presentationequipeabonnementboutiquepubContact

N°960 - Décembre 2017 Sécurité L'argent des radars Fin des idées reçues Un rapport officiel apporte la preuve que plus de 90 % des recettes des radars automatiques servent à l'amélioration du réseau routier et à d'autres actions en faveur de la lutte contre l'insécurité routière. De quoi tordre le cou au cliché des radars pompes à fric... «J'ai encore été flashé. L'Etat s'en met plein les poches ! ». Qui n'a pas entendu ses collègues maugréer de la sorte autour de la machine à café, en attendant un chargement ? Quitte à paraître démagogue, vous pourrez désormais leur répondre qu'une très grande partie de l'argent récolté sert à améliorer les routes et à agir contre l'insécurité. Faute de s'enrichir avec l'argent des PV, l'Etat diminue tout au plus ses propres dépenses pour la routes. Les sommes qu'il économise ainsi peuvent être réaffectées à d'autres secteurs.... Pour plus de transparence On ne dit pas ça pour nous mettre bien avec les autorités : il suffit de lire le rapport officiel annexé au Projet de loi de finances de l'année 2018 pour le croire. Un peu moins de 92 % des 920 millions d'euros de recettes des radars automatiques sont bel et bien consacrés à des tâches utiles, du moins celles allouées à l'Agence de financement des infrastructures de transports de France - Afitf (351,5 millions d'euros) et aux collectivités territoriales (254,7 millions d'euros). L'Afitf consacre sa part au bitumage du réseau routier national, à la mise en sécurité de tunnels, au percement de galeries de sécurité, à la pose de panneaux de signalisation intelligents (panneaux à messages variables) ou encore (en 2016) à l'aménagement d'une partie de la route Centre Europe Atlantique (RCEA) ou de la liaison autoroutière L2 à Marseille. Les collectivités territoriales de leur coté investissent dans l'accès aux réseaux de transport en commun, aménagent les carrefours (grande spécialité française !), créent des parcs de stationnement, installent des signaux lumineux et de la signalisation horizontale, etc. Les nouveaux radars et les campagnes de comm' C'est moins évident pour la somme allouée à la Délégation à la sécurité routière (239 millions d'euros) : le système de contrôle automatique devant s'autoalimenter, elle sert à financer de nouveaux radars et à les entretenir... C'est aussi elle qui paie les lettres qui vous apprennent combien vous avez perdu de points, et les études et campagnes de communication menées contre les mauvais comportements sur la route. Cela laisse un peu plus de 8 % (75 millions d'euros) qui sont affectés au désendettement de l'Etat. Le rapport précise que ces sommes proviennent « uniquement des recettes liées aux amendes forfaitaires majorées ». C'est la première année qu'un tel rapport officiel est publié, à l'initiative de la Sécurité routière. Cette mesure va être reconduite chaque année en annexe du Projet de loi de finances, en réponse au besoin de transparence des citoyens français. Par la même occasion, les responsables politiques doivent se dire qu'ils clouent le bec aux détracteurs de la sécurité routière. • Marie FRÉOR Quand vous vous faites flasher, 92% de l'argent des amendes est affecté à la lutte contre l'insécurité routière. Radars et autres contraventions : quasi égalité Les 920 millions d'amendes des radars automatiques représentent seulement un peu plus de la moitié des recettes liées aux contraventions. En 2016, le produit des amendes liées aux infractions de la route s'est élevé à 1,8 milliard d'euros, dont la moitié (920 millions d'amendes) est issue des radars automatiques. Les 897 autres millions correspondent aux amendes de stationnement et des contraventions émises par la police de circulation, qui n'ont pas de rapport direct avec la Sécurité routière et vont bientôt devenir des « forfaits de stationnement », comme c'est déjà le cas dans certaines communes qui s'en sont vues confier la gestion. « Le nombre de morts est inadmissible ! » Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la Sécurité routière, n'a de cesse de rappeler que l'Etat n'est pas motivé par les rentrées d'argent, mais par le souci d'épargner des vies. «Les 4 398 radars ne sont pas implantés en considération d'intérêts financiers, mais uniquement pour contribuer à la réduction des morts et des blessés sur nos routes ». Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière depuis 2015 (rattaché au ministère de l'Intérieur), tient à rappeler cette vérité, corroborée par le fait que l'État a mobilisé en 2016 plus de 3,6 milliards d'euros dans le cadre de la sécurité routière (3,8 sont budgetés pour 2018) et que le coût total des 59 432 accidents corporels survenus en 2016 est estimé, quant à lui, à 38,3 milliards d'euros. « Les perspectives de recettes sont donc bien loin de couvrir ces frais, et l'Etat dépense infiniment plus qu'il ne rentre d'argent », souligne Monsieur Sécurité routière. Il a du mouron à se faire : la mortalité routière connaît sa troisième année d'augmentation consécutive. Une première depuis 1972... Pour lutter contre ce fléau inadmissible, Emmanuel Barbe est aussi à l'origine du projet de décret visant à limiter les outils d'aide à la conduite, comme Coyote ou Waze, avec lequel il s'est mis à dos quelques associations d'usagers de la route. Il annonce par ailleurs la nouvelle génération de radars multifonctions pour mars 2018, autorisés par le décret signé en décembre 2016. Radars mobiles : pas motivés par l'argent A propos de la prochaine privatisation de la conduite des voitures-radars, le délégué interministériel remet aussi les pendules à l'heure. «Attention aux mots, prévient Emmanuel Barbe à propos de la ??privatisation'' des radars mobiles, essentiellement utilisés hors autoroute. Ce terme est inexact, dans le sens où nous confions au privé la simple mission de bouger les radars. L'infraction est toujours validée à Rennes ! ». Là encore, selon lui, c'est la lutte contre l'insécurité et les comportements à risque qui prévaut, et non les perspectives augmentées de rentrées d'argent. « Alors que deux policiers étaient requis par véhicule, à raison d'une heure par jour en moyenne, une seule personne suffira et roulera huit heures par jour(1). Cela se traduira certes par davantage de contraventions, mais quand ça va se savoir, les gens feront simplement plus attention ! Et l'entreprise ne sera en aucun cas rémunérée au nombre de flashs... D'ailleurs, elle n'a pas la possibilité de connaître le nombre de PV établis suite à son action ». Quelques chiffres 2016 • 1,8 milliard d'euros d'amendes « infractions de la route » : • 920 millions d'euros d'amendes liées au contrôle automatisé • 4 398 radars • 16 millions de contraventions • 897 millions d'euros d'amendes de stationnement et de contraventions émises par la police de circulation • 3,6 milliards d'euros investis dans la politique de sécurité routière • 59 432 accidents corporels pour un coût total de 38,3 milliards d'euros..