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N°984 - Février 2020 Réglementation Le déménagement Fortement concurrencé Le secteur du déménagement ne connaît pas la crise : en moyenne, plus de 3 millions de Français changent d'adresse chaque année... Il y a donc du travail pour les 1 500 professionnels déclarés du secteur, qui restent très méfiants vis-à-vis des entreprises ayant recours au travail illégal. Le secteur du déménagement compte officiellement 1 500 entreprises, dont certaines sont historiques, comme Déménagements Jumeau (90 ans), fondés à Châteaudun en Eure-et-Loire en 1925, ou, plus anciens encore, Huet Déménagements à Buc (Yvelines), fonde´s en 1898. Demeco (1965), un grand acteur de la filière, réunit plus de 40 sociétés, dont le géant Danzas... Cela représente pas moins de 11 300 salariés, dont près de la moitié sont des conducteurs. Mais attention, la fonction de conducteur est polyvalente dans le déménagement... Car finalement, on conduit peu dans ce secteur. Il faut surtout porter et manipuler. Etant donné leur faible kilométrage, la moyenne d'âge des véhicules peut dépasser largement les huit ans. Le contrôle technique est le même que pour les camions, soit tous les ans, et ils ne sont pas soumis à la vignette Crit'Air. Accords spécifiques Le secteur du déménagement, dont l'un des grands représentants est la Chambre syndicale du déménagement (CSD - adhérente FNTR) a signé avec d'autres fédérations comme l'OTRE des accords spécifiques. Plusieurs ont fait la une de nos actualités ces derniers mois ou dernières années : • En 2015 a été signée une compensation pécuniaire en cas de travail de nuit des ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise. Cette prime horaire est égale à 20 % du taux horaire conventionnel à l'embauche applicable au cœfficient 150 D. • A suivi, la même année, le nouvel accord sur la mutuelle santé. • Toujours en 2018, les classifications ont été modifiées pour tenir compte des conducteurs de véhicules utilitaires légers. Ainsi, il y a le conducteur « DC 0 », qui signifie « Déménageur conducteur sur Vul », le « DC 1 » et « DC 2 » respectivement pour conducteur de véhicule lourd et super lourd. • En 2019, l'accord du 15 mai portant sur la revalorisation des minima conventionnels dans le transport déménagement a été signé par l'ensemble des organisations patronales et par les organisations FGTE CFDT, CFE-CGC, CFTC et FO-UNCP pour les représentants des salariés. A l'embauche (montants bruts) :
Coef. DC0 DC1 DC2
120 D 10,12 € 10,19 € 10,24 €
128 D 10,35 € 10,42 € 10,48 €
138 D 10,54 € 10,62 € 10,67 €
150 D 11,07 € 11,15 € 11,21 €
• Devrait s'ajouter, cette année, une nouvelle forme de contrat de travail dit « court », le « CDIO » pour Contrat à durée indéterminée opération, comme dans le BTP. Par ailleurs, la réglementation des transports routiers de marchandises s'applique à toutes les entreprises de transport routier pour compte d'autrui, y compris les entreprises de transport léger qui exercent leur activité à l'aide de véhicules d'un poids maximum autorisé n'excédant pas 3,5 t. Plusieurs types de formations On trouve deux grandes catégories de formations pour accéder au métier : 1/ « Déménageur conducteur » (avant Bac) sur véhicule de moins et de plus de 3,5 t • CAP Conducteur routier de marchandises - 1 an - en alternance ; • CAP Conducteur routier de marchandises - 2 ans - en alternance ; • Direction d'exploitation des transports routiers de marchandises. 2/ « Déménageur professionnel » (avant Bac) • CAP Déménageur sur véhicule utilitaire léger - en alternance • CAP Conducteur routier de marchandises - 1 an - en alternance Ces deux catégories permettent d'évoluer pour devenir chef d'équipe ou contremaître. Un métier assez risqué Les déménageurs sont confrontés à des nombreux risques physiques entrainés par la manipulation d'objets lourds et encombrants ou coupants, les chutes de plain-pied sur des sols encombrés et/ou inégaux ou dans les escaliers, les chutes d'objets mal arrimés ou instables, les interventions en hauteur. Les lombalgies et dorsalgies générées lors des manutentions manuelles, les coupures, les contusions, entorses ou fractures lors des déplacements font partie des accidents du travail fréquents des déménageurs. D'autres risques, routiers, psychosociaux (rythme de travail, relations avec les clients), concernent aussi les déménageurs... De plus, le conducteur-déménageur étant amené à conduire le camion ou la camionnette de déménagement (dont on espère que le patron à veillé au contrôlé technique et à sa révision), il est exposé aux risques routiers. En ville, les déménageurs peuvent être confrontés à de grosses galères souvent liées à l'état de la circulation, mais aussi de travaux, de la météo, l'entrée du site, parking... Enfin, une contrainte psychologique pèse sur eux, car ils sont en relation proche avec la clientèle, et rentrent dans l'intimité de leur foyer, ce qui peut provoquer des situations conflictuelles tant en termes de dégradations (attention à ne rien casser, notamment les objets précieux) que de respect des impératifs de délais. Voilà pour le secteur. Maintenant, quelle est la situation sur le terrain ? A quoi le secteur est-il confronté ? Déménageurs amateurs, travail illégal Aujourd'hui, les Français déménagent davantage qu'autrefois et ce pour plusieurs raisons. Toutes les tranches d'âge et catégories socioprofessionnelles sont concernées. Sans surprise, les jeunes diplômés de moins de 35 ans bougent davantage que les foyers avec enfants, analyse l'Institut Ifop. Mais les Français déménagent de plus en plus pour des raisons personnelles : il faut s'agrandir (famille) ou tourner la page pour une nouvelle vie (divorce, retraite...). Bien que le marché du déménagement affiche un dynamisme certain sur le territoire français, il se caractérise également par ses déséquilibres. Selon une infographie de l'Officiel du déménagement, 90 % des entreprises du secteur sont des TPE/PME et comptent moins de 20 salariés. Par ailleurs, une grande majorité de Français préfèrent déménager sans l'aide d'une entreprise spécialisée : ils sont seulement 30 % à faire appel aux services d'un déménageur professionnel ! Les solutions sur le marché ne manquent pas, et les gens qui déménagent ont accès à de nombreuses alternatives, malheureusement pas toujours conformes à qu'offre les professionnels. Ubérisation du secteur Une sorte « d'ubérisation » du secteur s'est développée et le consommateur ne cherche pas vraiment à savoir qui est derrière l'entreprise, si elle a toutes les qualifications pour faire le travail... Les comparateurs de déménageurs font la pluie et le beau temps. Ces intermédiaires permettent d'obtenir jusqu'à six devis. Un nouveau type de service est venu récemment sur le secteur. Il s'agit du déménagement collaboratif, ou entre particuliers, qui revient à se faire aider par des non-professionnels. Le déménagement low-cost séduit d'abord par son coût bas, ensuite par sa promesse d'entre-aide. Les apprentis déménageurs demandent en effet de faibles rémunérations et pratiquent souvent pour rendre service. Pour preuve, de cet engouement, les requêtes « déménagement prix » ou « coût déménagement » comptent parmi les recherches les plus fréquentes sur Internet. Lutter contre le travail illégal, de toute urgence ! Se sont rapidement introduits dans le système les « faux déménageurs », forçant ainsi la CSD à bouger, car le phénomène est allé en s'amplifiant ces dernières années, jusqu'à provoquer un déséquilibre menaçant l'activité des déménageurs professionnels. Des « conventions » ont été signées un peu partout en France. « L'équilibre économique et social du secteur est gravement perturbé par la concurrence déloyale et le désordre social qu'engendre l'essor de la dissimulation intentionnelle d'emploi ou d'activité. Sans parler d'autres formes plus complexes de travail illégal ainsi que le développement dans ce domaine de l'économie collaborative sur internet », explique la Chambre syndicale. Elle rappelle que la profession de déménageur est réglementée et s'exerce dans un cadre précis : inscription au registre des transporteurs, garantie d'honorabilité, de capacité professionnelle pour les transports de marchandises, capacité financière. De plus, le métier de déménageur est subordonné à des obligations de formation. « Lutter contre le travail illégal dans ce secteur, souligne la CSD, c'est combattre le dumping social et s'assurer de l'égalité de traitement de tous les salariés, mais aussi renforcer la sécurité des transports et lutter contre les fraudes aux organismes de recouvrement des cotisations sociales et fiscales ». Quatre actions Quatre types d'actions sont prévus par la convention : un premier volet comporte des actions de prévention et d'information sur les différentes formes de travail illégal et en particulier sur l'interdiction d'exercer un travail dissimulé ou d'y recourir (une plaquette a été éditée à cet effet). Un second volet met en place un système de veille et de signalement opérés par les professionnels auprès des services de contrôle (dans le cas d'offres de services à un prix anormalement bas ou de présomption de situations de travail illégal). Les services de la Direccte, de la Dreal et de l'Urssaf s'engagent à être réactifs et à assurer un traitement approprié de ces signalements. Le troisième volet instaure des de contrôles communs (services de l'Etat) et enfin, la convention encourage les organisations professionnelles ou syndicales signataires à se constituer partie civile dans les procédures engagées. A cette fin, l'Etat s'engage à informer les signataires des procédures transmises au Parquet par ses services. Le déménagement contraint d'être plus réactif sur Internet Comme la plupart des secteurs économiques, le marché du déménagement français est fortement marqué par la révolution numérique. Qui a de bons côtés... Comme pour toute autre offre de service, les consommateurs qui cherchent une solution de déménagement sur Internet sont en mesure de consulter des avis de clients, mais aussi de comparer les offres et les prix des sociétés de déménagement les plus proches de chez eux. Ce changement radical a plusieurs conséquences. Si les acteurs historiques du déménagement peuvent investir dans la publicité et les opérations de communication, les TPE/PME peuvent désormais souligner la qualité de leurs services en ligne, grâce aux avis de leurs clients. Elles peuvent en outre s'appuyer sur des plateformes digitales de mise en relation entre déménageurs et particuliers, qui leur permettent de gagner en visibilité et d'affirmer leur implantation locale. Les chiffres du déménagement • La France compte 1 500 sociétés spécialisées dans le déménagement, qui emploient 11 392 personnes (rapport 2018 de l'OPTL). • La très grande majorité emploient moins de 20 salariés. • Les âges des salariés varient : en majorité ils ont de 40 à 44 ans et de 50 à 54 ans. • 70 % des Français préfèrent déménager seuls, et 30 % avec un professionnel. Texte : François Gilbert · Photos : X D.R.