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N°983 - Janvier 2020 Profession Les cheminots grognent Mais alors, que devraient dire les routiers ? Tandis que les cheminots et les agents de la RATP bloquent les transports et les trains pour défendre leur régime spécifique de retraite, la tentation est grande de faire un comparatif de leur pension respective, tout en sachant que les conducteurs routiers font le double d'heures et partent plus tard en retraite. L'attestation de pension d'un retraité de la RATP qui était conducteur de RER montre qu'il touche chaque mois 2 542 € (ou 2 329 € si l'on considère que 213 € sont prélevés à la source pour les impôts). Il a derrière lui 35 annuités de service, dont 20 ans de travail de nuit et 15 ans en horaires décalés. Ses repos étant décalés, il ne profitait que de deux dimanches chez lui toutes les sept semaines. Ses congés annuels étaient répartis par roulement sur juin, juillet, août et septembre. Du fait qu'il a eu 4 enfants, il bénéficie d'une bonification de 364 €. Les 3 700 € prennent en compte les années non travaillées « On est loin d'une retraite moyenne à 3 705 € annoncée par la Cour des Comptes », s'est exclamé un syndicaliste, qui oublie une chose : cette juridiction financière est arrivée à ce chiffre en calculant une retraite complète en partant à 62 ans, expliquait l'essayiste Agnès Verdier-Molinié sur L'Info du vrai (Yves Calvi) du 5 décembre, qui précisait : « Comme à la RATP ou à la SNCF, personne ne part à 62 ans, ils partent avec un peu moins ». Donc, dans un souci de comparabilité des chiffres, la Cour des Comptes a calculé des droits à pension de carrière complète pour l'ensemble des régimes (basée sur les six derniers mois). Cela explique qu'en partant en moyenne à 52 ans pour les roulants, et 57 pour les sédentaires, les retraités de la RATP gagnent eux 2 800 et ceux de la SNCF 2 300 €, selon les chiffres du Cor (Conseil d'orientation des retraites). Une belle somme si on la compare aux 1 500 € de pension du secteur privé et 1 200 à 1 300 € des indépendants (artisans, commerçants, etc.) ! 1 260 € de retraite pour Daniel ! D'un autre côté, prenons l'exemple de Daniel Kaufmann, 71 ans, qui a commencé à travailler à 14 ans et demi en usine et a rejoint le métier de conducteur routier à 24 ans, en 1972, et n'a plus jamais arrêté. « Je touche 894 € par la Cram, plus 360 € de retraite complémentaire. En tout, ça fait 1 260 €... ». Et pourtant, il n'a jamais été malade, a beaucoup roulé de nuit et a fait pas mal d'heures sup'. Résultat, pour survivre il est obligé de reprendre du service. Ainsi, Daniel roule pour les Transports Roux Voisard, qui emploient 5 à 10 retraités sur 45 salariés au total, en bâché, en régional. Comme quoi Daniel n'est pas une exception ! « Si j'avais les 2 500 € moyens d'un gars de la RATP, croyez-moi que je ne serais pas encore sur les routes ! ». Autre cas de figure : beaucoup de jeunes retraités ont débuté dès 14 ans chez leur père transporteur sans être déclarés. Comme d'autres, ils ont par la suite été à leur compte quelques années à une époque où c'était plus facile, et ont incité leur femme à faire de l'exploitation et de la compta pour eux, sans la déclarer. A la retraite, cela fait de maigres pensions pour un couple ! 50 ans à taux plein contre 57 ans à 75 % Si on reprend le cours de notre comparatif global du statut du cheminot et de celui des conducteurs routiers, les agents de conduite nés avant 1962, et certains nés avant 1967, peuvent prendre leur retraite à taux plein à 50 et 55 ans. Alors que le dispositif du CFA, qui permet aux conducteurs routiers de partir dans certaines conditions à 57 ans en préretraite, ne leur accorde que 75 % de leur salaire brut ! En arrivant à 62 ans, la retraite étant calculée sur les 25 dernières années, leur pension prend un coup dans l'aile. 30 heures hebdo, contre 47,5 ! C'est dans la durée du travail que l'écart est le plus impressionnant : alors qu'un conducteur de train travaille 1 409 heures par an, soit 30 heures par semaine (en se basant sur 5 semaines de congé), un conducteur routier en fait en moyenne 2 235 heures par an, soit 47,5 heures par semaine ! Et encore, on est dans la fourchette basse des entreprises qui encadrent particulièrement bien les heures pour éviter de payer trop d'heures sup' à leurs conducteurs. Soulignons que ce comparatif ne prend pas en compte les multiples avantages des conducteurs de train, dont le confort de travail et la possibilité de voyager gratuitement toute leur vie... À bon entendeur ! l Comparatif entre cheminots et chauffeurs routiers
Cheminots Routiers
Montant pension 2 542 € 1 260 €
Age de départ 50 ou 55 ans à taux plein 57 ans à 75% ou 62 ans à taux plein
Années travaillées 35 ans 41 ans
Temps travaillé par an 1 409 heures 2 235 heures
Les chiffres tirés de notre exemple parlent d'eux-mêmes : le gap est très clair entre les conducteurs routiers et les cheminots et autres privilégiés de la RATP. Or ceux-ci veulent nous entraîner dans la défense de leurs avantages et privilèges issus d'un autre temps. Des avantages dus à la difficulté de leurs métiers à la sortie de la guerre, où ils ont gagné en échange la notion de service public. Une notion qui depuis n'est plus vraiment leur souci... Au moment de la création de ces avantages (retraite, salaire, temps de travail...), le métier de cheminot était très comparable à celui des routiers, mais déjà les hommes de la route ont été oubliés et éloignés de ces avantages, comme ils le sont encore aujourd'hui. En outre, les conducteurs routiers et les autocaristes se retrouvent sollicités pour pallier le manque de service public. Les premiers pour combler les lacunes du fret ferroviaire, les seconds pour assurer un service minimum de transport de voyageurs. Difficile dans ces conditions de faire corps avec les enfants gâtés du rail. Texte : Marie Fréor · Photos : X D.R.