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N°977 - Juin 2019 Profession Votre santé Attention aux apnées du sommeil Suite à notre article traitant des maux dont les routiers sont les plus susceptibles de souffrir, nous revenons plus en détail sur l'un d'eux, qui est de taille : l'apnée du sommeil, parfois méconnue. Mécanisme et remèdes... Jusqu'à 10 % des routiers français pourraient souffrir d'apnée du sommeil (légère, modérée ou sévère), contre 2 à 4% de la population en général. Elles se traduisent par des pauses respiratoires nocturnes de 5 à 10 secondes et ont pour conséquence, si elles ne sont pas traitées, la survenue d'accès de somnolence durant la période d'éveil. L'apnée du sommeil est causée, lors de l'endormissement, par un relâchement des tissus des voies respiratoires supérieures, notamment la luette, le palais mou et les amygdales. Cela peut causer une obstruction partielle ou complète de l'entrée d'air. Une plus petite quantité d'air est donc acheminée aux poumons, ce qui entraîne alors une diminution d'oxygène, une accélération de la fréquence cardiaque, ainsi que des micro- réveils pouvant survenir 30, 60 ou même 100 fois par heure ! « Il n'y a pas de cause précise déclenchant l'apnée du sommeil, mais plutôt plusieurs circonstances, dont la morphologie et l'hygiène de vie : alimentation, tabagisme, activité physique, habitudes de sommeil... », explique Sophie Poulin, inhalothérapeute. L'apnée du sommeil peut entraîner des maux de tête, de la somnolence, des troubles de la concentration, de l'irritabilité et des sautes d'humeur. L'apnée est liée à la dépression Il y aurait même un lien entre l'apnée du sommeil et la dépression, selon cette experte, qui s'appuie sur une statistique frappante : 50 % des gens présentant des symptômes de dépression pourraient souffrir d'apnée du sommeil. Son conseil : ne pas attendre d'avoir plusieurs symptômes avant de consulter, et non plusieurs années, comme c'est trop souvent le cas. « Il faut absolument en discuter avec un médecin pour que des tests à la maison ou en laboratoire soient faits le plus tôt possible ». L'apnée du sommeil non détectée est donc particulièrement problématique chez les conducteurs routiers, dont le sommeil n'est peut-être pas aussi réparateur qu'ils pourraient le croire. Attention au surpoids Sont plus particulièrement concernés les individus dont l'indice de masse corporelle supérieur ou égal à 35. Or, à moins de perdre du poids, les routiers en surpoids peuvent difficilement espérer se débarrasser du syndrome d'apnée du sommeil. Cependant, pour en diminuer la sévérité, plusieurs traitements existent, notamment les orthèses d'avancement mandibulaires, l'uvulo-palato-pharyngoplastie (UPPP - une procédure chirurgicale développée pour traiter le ronflement) et les ceintures de positionnement. Mais le traitement le plus efficace et le plus répandu reste l'utilisation de l'appareil à pression positive continue (PPC). Il s'agit d'un dispositif permettant de maintenir les voies respiratoires dégagées pendant le sommeil. Bien que les versions traditionnelles soient assez contraignantes, il existe aujourd'hui des modèles de voyage et même adaptés à la cabine d'un camion. On parle notamment du DreamGo ou encore du Airsense, un dispositif qui intègre une connectivité sans fil. « Et l'appareil pourra être ajusté si on perd du poids, si on arrête de fumer ou si on fait davantage d'activité physique », précise Sophie Poulin. Très souvent, les tests diagnostiques et les traitements sont couverts par la Sécu et les mutuelles. l Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R. Apnée du sommeil et aptitude à la conduite PL Quel sort attend les routiers pour lesquels les médecins des commissions médicales des permis de conduire ont émis un avis défavorable à la reprise de la conduite pour cause d'apnée du sommeil non résolue ? Explications, sur la base de l'arrêté du 18 décembre 2015. Prenons un cas concret : en tant que chauffeur routier, Auguste a été arrêté pendant 45 jours pour apnées du sommeil. Traité pendant trois semaines par pression positive continue (PPC), son bilan est correct : le dernier enregistrement du sommeil auquel il s'est soumis montre qu'il ne fait plus que 6 apnées par heure (au lieu de 40 !). Il s'inquiète pourtant : « Si le médecin du travail ne m'autorise pas à rouler la nuit, serai-je licencié en raison de ces apnées du sommeil ? ». En effet, les apnées du sommeil font partie des contre-indications potentielles pour le maintien ou le renouvellement du permis de conduire pour les véhicules lourds. Il faut savoir que pour prendre une décision, les médecins des commissions médicales des permis de conduire se réfèrent à l'arrêté du 18 décembre 2015 fixant la liste des affections médicales incompatibles avec l'obtention ou le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire d'une durée de validité limitée. Cet arrêté prévoit les cas dans lesquels l'apnée obstructive du sommeil peut être une cause d'inaptitude médicale. Voici l'extrait de l'annexe de cet arrêté en rapport avec la pathologie des troubles du sommeil, qui fait partie de la Classe IV des affections concernées (pratiques addictives, neurologie, psychiatrie) en rapport avec la conduite d'un poids lourd. « Somnolence excessive d'origine comportementale, organique, psychiatrique ou iatrogène : la reprise de la conduite peut avoir lieu un mois après l'évaluation de l'efficacité thérapeutique du traitement approprié. Cette reprise sera proposée à l'issue d'un bilan clinique spécialisé et test de maintien de l'éveil. Compatibilité temporaire de 1 an. Incompatibilité tant que persiste une somnolence malgré le traitement. Nécessité de l'avis du médecin ayant pris en charge le traitement de la somnolence qui décidera des investigations nécessaires, dont la réalisation d'un test de maintien de l'éveil pour confirmer le retour d'une vigilance normale. Avis spécialisé pour une éventuelle autorisation de la conduite nocturne. Le syndrome d'apnée obstructive du sommeil modéré correspond à un nombre d'apnées et d'hypopnées par heure (index d'apnées et hypopnées) compris entre15 et 29, et le syndrome de l'apnée obstructive du sommeil sévère correspond à un index d'apnées et hypopnées = à 30. Ces deux syndromes doivent être associés à une somnolence diurne excessive ». On peut donc en conclure que la conduite de jour ne peut être autorisée qu'un mois au moins après la mise en place du traitement, la pression positive dans le cas d'Auguste. Dans un premier temps, l'aptitude à la conduite des véhicules lourds ne pourra être accordée que pour six mois. Un avis spécialisé sera demandé à un neurologue agréé par la préfecture pour l'autoriser éventuellement à conduire la nuit. A l'issue de cette visite auprès de la commission médicale des permis de conduire, 3 cas peuvent se présenter:
  • Soit son permis lourd est maintenu à la fois pour la conduite de jour et de nuit.
  • Soit ce permis est maintenu seulement pour la conduite de jour.
  • Soit il lui est retiré compte tenu de ses apnées du sommeil.
  • Tout dépend du médecin du travail
    Si les médecins de la commission médicale des permis de conduire autorisent Auguste à conduire de nuit, il faut encore que cette autorisation soit avalisée par le médecin du travail, qui prend en compte ses conditions de travail et pourra donc avoir un avis divergent. Si le médecin du travail se prononce pour l'inaptitude à la conduite de nuit, cela peut déboucher sur un reclassement à un poste de chauffeur routier de jour. L'inaptitude à la conduite d'un poids lourd, elle, peut se traduire par un reclassement à un autre poste dans l'entreprise. C'est là qu'un licenciement pour inaptitude peut intervenir, au cas où aucune possibilité de reclassement n'est envisageable..