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N°966 - Juin 2018 Personnalité Interview décalée avec... Jean-Yves Kerbrat, DG de Man France Pour cette rubrique qui aborde les grands patrons du secteur par le biais de leur vécu d'homme, et pas seulement de dirigeant, nous tendons cette fois le micro à Jean-Yves Kerbrat, le patron de Man France. En janvier 2018, Jean-Yves Kerbrat a retrouvé la direction de Man France. La structure Man Ouest(1) qu'il présidait ces dernières années depuis l'Allemagne n'existe plus, suite à une réorganisation qui transforme en régions à part entière cinq pays majeurs dans le monde : Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie et Chine. Il a remplacé Marc Martinez, l'ex-DG, parti de son côté diriger Man Ukraine. A l'école, quel genre d'élève étiez-vous : bon élève au premier rang ou dissipé au fond de la classe ? Je dirais bon élève au fond de la classe ! Disons que je ne me foulais pas trop, juste ce qu'il fallait. J'étais un peu immature, le nez dans le vent, prêt à accueillir toutes les opportunités. Plutôt scientifique, comme l'atteste mon bac C, mais disons que j'avais des facilités pour comprendre. J'étais davantage intéressé par les filles et les copains... Je m'en suis tout de même tiré avec un dossier correct puisque j'ai été admis à l'école de commerce Brest Business School, en spécialisation finances et compta. Pour autant, j'ai toujours eu une appétence pour la vente, le marketing et les ressources humaines. Je maîtrise bien les chiffres, bien sûr, ça fait partie de mon boulot. Mais ce n'est pas une finalité pour moi. De quel milieu venez-vous ? Mon père était responsable des ressources humaines pour un équipementier auto, Bertrand Faure, près de Nantes, où on habitait. On naviguait entre deux pôles maritimes, puisque le week-end on allait dans notre maison de famille à Brest. On est une famille de voileux. Je faisais les entraînements d'hiver à la Trinité. Etant aujourd'hui parisien, avec une femme et quatre enfants, il n'est plus question d'avoir un voilier. Quel métier rêviez-vous d'exercer lorsque vous étiez enfant ? Pourquoi ? Gamin, j'aurais aimé être diplomate. Ça fait partie des jobs ouverts sur le monde. Découvrir et comprendre la diversité des gens, des autres, c'est riche ! Plus tard, au moment d'entrer à l'école de commerce, donc à un âge où c'était trop tard, c'est le métier d'architecte qui m'a fait envie. Les architectes, ce sont des gens qui ont les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, et j'y vois une technique au service des gens. Ça m'aurait bien convenu ! Mais comme toujours, étant cool, j'ai un peu tendance à suivre ma bonne étoile, et je ne me suis pas donné les moyens de réaliser l'un de ces deux rêves. Peut-être simplement parce que ma sœur m'avait précédé d'un an à l'école de Brest. Comment êtes-vous arrivé dans le monde du camion ? Par hasard. J'étais tellement fainéant qu'en fin d'études j'ai récupéré les listes d'entreprises auxquelles mes copains écrivaient. Il se trouve qu'ils aimaient le milieu automobile. A l'occasion d'un entretien chez Mercedes, en 1992, on m'a demandé si je voulais travailler dans le VP ou dans le PL. Je me suis dit que celui qui me posait cette question devait travailler pour le camion, et que je ferais mieux de répondre dans ce sens. Bien m'en a pris. C'était Marc Claerr, le patron des camions de la marque. Il m'a embauché pour vendre des utilitaires légers. Ce segment, à l'époque, était géré par la même direction que le poids lourd. Pendant dix-neuf ans, j'ai occupé des fonctions diverses : vente de Vul aux réseaux de distributeurs dans l'Ouest de la France, marketing Vul, contrôle de gestion Vul et PL, animation réseau Vul et PL, direction commerciale de Charterway en Vul et PL... J'ai terminé à la direction commerciale des activités Vul, au moment où ils ont été séparés des camions. Chez Man, que j'ai rejoint en 2010, j'ai occupé la direction commerciale des poids lourds. C'est un segment passionnant, dans lequel les relations humaines sont fortes, basées sur la confiance et le long terme. On a une grande chance d'évoluer dans ce métier de gens fiables, authentiques. Avec eux, pas de bluff... C'est ce qui fait le peps et l'intérêt de ce monde exigeant, basé sur trois valeurs essentielles : la confiance, le respect et l'engagement. Après le travail, quel est le meilleur moyen de se détendre ? Quand on a quatre enfants, c'est vite trouvé : la vie de famille ! Je suis très attentif à leur développement. Chacune nécessite une attention différente selon les âges : 7, 14, 17 et 19 ans. Pour les devoirs, je suis là, mais seulement le week-end. Ma femme de son côté a repris une petite activité professionnelle : elle est responsable commerciale de l'association Les Petits Princes, qui vise à réaliser les vœux des enfants malades via des partenariats avec des entreprises. Sinon, je jardine autour de notre maison, à Issy-les-Moulineaux, tout en écoutant de la musique, et je cours une fois par semaine. Ça me permet de m'évader. En parlant d'évasion, vivre en bord de mer et faire de la voile m'a sûrement donné le goût de découvrir le monde. Chaque année, je pars sac à dos découvrir un nouveau coin de la planète et des cultures différentes, avec ma femme, mes trois garçons et ma fille. L'été dernier, on était au Cambodge. En 2018, on sera aux Bélizes, près du Mexique. Là-bas, il y a de quoi marcher dans les montagnes. Quel est votre véhicule de rêve ? Une citadine électrique, VW ou Audi, peu importe. Mais je n'en ai pas besoin, ma grande famille m'oblige à avoir une sept-places. Quand on est en ville, il faut vivre avec son temps. On a tous une obligation de la rendre plus propre. Sinon, dès que je peux, le gyropode(2) est mon moyen de locomotion préféré. Si vous deviez n'emmener qu'une chose avec vous sur une île déserte, qu'est-ce que ce serait ? Un canot de survie et une fusée de détresse pour garder une porte de sortie et revenir très vite vers la civilisation. Ça doit être horrible d'être seul. La richesse, c'est les autres ! Parlons boulot. Quel a été votre plus grand succès ? Peut-être d'avoir permis à Man en France de devenir une entreprise stable et professionnelle, avec un vrai projet, ce qui n'était pas le cas quand je suis arrivé. Il manquait un cap. On a beaucoup amélioré la qualité de service, en donnant aux bonnes personnes le bon niveau de formation. En sept ans, les efforts de formation des équipes ont été multipliés par quatre, grâce à Man Academy, que j'ai cocréé en France... Prenons le service, par exemple : l'essentiel, c'est de faire le bon diagnostic et la bonne réparation du premier coup, sans délai. La base de la relation avec les clients, c'est de prendre le temps de comprendre leurs enjeux. Je bloque des créneaux complets avec eux. Par exemple, pendant dix jours, je vais à la rencontre des décideurs (les 40 plus gros transporteurs en France) pour cerner leur problématique, ce que les chargeurs leur demandent. On parle aussi évolution du métier, car leurs propres clients leur imposent parfois des services connectés, et ils attendent qu'on les accompagne. Qu'est-ce qui vous paraît le plus intéressant dans votre fonction actuelle ? Amener toute une organisation à travailler de concert au service du client.... Le management d'équipes pluridisciplinaires, c'est un peu un rôle de chef d'orchestre. Je m'efforce d'être proche de mes équipes (on est 800). Je sais comment tourne un garage, la vie au quotidien d'un mécano. Les gens qui travaillent chez nous ont une vision familiale de l'entreprise, et les rapports sont simples. Quelles plus grandes qualités peut-on attendre d'un patron ? L'écoute, la capacité à trancher, à faire coopérer les gens, en leur fixant des priorités, en partageant et en suivant ces priorités. Mon rôle, c'est de m'assurer que celles-ci soient alignées et d'avoir une vision pour l'avenir. Nous, chez Man, on investit dans la conduite autonome, les camions connectés et l'énergie propre, avec un accent sur l'életromobilité. Propos recueillis par Marie FRÉOR (1) 12 pays européens (2) Une plateforme à deux roues propulsée électriquement, sur laquelle on se tient debout. Le patron de Man aurait rêvé d'être architecte, avec la tête dans les étoiles tout en ayant les pieds sur terre. Photo Marie FRÉOR Dans la famille Kerbrat, le principe des vacances est simple : découvrir sac à dos une nouvelle région du monde. Photo X D.R.