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Reportage Au cirque d'hiver à Paris Reportage Au cirque d'hiver à Paris - 56 - - 57 - N°939 - Janvier 2016 N°939 - Janvier 2016 Un Lion Man chez Bouglione Les caravanes de cirque, lors de leurs défilés en ville, doivent donner envie d'aller voir leur spectacle. Celle du cirque Bouglione vient d'être totalement rénovée en adoptant 18 camions. Sur la calandre, ils sont ornés du lion de Man, et sur les portières de celui de Bouglione ! Nous sommes chez Bouglione, au Cirque d'Hiver à Paris, entre la place de la Bastille et la République. Dans ce milieu, il est de tradition de tout savoir faire... L'apprentissage se fait si tôt qu'il est difficile pour les hommes de la piste de se rappeler leur première apparition en habit de lumière dans le rond magique illuminé par les projecteurs. Thierry Bouglione (56 ans), le directeur artistique du cirque éponyme, a plusieurs emplois, comme tout le monde ici. En plus de son travail de directeur artistique, il est dresseur de fauves. Le jour de notre rencontre, c'est au dresseur de fauves qu'on a eu affaire. Au volant d'un de ses 18 tracteurs Man TGX 18.440 tout juste réceptionnés, il émergeait tout juste de la circulation automobile de la capitale. La veille, ce camion avait été décoré aux couleurs de la vénérable institution... En voyant les deux Man se frayer un chemin dans la circulation, au milieu des vélos, motos, piétons et voitures, on se dit que les Bouglione père et fils semblent aussi à l'aise au volant que dans une cage remplie de lions et de panthères. « Vous savez, avec ce nouveau camion, tout est simple et assisté, lance Thierry. On a l'impression d'être dans une voiture... Quelle différence avec les premiers porteurs F10 Volvo que j'ai conduits à mes débuts ! Les 440 ch du lion sont bien faciles à diriger. D'autant que pour ces nouveaux tracteurs, on a opté pour des boites robotisées ». Un avis que semble partager son fils (28 ans), qui porte le même prénom que son grand-père : Sampion. D'une ville étape à l'autre, c'est lui qui conduira l'un des 18 Man de la caravane 2016. « On ne fait pas beaucoup de kilomètres par an, juste un peu plus de 8 000, mais il faut parfois être un champion des manœuvres, car sur les lieux des spectacles, la place est souvent comptée... », reconnaît Sampion. Plus facile d'être acrobate que conducteur Si Thierry (son père) a déjà mangé beaucoup de kilomètres au volant d'un camion, le fils est plus novice. « Quand je suis allé apprendre à conduire, tous mes camarades imaginaient que pour moi, le permis poids lourd n'était qu'une formalité ! Ce n'était pas du tout le cas : je trouve plus facile de marcher sur une boule ou sur un câble tendu au-dessus du vide que de conduire. Et en plus, j'ai passé le permis B en même temps le C et l'EC. Ceci dit, c'est sympa de voir la route depuis la cabine d'un camion ». Bien que tout beaux, les camions que les Bouglione viennent de choisir pour leur caravane sont moins neufs qu'il n'y paraît : « Le peu de kilométrage que nous réalisons ne nécessite pas forcément d'investir dans des camions de toute dernière génération. En revanche, nous sommes très sensibilisés à l'impact écologique de nos déplacements et aux réglementations des villes qui nous accueillent ». Cela explique que les 18 Man sont issus du réseau occasion de la marque(1) : « Ils répondent tout à fait à nos besoins, et c'est ça l'essentiel. Notre priorité est le confort et la fiabilité des véhicules. Car une panne, outre le risque de contrarier notre spectacle, se transforme vite en cauchemar. Imaginez comment peuvent réagir les bêtes qui sont coincées à bord. Elles ont beau être dressées, elles sont quand même sauvages ! ».• Jean RÉMEROND Photos Rémerond Les véhicules fraîchement décorés aux couleurs de Bouglione font leur première apparition devant le cirque, conduits par le patron et son fils. Quel cirque, cette histoire ! Malgré la légende qui font remonter l'existence des circaciens Bouglione aux calendes grecques, elle vient seulement de fêter ses 100 ans. Depuis quatre-vingt-un ans, le camp de base de troupe est le Cirque d'hiver, auquel Napoléon 3 a d'abord donné son nom. Avec les Gruss, les Bouglione reste l'une des toutes dernières dynasties du cirque français. Alors que les noms de Médrano, Pinder, Amar ont été vendus comme des marques commerciales sous la pression des crises économiques qui frappent ce mode de spectacle depuis les années 1950, cette famille de saltimbanque d'origine italienne et gitane est restée fidèle à son nom. Par contre, la famille Bouglione, qui a incarné l'art du cirque pendant six générations, n'est pas l'une des plus anciennes, puisque ses débuts véritables se situent en 1926. Il faudra attendre 1934 pour que les quatre frères Bouglione reprennent l'emblématique Cirque d'hiver de Paris, payé comptant en pièces d'or au nez et à la barbe d'une autre famille du cirque, les Amar, qui lorgnaient dessus avec insistance. Le nom de Bouglione devient inséparable du lieu dans lequel beaucoup de grands artistes se produisent : Fratellini, Grock, Achille Zavatta, Alex, Pipo et Albert Rancy. C'est en 1999 que la nouvelle génération Bouglione, avec à sa tête Francesco Bouglione, fils de Joseph (dit Sampion) et d'Anna Bouglione, prennent la direction du Cirque d'Hiver. Un lieu emblématique qui fut construit grâce au Duc de Morny (frère de Napoléon 3). C'est le Prince Louis Napoléon qui, en décembre1852, inaugura ce lieu de spectacle. En haut : après guerre, le cirque a utilisé des International M426 dieselisés avec des moteurs Perkins ou Cummins. Dans les années 50, de nombreux Saurer 3CT3D étaient intégrés dans la flotte Bouglione. Au milieu des années 60, ce sont des Citroën 55U et des Berliet GLC 6R qui ont composé le gros de la flotte Bouglione. Photos archives Bouglione Le vétérinaire du cirque Bouglione, Bruno Kapfa, reconnaît sur la porte du Man un des lions qu'il a soignés. Cela fait vingt-cinq ans qu'il s'occupe des bêtes chez Bouglione.Elles le reconnaissent, ce qui facilite sa tache. La caravane est parfois amenée à circuler dans des villes étroites où il faut être aussi habile qu'au trapèze... Photos Rémerond En haut : Thierry Bouglione (le père) apprécie particulièrement les améliorations de la nouvelle génération de Man. Tout comme son fils (ci-dessus).