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N°979 - Septembre 2019 Routier pratique Lutte contre le vol de gazole Quelles solutions ? Tous les conducteurs routiers le constatent : la hausse du prix à la pompe du gazole entraîne une recrudescence des siphonages organisés. En mettant en place des parades, les patrons s'attaquent aussi au « détournement » de quelques litres par certains conducteurs. Il semble cependant que ce phénomène soit moins flagrant aujourd'hui qu'il y a une dizaine d'années. «Récemment, j'ai été victime d'un vol de gazole la nuit sur un parking de l'A1. Je n'ai rien entendu, les gars sont devenus des pros ! ». Romain, rencontré sur le parking de Vémars pendant sa pause, n'est pas franchement un cas isolé : en parlant autour de soi, on prend rapidement la mesure de l'ampleur du problème. Pas étonnant : la hausse du prix à la pompe du gazole entraîne une recrudescence des siphonages organisés. Avec leur réservoir de 1 000 l, facile d'accès, les poids lourds ne sont pas les seules cibles privilégiées des voleurs de carburant : les engins de chantier sont d'autant plus convoités qu'ils sont laissés la nuit sans conducteur. Face aux enjeux, les voleurs redoublent d'audace et s'organisent en bandes qui écument les chantiers et les aires de repos sur autoroute. Les statistiques recueillies à droite à gauche semblent indiquer que chaque année, plus de 20 millions de litres sont volés ! D'une étude de marché effectuée en 2007 auprès des transporteurs par le cabinet Data Deliver, il ressort qu'il y a 12 ans, plus d'1 % du gazole était volé ou détourné. Ceci représentait en 2007 un coût de 4 590 € par an pour une flotte de 10 véhicules. Dans cette étude, la majorité des vols prennent la dénomination de « petite quantité » pour éviter de parler franchement des avantages en nature que s'octroient quelques chauffeurs, à raison de 15 à 30 l par semaine et par personne. Ce qui représente une somme rondelette en fin d'année. Les vols relatifs à un réservoir complet représentaient en 2007 seulement 0,5% du parc camions. Dans la même étude, seuls 57 camions sur 19 000 avaient été victime d'un « coup de pioche » pour percer le réservoir. En 2018, la donne a changé. Malgré l'absence de statistiques, on peut évaluer les vols de réservoirs complets et les « perçages » de réservoirs en forte hausse. Il semble que les vols aient progressé de 20 % par an depuis 2012. A tel point qu'un grand nombre de sociétés optent pour un parc fermé et sécurisé, ou préfèrent carrément vider les réservoirs avant le weekend. Face à ce fléau, il existe pourtant des parades suggérées par des fabricants de dispositifs conçus dans ce but. 1. Le réservoir vide durant le week-end avec bouchon ouvert et pancarte informant le voleur potentiel que le réservoir est vide Cette solution a l'inconvénient d'être contraignante en termes d'organisation. Elle implique en effet que les chauffeurs fassent le plein le lundi matin avant de partir et qu'ils limitent leur plein en fin de semaine pour terminer le réservoir presque vide. Dans ces conditions, il peut être tentant pour les conducteurs de vider le réservoir dans des bidons personnels... 2. Le bouchon de réservoir renforcé avec cadenas, ou doté d'une « patte » soudée sur la benne qui condamne l'accès au bouchon Cette solution décourage certainement les petits voleurs à la tire, mais n'arrête pas les gangs organisés et outillés, qui n'hésitent pas à arracher le cadenas ou à cisailler la chaîne ou à un perçage en règle du réservoir, auquel cas le vol de carburant se double d'une immobilisation du véhicule pour changer ou réparer le réservoir. 3. La crépine perforée Proposée à des prix très bas (pour une qualité bien sûr variable), cette solution empêche d'introduire un tuyau dans le réservoir. De même que le cadenas ou la chaîne, seuls les voleurs amateurs se laisseront décourager. Même certains chauffeurs peuvent en profiter : en faisant le plein, il leur suffit de sur-remplir le réservoir, puis de siphonner le trop-plein qui représente entre 60 et 100 l (la zone rouge qui correspond à la hauteur de la crépine). 4. Le système anti- siphon mécanique à protection totale Parmi les divers systèmes anti-siphon de ce type, citons celui signé Lago Genesisi qui permet, grâce à l'absence de trous ou de fentes, d'empêcher l'introduction d'un tuyau de siphonage (même de faible diamètre) et de remédier au « défaut » des crépines perforée grâce à son dispositif flottant qui facilite le plein mais qui referme tout accès quand le plein est terminé. 5. La tôle de protection du puits de jauge Ce dispositif qui se fixe sur les sangles du réservoir est conseillé dans tous les cas pour compléter la protection et éviter le siphonage par démontage ou destruction du puits de jauge. 6. La détection électronique sur la jauge de carburant Plusieurs systèmes électroniques ont été développés pour surveiller l'évolution du signal électrique de la jauge à carburant. Que le moteur soit allumé ou éteint (si l'option d'un chargeur et d'une batterie 12V de secours a été retenue), le boîtier détecte les descentes anormales de jauge provoquées par un siphonage, un perçage de réservoir ou encore par le démontage de la jauge. Les transporteurs qui ne sont pas sûrs de la loyauté de leurs conducteurs peuvent programmer l'envoi d'un SMS ou d'un e-mail sur un (ou plusieurs) numéros de téléphone avec l'heure et le lieu (position GPS) où s'est produite l'anomalie. A partir de l'historique des anomalies (heures et lieux), ils peuvent trouver qui est à l'origine des vols et le confondre avec un flagrant délit. Les transporteurs sûrs de leurs conducteurs peuvent intégrer une alarme qui déclenche une sirène destinée à faire fuir le ou les voleurs, avec en option une transmission de l'alarme par SMS ou par e-mail à une société de gardiennage. 7. Etiquetage « Sous surveillance électronique » Une autre formule consiste à étiqueter le réservoir avec la mention « Sous surveillance électronique » pour dissuader les voleurs. Si c'est vrai, le vol n'est certes pas empêché, mais il est détecté en temps réel. Cela peut permettre de réagir en fonction de la situation pour en limiter l'importance et pour dissuader les récidives. Bien sûr, la détection électronique s'utilise sans dispositif anti-siphonage de type mécanique, de façon à ne pas risquer un « coup de pioche » pour percer le réservoir. 8. Le bouchon à détection d'ouverture électroniqu Il existe des modèles avec sortie du signal par câble qui ressemblent à un bouchon classique. De son côté, le modèle Zipper de Lago est d'un concept nouveau, à transmission sans fil. Il est d'autant plus « répulsif » pour les voleurs quand il est équipé d'une sirène : dès qu'ils ouvrent le bouchon, celle-ci se déclenche. 9. Le parc fermé sous vidéo surveillance Un certain nombre de transporteurs souvent découragés par l'inefficacité des protections de base finissent par créer des parcs fermés avec des systèmes de vidéo-surveillance reliés à des sociétés de gardiennage. Ce type de solution est coûteux et ne vaut que pour les flottes qui rentrent au parc tous les soirs... De plus, elle n'offre aucune sécurité contre les « avantages en nature » que s'octroient certains chauffeurs. En conclusion, il n'y a pas de solution miracle qui protège à 100% contre le vol. Mais comme pour les vélos, celui qui n'a aucune protection est beaucoup plus exposé que celui qui se protège ! l Le cas des conducteurs qui « prélèvent » quelques litres Le phénomène des siphonages en interne est semble-t-il moins important qu'il y a quelques années, mais reste un problème pour certains transporteurs qui n'ont pas réussi à établir une totale relation de confiance avec leurs conducteurs. Sous couvert de lutter contre les vols de carburant, les différents dispositifs de surveillance par géolocalisation proposés par certains équipementiers sont en fait une façon de repérer les rapines « en interne », avec des arguments du style : « Pendant près d'un an, l'un de vos conducteurs prélève un litre de carburant sur chaque plein. L'entreprise se retrouve alors avec une perte indétectable de plus de 500 €. Nos modules de géolocalisation par GPS surveillent vos réservoirs en continu ». Pour ces sociétés, la solution pour prévenir et stopper le vol de carburant commence par combattre le vol en interne en informant à chaque nouveau plein de la quantité de gazole versée et du prix réel payé, afin d'éliminer toute potentielle activité frauduleuse, comme par exemple le remplissage excessif d'un réservoir ou le remplissage d'un réservoir externe. Avec en prime, en cas de siphonage réel, une alerte immédiate par e-mail ou par SMS. Texte : Marie Fréor · Photos : Fréor et X D.R.