. Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R.