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N°977 - Juin 2019 Profession La fraude à l'AdBlue Quel intérêt ? Dans un reportage de L'œil du 20-Heures le 30 avril, France 2 a fait un focus spécial sur la fraude à l'AdBlue des camions. Un phénomène certes catastrophique pour l'environnement, mais la montée en puissance n'est pas avérée. Intox de la presse générale ? Explications. La fraude à l'AdBlue est apparemment un phénomène « en plein essor en Europe », si on en croit un récent reportage de L'œil du 20-Heures sur France 2. « Il est regrettable que ce reportage donne des informations erronées qui laissent penser à une fraude généralisée et entache l'image de toute une profession », s'emporte Florence Berthelot, secrétaire générale de la fédération patronale FNTR. Alors à qui profite le crime ? Il y a deux ans, nous étions les premiers à enquêter sur ce phénomène (en mars et septembre 2017), et soulignions déjà la montée en puissance de ce trucage catastrophique pour l'environnement. Car l'effet, c'est un retour en arrière de 30 ans en termes de pollution... 7 500 € d'amende Malgré les 7 500 € d'amende, il semble que la pose d'un boîtier de désactivation de la sonde soit de plus en plus réalisée par les forains, tracteurs agricoles, etc. Cela évite, en l'absence d'AdBlue dans le réservoir ad hoc, d'avoir un moteur bridé et une perte de 20 % de sa puissance. Le pire, c'est qu'une bonne dizaine de sociétés en France proposent de réaliser cette opération... en toute illégalité bien sûr ! Problème : quel intérêt ont réellement les entreprises de transport à désactiver la sonde qui détecte l'absence de cet additif indispensable à la moindre pollution d'un camion depuis l'introduction de la norme Euro 5 ? Cela permet certes, comme le précisent les journalistes de France 2, d'économiser entre 2 500 et 3 000 €, mais cette « économie » paraît bien dérisoire quand on sait que cela engendre des dommages pour le véhicule pouvant aller jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Cette opération détruit en effet les moteurs et les pots d'échappement, avec des factures qui peuvent s'élever à plusieurs dizaines de milliers d'euros par véhicule endommagé. Sans compter que le transporteur ne peut plus faire jouer la garantie constructeur à partir du moment où cette anomalie est constatée dans un garage. Essentiellement les camions de l'Est Autre bémol : les journalistes oublient de mentionner que 98 % des routiers contrôlés en flagrant délit sont d'Europe de l'Est... Attention, précise la FNTR, ce n'est pas le patron propriétaire du camion qui a intérêt à frauder, mais bien le conducteur qui, ayant ses frais AdBlue en liquide, va économiser cet argent en plaçant un boitier. En plus, ce reportage peut donner des idées à des conducteurs sans scrupules vis-à-vis de la pollution. Le gros problème, c'est le manque de moyens de contrôle en France : en 2017, seuls 120 camions ont été identifiés avec le boîtier. Les allemands, qui réalisent des contrôles ciblés, ont estimé qu'au moins 20 % des poids lourds en provenance d'Europe de l'Est sont probablement munis de ce dispositif. La FNTR comme l'OTRE interpellent donc le gouvernement français sur la nécessité de former des contrôleurs à cette recherche particulière de fraude. Il est vrai qu'ils ont fort à faire avec les infractions aux règles sociales, mais les fraudes vont souvent de paire avec les écarts d'un autre ordre... Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R.