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N°962 - Février 2018 Reportage Vers le déploiement du gaz C'est la fête à Bourbon-Lancy Pour un fabricant de moteurs, recevoir un ministre est toujours un événement, surtout lorsqu'il s'agit de celui des transports. C'est l'honneur qu'a eu Iveco sur son site FPT de Bourbon-Lancy. L'occasion pour Elisabeth Borne de transmettre de bonnes nouvelles à la filière gaz et pour Iveco d'annoncer le rapatriement d'une ligne de production... Le père Noël était un peu en retard du côté de l'usine Iveco de Bourbon-Lancy cette année. Début janvier, il a pris la forme d'un ministre, invitée par Pierre Lahutte, le patron d'Iveco à venir découvrir le site de fabrication de moteurs. Elisabeth Borne a distribué à la profession des bonnes nouvelles susceptibles d'inciter de façon sereine les transporteurs à investir dans des plus de 3,5 t roulant au GNC ou GNL ... La ministre des Transports a été claire en rencontrant sur le site FPT(1) les acteurs de la filière gaz : « La France soutient le déploiement massif des véhicules GNV et bioGNV, identifiés comme incontournables pour réussir la transition énergétique dans les transports ». Concrètement, cela se traduit par deux annonces. D'une part, la Loi de Finance 2018 intègre bel et bien le gel de la taxe carburant pour le GNV jusqu'en 2022. D'autre part, le dispositif de suramortissement pour l'achat de véhicules GNV est reconduit jusqu'en 2019. C'est-à-dire que les entreprises de transport (de personnes ou de marchandises) peuvent pratiquer une déduction exceptionnelle (dite suramortissement) sur leur résultat imposable. Parallèlement, le rythme d'ouverture des stations s'accélère : d'une par mois en 2016, il est monté à trois par mois en 2017 et cinq par mois en 2018 sont déjà programmées. Pour soutenir ce mouvement, un appel à projets « GNV » de l'Ademe accompagnera huit lauréats dans la création de 100 nouvelles stations et la mise en service de 2 100 camions au gaz. L'objectif évoqué par la ministre pour 2030 est encore plus ambitieux : pas moins de 2?000 stations-service distribuant « une énergie à 40 % d'origine renouvelable » (c'est-à-dire du biométhane), pour réduire drastiquement les émissions de particules. Car en 2030, il faudra nourrir au gaz 200?000 camions et 250?000 Vul, si les prévisions se réalisent et que tous les acteurs suivent le mouvement ! Il y a propre et propre... Avant de quitter la ministre, Pierre Lahutte a rappelé : « Il y a des véhicules réellement propres, comme ceux qui utilisent du gaz ou du biogaz (solutions par ailleurs les plus simples à mettre en œuvre). Il y en a d'autres dits propres, comme les véhicules électriques, qui ne font que déplacer les zones de pollution... Il ne faut pas tout confondre. Car l'électricité est issue du charbon, du pétrole ou du bois. Même l'électricité d'origine nucléaire n'est pas plus propre tant que l'on n'est pas capable de gérer les déchets radioactifs ». Il semble que la ministre, qui a une bonne capacité d'écoute et peut être qualifiée de bonne technicienne (diplômée de Polytechnique et des Ponts-et-Chaussée, elle fut patronne de la RATP et directrice de l'urbanisme à la mairie de Paris), ait bien compris le message. A la différence de nombreux hommes politiques, elle fait la différence entre « apparemment propre » et « réellement écologique du puits à la roue ». • Marie FRÉOR - 70 - L'usine de Bourbon Lancy, une vénérable institution C'est dans l'usine FTP de Bourbon-Lancy que sont fabriqués les moteurs industriels du groupe Fiat, destinés aux camions, cars et bus d'Iveco, mais aussi aux véhicules agricoles du groupe italien. Sans oublier les nombreuses marques qui font lui confiance pour motoriser leurs productions entre 245 et 560 ch. L'usine de Bourbon Lancy est la plus ancienne unité en France du groupe Fiat. Sa création remonte à 1874, ce dont atteste l'immense cheminée qui se dresse à l'entrée du site pour rappeler qu'ici, au début de l'industrialisation, une fonderie produisait des matériels pour le monde agricole sous la marque Puzenat. Les herses en Z qui en sortaient étaient réputées pour leur solidité... La porte d'entrée dans le groupe Fiat s'est faite en 1955 par le biais de la branche agricole du groupe italien en France et par sa reprise en 1956 par Simca, ainsi que le montage des tracteurs Someca. L'activité motorisation de camions a débuté en 1975 (à l'époque d'Unic), avec le moteur 6 cylindres X200 de 9,51 l, de 200 à 240 ch. C'est lui qui équipait l'Unic 190PAC20 qui a remporté le premier Paris-Oasis Dakar il y a trente ans... Le passage aux moteurs modernes a eu lieu en 1998 avec la naissance de la gamme Cursor, mise au point dans le centre de recherches moteurs du groupe en Suisse, à Arbon. Désormais entièrement produite à Bourbon-Lancy, la gamme routière démarre à 245 ch avec le Cursor 8 et atteint 560 ch avec le 13. Ces Cursor sont montés dans les Eurocargo et Stralis, mais aussi Trakker et Eurotrakker (gamme TP). Le 16 va de 650 à 850 ch pour des usages notamment militaires, mais peut aller jusqu'à 1 000 ch dans certaines applications très spéciales. Se rapprocher de la pleine capacité  grâce aux moteurs gaz Avec ses 1 320 collaborateurs, l'usine de Bourbon-Lancy a une capacité de production de 60?000 moteurs par an. Seulement 37?000 en sont sortis en 2017, mais le patron de l'usine, Leonardo Grillo, compte sur la montée en puissance des motorisations au gaz pour mieux exploiter le potentiel de l'usine. Les blocs moteurs proviennent des fonderies d'Allemagne, de France et du Mexique. Les vilebrequins arrivent de fonderies suédoises. En 2017 la production des moteurs (destinés à 75 % aux camions de transport routier de marchandises) s'est répartie ainsi : 10 % pour les C9, 50 % pour les C11 et 35 % pour le C13. La production du C16 étant réservée à des utilisations très spécifiques, elle est semble-t-il très marginale. Dans cette usine, une place importante est accordée à l'écologie : pour 1 m² de bâtiment de production, 2 m² de biodiversité lui permettent de produire... 40 kg de miel tous les ans ! Les abris des deux-roues sont dotés de panneaux solaires qui alimentent en électricité la cantine et les bureaux, et fournissent de l'énergie aux deux-roues à assistance électrique. Toujours dans le but de diminuer l'empreinte carbone, une éolienne récupère l'air chaud de la cabine de peinture... C'est aussi ça, le développement durable ! Photos Visavu et X D.R. La ministre à l'écoute de la filière gaz Une table ronde avec tous les intervenants de la filière gaz a permis à la ministre d'écouter attentivement les problèmes qu'ils rencontrent et qui pourraient les ralentir. L'objectif étant de chercher ensemble des solutions pour permettre le développement du gaz dans les meilleures conditions. En marge de la visite de l'usine de moteurs de FPT de Bourbon-Lancy, le patron de la division camions et bus d'Iveco, Pierre Lahutte, avait organisé autour de la ministre des Transports, Elisabeth Borne, une table ronde pour discuter des problèmes de la filière gaz avec tous les acteurs de la profession : fabricants de véhicules, utilisateurs, et organisations professionnelle, mais aussi équipementiers, fournisseurs et transporteurs de gaz. Même le constructeur Scania, grand concurrent d'Iveco dans ce secteur, était convié et représenté par Gilles Baustert. Bien que cette réunion ait eu lieu à huis clos, on sait que le ministre a rassuré tous ceux qui veulent investir dans ce secteur, en rappelant notamment que son ministère fonctionne de façon conjointe avec celui de Nicolas Hulot et que pour soutenir cette « démarche propre », le suramortissement des véhicules fonctionnant au gaz est prolongé (voir p.70) Par ailleurs, les constructeurs ont annoncé que des efforts seraient faits pour atteindre en 2020 un parc de 50?000 véhicules au gaz. De leur côté, les gaziers et distributeurs ont annoncé près de 700 stations pour 2020, pour se rapprocher de 2 000 points d'avitaillement prévues en 2030. Soit au final un maillage quasi similaire à celui des autres carburants. A la sortie de cette table ronde, les transporteurs présents semblaient rassurés sur l'avenir de la motorisation au gaz et sa pérennité industrielle et fiscale. La table ronde réunissant les acteurs de la filière GNV en France et la ministre des Transports à Bourbon-Lancy a donné lieu à des annonces très rassurantes pour les transporteurs prêts à faire un pas vers le gaz. La mondialisation n'est pas inéluctable Aux côtés de la ministre des Transports le jour de sa visite à l'usine FPT, le patron d'Iveco, Pierre Lahutte, a aussi ouvert sa hotte : il a annoncé aux 1?300 ouvriers du site que le moteur au gaz de 8 l ne serait plus produit en Chine, mais rapatrié à Bourbon-Lancy. Désormais, tous les moteurs FPT (8, 9 et 13-litres) y seront donc fabriqués. - 72 - Le gaz fait aussi avancer les Vul Faire tourner des moteurs avec du gaz n'est pas le privilège des camions. Le secteur des bus et de Vul y a aussi recours. Dans l'automobile, les offres sont beaucoup moins larges... Si le gaz naturel semble promis à un bel avenir dans le transport de marchandises et de personnes, ainsi que dans le domaine agricole et les matériels de manutention, le monde de l'automobile semble moins « nerveux » sur le sujet. Seul Fiat fait preuve d'une réelle volonté sur ce segment, que ce soit pour ses berlines ou ses utilitaires, dont Fiat Industrial vend chaque année près de 80?000 unités au gaz en Italie. En France, sa commercialisation est très ralentie par le manque de pompes. Chez sa filiale Iveco, outre les camions et les cars, un Daily est proposé en version gaz (et en électrique). De son côté, Volkswagen ne semble pas très enclin à commercialiser des voitures ou Vul au gaz en France, même si la marque dispose d'une importante proposition commerciale en Allemagne. Quant aux français Peugeot, Citroën et Renault (avec leurs VP et Vul), ils sont encore moins présents dans le gaz et préfèrent miser sur l'électricité. Renault Trucks a eu des offres via Ponticelli. Depuis son passage sous la tutelle suédoise, les choses sont semble-t-il moins simples, le groupe AB Volvo étant de toute évidence plus orienté vers des solutions qui font appel à des motorisations en bicarburation. Le groupe Daimler mise sur l'électrique, comme le montrent ses nombreux protos de camions Mercedes et Fuso, ou la commercialisation du Canter électrique. Mercedes, malgré son intérêt très marqué pour l'électricité, propose une version au gaz de son Econic. Daf n'a pour l'instant pas d'offre au gaz. L'américano-néerlandais attend le jour où un marché existera pour proposer, comme sa maison-mère Paccar avec les Kenworth ou Peterbilt, une solution avec Cummins, qui est un spécialiste de ce type de motorisation. Dans l'état actuel des choses, seul Man semble totalement étranger au gaz. Mais il faut rappeler que la marque fait partie du groupe Volkswagen et pourra faire appel au savoir-faire de Scania, son « collègue » au sein du groupe VW. Photos Visavu Iveco et Scania, les papes du gaz On ne peut pas dire que le gaz fasse l'unanimité dans le secteur du transport. Seuls Iveco et Scania y sont réellement engagés. Iveco est à fond sur le gaz, tandis que Scania a conçu diverses versions de camions propres, telles ce R730 fonctionnant au HVO (« diesel » synthétique). Seuls Iveco et Scania sont capables de fournir des gammes complètes de modèles au gaz. Le suédois est certainement celui qui bénéficie de la meilleure vue d'ensemble, car la marque au griffon ne se limite pas au gaz comme solution alternative au gazole : pour motoriser ses véhicules, Scania propose d'autres carburants d'origine non fossile, ainsi que des motorisations hybrides électro-diesel.