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N°982 - Décembre 2019 Santé Programme nutrition mis au point par la Carcept Mieux manger, un vrai enjeu Un beau jour d'automne, les routiers qui avaient envie d'améliorer leurs habitudes alimentaires étaient accueillis par des nutritionnistes et le camion de prévention santé « Transportez-vous bien » au Relais Routiers L'Escale de Déols (36). Carcept Prev y a inauguré son premier programme Nutrition destiné aux conducteurs de camions, qui n'étaient pas mécontents qu'on s'intéresse à leur santé. L'organisme de prévoyance du transport Carcept Prev est bien conscient que les conditions de travail (horaires décalés, travail de nuit, éloignement du domicile) ne favorisent pas vraiment l'hygiène de vie, notamment alimentaire, des conducteurs routiers. Après avoir développé un programme « sommeil », il s'est donc associé à SmartDiet (site spécialisé en nutrition) pour développer un programme favorisant une meilleure nutrition et activité physique chez les conducteurs. Pour faire connaître ce programme auprès des conducteurs routiers, la Carcept a choisi d'aller à leur rencontre en commençant par le Relais Routiers L'Escale de Déols, dans l'Indre. Il faut dire que Tom, le patron, se prête volontiers à ce type d'opération de communication. Objectif : sensibiliser les professionnels du transport (conducteurs et dirigeants) à la nécessité de mettre en place les bons réflexes alimentaires. Cela ne va bien sûr pas sans une incitation à pratiquer davantage d'activité physique. Pourquoi cette démarche ? Une étude menée en 2018 par Carcept Prev a révélé que pour un conducteur sur quatre, la nutrition est un réel enjeu de santé dans son quotidien. Face à ces problématiques, 85 % des salariés du TRM souhaitent d'ailleurs suivre des actions de prévention spécifiques à leur profession sur leur lieu de travail. L'univers de travail particulier des conducteurs routiers (horaires décalés, nocturnes, éloignement du domicile, etc.) peut être source d'une mauvaise hygiène de vie, notamment alimentaire, favorisant l'apparition de certaines maladies (diabète, hypertension, troubles du sommeil...), avec des risques cardiovasculaires majorés. Un enjeu qui a poussé la Fondation Carcept Prev à développer des offres sur mesure destinées à améliorer le quotidien des routiers et à prévenir les risques auxquels leur métier les confronte. Cette initiative de suivi nutritionnel est amenée à s'étendre sur tout le territoire national. l Coaching personnalisé et conférences Concrètement, le programme Nutrition consiste avant tout en un suivi personnalisé (et gratuit !) des conducteurs routiers, mais pas seulement....
  • Un coaching personnalisé de 3 mois par visioconférence ou téléphone dispensé par le réseau de diététiciens Smartdiet aux salariés qui rencontrent des problématiques de nutrition, afin de les guider vers la reprise d'une alimentation plus saine. Précédé d'une autoévaluation, ce coaching comprend un bilan diététique, trois consultations de suivi ainsi qu'un accompagnement sur mesure via un programme alimentaire spécifique.
  • L'organisation de rendez-vous en entreprises où les nutritionnistes de Smart Diet délivrent des conférences et ateliers à destination des salariés
  • Une application mobile « Transportez-vous bien » avec, là aussi, des coachings numériques sur le sujet
  • Une évolution des modules « alimentation » des formations « Acteur de ma Santé » dispensées dans les centres Aftral dans le cadre du programme « Transportez-vous bien ».
  • Le rôle de la diététicienne : faire perdre du poids aux routiers tout en préservant leur forme Pierre Audet est l'un des premiers conducteurs qui ont accepté la proposition de la Carcept. Il a donc bénéficié d'un suivi de son alimentation et de conseils adaptés. Nous avons recueilli son témoignage et ses impressions. «Trois jours après avoir donné mon accord, une diététicienne m'a contacté par téléphone, il y a un mois. On a eu une conversation d'au moins une heure et demie : caractéristiques physiques, rythme de vie, heures de repas, façon de manger (resto ou casse-croûte...), rythme de sommeil, organisation à la maison le week-end, aliments préférés, etc. ». La diététicienne ayant établi un rapport poids/taille et donc un indice de masse corporelle (IMC), elle n'a pas tardé à envoyer à Pierre un programme d'alimentation. « Je peux magner toute une liste d'aliments, explique le conducteur. Le gros problème, c'est de les trouver dans les restos routiers... C'est hyper compliqué de s'y nourrir correctement : on y trouve peu de légumes, beaucoup de charcuterie et d'aliments en sauce ». Il pourrait embarquer avec lui ce qu'il faut pour manger équilibré, mais pour Pierre, hors de question de prendre ses repas au camion : « Sauf impossibilité, j'ai pour principe de ne pas me couper du monde et de maintenir une vie sociale. On est suffisamment seul comme ça dans une cabine ! ». Gérer à la fois estomac et fatigue Dans un premier temps, Pierre a dû noter pendant quinze jours tout ce qu'il mangeait. Un premier bilan a poussé la diététicienne à lui faire éliminer tel ou tel aliment. « Hormis le manque de légumes et d'aliments sans sauce, notre métier nous impose des horaires décalés. Dans ces conditions, il n'est pas simple de gérer à la fois son estomac et sa fatigue ! ». La notion de fatigue est ce qui a le plus marqué Pierre au moment du bilan : « Le fait de manger moins et différemment, à des heures mieux calées (toutes les cinq heures) m'a fait ressentir une grande fatigue. Il paraît que c'est normal, le corps doit s'habituer. En gros, je mange à 7 h, 12-13 h et 19 h ». Quand Pierre va se coucher, il dort comme une souche et entre les repas, il a des coups de barre qu'il n'avait pas avant. « Alors que mon corps était alimenté en énergie en permanence, il a dû puiser dans ses réserves puiqque je ne mange plus entre les repas. Le plus dur, c'est entre 11h et 13h, et pareil entre 17h30 et 19h ». Et pourtant, Pierre prend désormais un vrai petit-déjeuner... Des horaires irréguliers Surtout qu'un routier ne fait pas toujours ce qu'il veut : « La deuxième semaine, j'ai dû sauter les vrais repas, en me contentant d'un sandwich, et du coup le soir, j'ai bâfré comme jamais, même si j'ai plutôt choisi des légumes que des féculents. Sauf que selon où tu es, tu n'as pas forcément le choix. Même dans les buffets, les légumes sont souvent déjà préparés avec des sauces ou assaisonnés » La troisième semaine, vu l'état de fatigue de Pierre, la diététicienne a changé son rythme d'alimentation. « On reste sur des petites quantités, mais entre chaque repas je m'autorise uns sorte de goûter : fruits frais, jus de fruit sans sucres ajoutés, biscuits secs (pas plus de 4 Petit Lu, par exemple) ». Ça va déjà mieux, mais le coup de barre l'après-midi est toujours là. « Ce n'est pas tant la manutention qui me fatigue : je vide et recharge un fois par jour seulement, en général. Mais l'attention à donner à la route m'épuise ». Le bilan est plutôt positif malgré tout, mais il reste, selon Pierre, à faire l'éducation des restaurateurs. « S'ils arrêtent la charcuterie, les frites et les pâtes et mettent à disposition des aliments plus sains, ça leur reviendra peut-être plus cher. Mais c'est faisable : l'Escale de Déols a repris certains conseils, et ça marche ! ». Pierre, qui a perdu 2 kg en à peine un mois, choisit la fréquence des contacts qu'il désire avoir avec sa diététicienne (ça peut aller de 15 jours à 2 mois). « De son côté, elle découvre un nouveau monde à travers nos échanges. Au début, elle ne voulait pas croire que je mangeais cinq fois par jour ! Elle doit aussi adapter ses conseils en fonction de notre rythme de vie complètement désorganisé... ». A force de mener des consultations auprès de routiers de divers profils, la diététicienne se rend mieux compte des spécificités du métier. En les aidant à manger plus équilibré, il s'agit de leur faire perdre du poids tout en améliorant leur santé et en gardant la forme, malgré les horaires décalés. Nous ferons Mieux manger tout en gagnant des points Dans le cadre du programme « Transportez-vous bien » lancé par la Carcept Prévoyance (1), les actions de prévention telles qu'une meilleure nutrition permettent de cumuler des ''points de solidarité'' qui pourront servir en cas de coup dur durant une carrière. Via la Carcept Prévoyance, chaque salarié à la possibilité d'ouvrir un compte personnel de prévoyance, de réaliser des actions de prévention (de 5 à 40 points par action) et de les réutiliser ensuite sous la forme de points de solidarité en cas de coup dur durant leur carrière. Dans le cadre de ce programme, plusieurs actions de prévention et programmes sur mesure sont proposés sur les thématiques santé les plus à risque dans le secteur (risques cardiovasculaires, hygiène de vie, sommeil, cancer, TMS...). Les Relais Routiers s'orientent vers des menus plus équilibrés Aujourd'hui, en France, plus 500 Relais Routiers accueillent chaque jour les conducteurs en France. Une bonne raison pour la Carcept Prev d'impliquer ces établissements dans un programme Nutrition. Quitte à leur demander de faire évoluer leurs propositions de menus ou le choix d'aliments. Pas toujours facile, sachant que les routiers ne sont pas très partants pour changer leurs habitudes. A l'occasion du lancement du programme Nutrition, L'Escale Village, à Déols, a été le premier resto routier à s'impliquer: les chefs cuisiniers du Relais Routiers ont échangé longuement avec des nutritionnistes afin de développer des menus sur mesure, estampillés en fonction de la valeur nutritionnelle du plat proposé. « Ils vont progressivement être mis en place, avec des explications sous forme de smileys vert, marron ou rouge selon l'apport nutritionnel », explique le patron, Tom. Résistance au changement « C'est un travail de longue haleine. On prend notre temps, car les routiers ne sont pas très réceptifs pour l'instant à la nécessité de manger équilibré. Les diététiciennes qui viennent le soir pour les sensibiliser et leur proposer des conseils personnalisés n'ont pas encore réussi à capter l'attention des gars... Comme on n'a pas de leçon à leur donner, on procède par étapes ». En attendant, Tom propose des plats comme des lasagnes épinards-ricotta, de la volaille cordon bleu avec un minimum de graisse, une plus grande variété de légumes cuits, des assiettes de crudités de saison... Par contre, il est hors de question de modifier les quantités ». Tom souligne en passant la force des images, comme celle du riz qui doit « tenir » avec du beurre, alors que du bon riz thaï n'a pas besoin de ça pour flatter les papilles. Il a revisité les pâtisseries en réduisant la dose de sucre, sans altérer le goût pour autant. « C'est une question d'équilibre entre le sucre et l'amertume ». L'Escale devait de toute façon refaire ses cartes, alors autant en profiter pour mettre en avant des plats « light » comme le poisson au curry, le filet de lieu à la crème « légère », le gaspacho en été ou le potage maison en hiver. Il a supprimé la saucisse de canard, et l'a remplacée par un pâté de viande de canard... Les exemples sont nombreux, à vous d'aller vérifier par vous-même. Une chose est certaine, les restos routiers ont un rôle sociétal à jouer dans la lutte contre l'obésité et la malbouffe... Texte & photos : Marie Fréor