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N°979 - Septembre 2019 Profession Douches sur les autoroutes Elles doivent être gratuites ! Depuis des mois et des mois, Sylvie Thomas (dite Famounette) se démène depuis 2017 pour obtenir auprès des gérants de stations-service, pétroliers et autres gérants d'autoroute l'application de la loi : douches gratuites et propres sur autoroutes pour les routiers. Face aux récalcitrants, cette conductrice courageuse ne baisse pas les bras... «J'ai calculé que si la loi était appliquée, les routiers qui découchent toute la semaine pourraient économiser 130 à 150 € par mois. A l'échelle de l'année, ça fait un petit pécule pour partir en vacances, mine de rien ! ». Un beau jour de 2017, Sylvie Thomas, plus connue sous le pseudo Famounette, s'est mise en tête de faire respecter un décret que personne n'avait vraiment remarqué, alors qu'il impose la gratuité des douches dans les stations et aires d'autoroutes. Il s'agit de l'arrêté du 8 août 2016 (JORF n°0191, texte n° 5) fixant les conditions d'organisation du service public sur les installations annexes situées sur le réseau autoroutier concédé. L'article 3 stipule clairement : « Les services suivants sont assurés et mis à disposition gratuitement : toilettes publiques, avec un espace bébé spécifique ; douches pour les routiers hommes et femmes ; coin repos ». Des services et prestations qui doivent être assurés « 24h/24, tous les jours de l'année », souligne le point 8 de cet article de loi. Or certaines stations sont non seulement ignorantes de cette obligation qui devrait pourtant leur être imposée par les concessionnaires d'autoroute, mais elles répondent à Famounette qu'il s'agit d'un faux ! « Ce qui a motivé ma décision de m'attaquer au problème des douches, c'est que je suis administratrice du groupe facebook «?Infos RSE pour tous?», qui répond aux questions que se posent les conducteurs et conductrices confrontés à la complexité de la réglementation du Transport routier de marchandises. L'un des membres nous a posé la question de la gratuité en nous transmettant le lien Legifrance de l'arrêté du 8 août 2016. J'ai commencé mes recherches pour m'apercevoir qu'aucune station n'appliquait la loi ». Commence alors une longue croisade. D'abord, Famounette se charge de transmettre le texte de l'arrêté aux pétroliers présents sur les aires. « Ce fut certes parfois long, mais certains ont fini par réagir, comme Total, qui applique cette gratuité avec un niveau de propreté un peu supérieur aux autres. Shell a tenté de résister et n'applique que le minimum, c'est-à-dire sur le réseau concédé... ». Pour faire plier les récalcitrants, Sylvie Thomas contacte les sociétés d'autoroute : Vinci, Sanef, APRR, etc. qui, par des menaces de pénalités, ont obtenu dans un délai plus ou moins court (trois à quatre mois pour les plus lents) l'application du décret dans les stations-service de leurs réseaux respectifs. « Pourtant, même dans les stations qui ont fini par nous donner gratuitement une clé, il reste beaucoup à faire ; les douches ne sont pas entretenues. Comme on peut le voir sur mes photos, ce ne sont pas seulement les chauffeurs qui sont sales ! Quand on trouve de la moisissure et des traces noires, ça laisse rêveur...». 90% du réseau s'est mis au pas Au final, malgré un état des douches pas toujours nickel, Sylvie constate que trois ans après ses premières « semonces », 90 % du réseau français s'est mis au pas de la gratuité. Restent encore à convaincre les petits concessionnaires de type Alis (A28) ou Alicorne (A63). Problème : dans les 90 % de stations qui reconnaissent le droit des conducteurs et conductrices de poids lourd à disposer d'une douche gratuite, certaines ont tenté de trouver la parade. Celles à l'enseigne du pétrolier Avia (qui regroupe Picoty et Thévenin & Ducrot) ont dans un premier temps essayé de soumettre les routiers à l'obligation d'acheter un ??kit de douche'' (minishampoing et minisavonnette) au prix de la douche... « On nous demande un geste commercial pour notre hygiène ! Nous n'exigeons pourtant pas l'impossible : nous n'allons pas dans les douches pour une séance de balnéo ! ». D'autres stations (comme la station de l'aire des Haras sur l'A28) tentent encore aujourd'hui de limiter la durée d'utilisation des douches en faisant payer après 4 minutes d'eau chaude... Quant aux stations Leclerc, elles ont trouvé un autre moyen de détourner la loi : elles proposaient jusqu'à récemment de rembourser la douche à condition d'acheter l'équivalent en prix dans leur boutique. « Tout comme imposer l'achat d'un kit d'hygiène ou de limiter le durée de la gratuité, ce remboursement s'apparente à une vente forcée, ni plus ni mois », s'indigne Famounette. Une douche n'est nettoyée que deux fois par jour ! Sylvie Thomas constate à son grand effarement que dans l'ensemble, les douches ne sont nettoyées que deux fois par jour ! Dans les stations-service « classiques », cela peut à la rigueur se comprendre, mais sur les aires clairement orientées routiers (comme celle du Roussillon, de Montélimar, d'Ambrossum, etc.), c'est clairement insuffisant : « Les douches voient défiler jusqu'à 150 utilisateurs routiers par jour, et cette forte fréquentation nécessite un entretien beaucoup plus fréquent ». C'est l'autre point que Sylvie tente de faire admettre aux concessionnaires qui sont en rapport avec elle. Vinci est l'un de ses interlocuteurs les plus réceptifs, alors que Sanef, APRR, etc. se sont contentés d'imposer la gratuité sans pour l'instant aller plus loin. Car il reste encore des avancées à négocier. Vinci a par exemple accepté d'installer sur les aires avec stations (mais en dehors des bâtiments en dur) des « modules sanitaires » supplémentaires (avec douche) pour se mettre en conformité avec l'obligation de rendre ces services accessibles 24 heures sur 24. Car rares sont celles qui restent ouvertes en permanence... Pourquoi pas sur les aires sans station ? Par contre, en attendant que les autres groupes s'alignent sur cette bonne idée, il reste à convaincre Vinci d'élargir l'installation de ces modules aux aires dépourvues de stations ! « Sans compter que les douches qui ne fonctionnent pas, que ce soit dans les stations ou non, devraient être signalées avant l'accès aux aires, pour qu'on puisse prendre nos dispositions si notre temps de conduite restant nous le permet ». Famounette avance, mais ce n'est pas encore gagné. Autre revendication de Sylvie : que la différence entre hommes et femmes soit respectée, c'est-à-dire que quand plusieurs douches sont disponibles, une au moins soit réservée aux femmes. « Il existe dans chaque station un cahier de doléances et systématiquement, je relève les anomalies. Je demande à mon réseau de faire de même pour constituer ce qu'on pourrait appeler une liste noire ». Mais c'est étonnant : « Ceux qui se plaignent ne savent pas toujours situer exactement l'endroit où ils ont été confrontés à une obligation de payer ou à un gros problème d'entretien... Il y a encore à faire en termes de communication ! ». Le message est clair : n'hésitez pas à envoyer à Famounette vos remarques précises et documentées sur la page facebook Info RSE pour tous. Des petits concessionnaires comme Alis, Alienor ou Alicorne restent encore sourds aux appels du pied de Sylvie... Mais elle n'a pas dit son dernier mot ! Echange type avec un concessionnaire d'autoroute Pour sa croisade, il a fallu à Sylvie Thomas une bonne dose de persévérance et de diplomatie. Il lui a fallu trouver les bons interlocuteurs chez les concessionnaires et les pétroliers, obtenir leur mail et leur rappeler leurs obligations en termes choisis. Exemple d'échanges. Ayant contacté la Sanef via un formulaire de contact sur le site du concessionnaire autoroutier, Sylvie a fait connaître son problème en ces termes : « Étant conductrice routière utilisatrice des installations des aires, je vous rappelle que depuis août 2016 il existe un arrêté concernant les douches et sanitaires mettant la gratuité de ces installations pour les routiers. Malgré cela nous continuons à payer entre 2 et 3 €. Que comptez-vous faire pour que soit respecté cet arrêté ? ». Les conducteurs doivent jouer les indicateurs Une première réponse est venue de la direction communication qui laisse penser qu'en 2017, la Sanef était déjà bien au courant de cet état de fait. « Je vous remercie d'avoir attiré notre attention sur ce point, d'autant plus sensible pour nous que nous avons récemment rappelé à l'ensemble de nos sous-concessionnaires pétroliers et restaurateurs implantés sur notre réseau qu'il s'agissait d'un service obligatoire et gratuit. Aussi est-il important pour nous d'avoir connaissance des établissements qui ne respectent pas cette obligation. Je vous remercie par avance de nous faire connaître sur quelle(s) aire(s) de service autoroutière le service des douches est encore payant ». Le concessionnaire oublie cependant une chose : ce n'est pas le rôle des routiers d'alerter la Sanef (et autres sociétés). Ce que veulent les conducteurs, c'est que tous appliquent le décret, une fois pour toutes. D'où la réponse de Sylvie : « Malheureusement, au moment où je me retrouve à prendre une douche, c'est le plus souvent le soir, sans aucun moyen de vous contacter ! Résultat, moi et mes confrères sommes soumis à une obligation de payer, seule solution pour obtenir une clé ! ». La colère est latente : « Combien de temps devrons-nous continuer de payer un service censé être gratuit ? ». Il semble cependant que la seule façon pour les sociétés d'autoroutes de faire respecter le règlement soit de s'appuyer sur les témoignages des conducteurs, comme Sylvie a pu le constater en lisant une nouvelle réponse : « Nous sommes entièrement d'accord avec vous et nous déplorons que ces pratiques perdurent... Pour nous permettre d'agir afin de faire cesser ces abus, aidez-nous en nous indiquant sur quelles autoroutes et quelles aires de service vous y avez été confrontée ». Même son de cloche du côté du service clients d'APRR, auprès duquel Famounette s'indignait en juin 2018 du fait que certaines stations-service n'ont pas reçu d'instructions claires de la part de leur direction pour faire appliquer la législation, et continuent dont à payer 2 € le service gratuit des douches. « Je vous signale que la station Eni de l'aire de la porte d'Alsace, sur l'A36, est dans ce cas... Je me suis retrouvée otage puisque que le seul moyen de vous contacter est un mail que vous ne pouvez lire que le lendemain ou plus tard. 18 mois après la date d'application de l'arrêté, ça commence à faire long ! ». Réponse d'APRR : « Nous tenons à vous préciser que nous contrôlons et vérifions régulièrement les installations présentes sur nos aires. La mise à disposition de douches gratuites pour les routiers hommes et femmes est un point de nos contrôles. Aujourd'hui, sur l'ensemble de notre réseau, ce service est proposé gratuitement. C'est pourquoi nous vous demandons de nous indiquer les installations qui ne respectent pas cet arrêté. Vos remarques sont importantes, etc., etc. ». Texte : Marie Fréor · Photos : Fréor et X D.R.