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Anniversaire Dix ans après sa disparition Anniversaire Dix ans après sa disparition - 32 - - 33 - N°947 - Octobre 2016 N°947 - Octobre 2016 Max, tu nous manques Que le temps passe? Il y a déjà 44  ans que l'émission Les routiers sont sympa a été lancée par RTL, 30 ans qu'elle a été arrêtée et déjà 10 ans que son animateur vedette nous a quittés. On a pourtant l'impression que c'était hier. Nous ne voulions pas laisser passer ce dernier anniversaire, d'autant que certains d'entre nous ont participé à la grande aventure orchestrée par Max Meynier. «A 20h30, après le journal, on avait l'impression que le poste de radio se réveillait. La voix chaude de Max Meynier lançait son célèbre : ??Les routiers sont... sympaaa''. Grâce à lui, l'image des routiers s'est largement améliorée. C'est incroyable, on a l'impression que c'était hier », relate Pierre Belanger, un lecteur de notre journal qui, comme beaucoup, est devenu routier à cause de Max, entraîné par son charisme. A l'heure où il est gentiment en train de finir sa carrière de routier chez XPO Logistics, Pierre raconte : « J'étais en rupture avec ma famille et l'école. Cette émission de RTL que j'écoutais dans ma chambre, bien caché sous les draps et couvertures, m'a donné l'idée de me diriger vers le métier de routier ». Tous ceux qui sont devenus routiers grâce à lui Il n'est pas le seul ! Combien ont, entre 1972 et 1986, décidé de prendre la route alors qu'ils cherchaient une orientation pour en finir avec l'école et trouver enfin la liberté ? Cette émission qui s'est arrêtée il y a 30 ans est toujours dans l'esprit de tous, et pas seulement de ceux qui sont partis en CFA, voire en retraite ! Ce qui vient aujourd'hui réveiller en nous ce souvenir plein de nostalgie, c'est l'anniversaire de la mort de Max, en 2006. Cela ne l'empêche pas de rester très présent dans le cœur des routiers qui l'ont connu, mais aussi des autres. Car il est devenu le symbole d'une « émission culte ». Il faut dire que tout dans l'histoire de cette aventure concourt au mythe qui s'est créé autour. Quatre paquets par jour Peu de temps après le départ de son père, Pascal Meynier, le fils aîné de Max, nous racontait : « Il n'est pas mort des suites de ses deux transplantations cardiaques ou de sa greffe du rein, mais du démon du tabac. Dans les moments de grand stress, ce perfectionniste pouvait fumer jusqu'à quatre paquets par jour ! » (voir LR n°778). Effectivement, tous ceux qui l'ont vu travailler dans le studio de la rue Bayard ou plus tard sur la terrasse Calberson se souviennent du brouillard qui entourait le micro... A cette époque-là, cette émission a eu un tel retentissement qu'elle a permis à RTL de renforcer sa place de première radio de France (2,1 million d'auditeurs !). Avec 800 000 Français captés entre 20 et 23 h, elle occupait un créneau habituellement totalement déserté par la concurrence, car à ces heures-là, la télé prenait habituellement le relais. Mais cet engouement ne s'est pas fait tout seul? À ses débuts, l'émission a bien failli être arrêtée à plusieurs occasions. Mais voilà, le patron de la station à cette époque-là, c'est Jean Farran, et le chef des opérations extérieures est le journaliste Michel Leblanc. Tous les deux croient dur comme fer au concept de l'émission : s'adresser aux hommes de la route, à leur famille et à tous ceux qui rêvent en voyant passer les lourds bahuts sur la chaussée. Elle dure tout d'abord 30 minutes et n'arrive pas à trouver « sa » voix? Celle qui, au-delà du poste, arrivera bien dans la cabine des camions... Les animateurs se succèdent sans trouver l'assentiment de la station et de Dunlop. Car ce sponsor compte bien sûr exploiter Les routiers sont sympa pour lancer son nouveau pneu poids lourd, le SP. Apres moults essais, c'est le tour d'un jeune intermittent du spectacle lyonnais, plutôt habitué à effectuer de temps en temps des remplacements. Dénommé Max Meynier, il a fait ses débuts avec une émission dénommée Radio belle étoile destinée aux campeurs. Max prend le volant de l'émission en 1972 et le succès est immédiat : de 30 minutes, on passe à 60, pour finalement atteindre 3 heures 30, voire 4 heures. Rappelez-vous : lorsque l'émission naît, les camions ont un PTR de 35 t ! Les rois de la route se nomment Berliet TR300, Saviem SM280, Mercedes 1936, Volvo 88 et Scania 140. Le téléphone portable n'existe bien sûr pas, et les cabines téléphoniques sont rares. Avec son émission, Max sert de relais entre les hommes qui sont sur la route et ceux qui sont au bureau, ou il leur permet de passer des messages à la femme et aux enfants qui les attendent à la maison sans aucune nouvelle. Rançonnés au moindre problème Nombre de routiers d'alors sont des aventuriers dont les camions se rendent très loin en Afghanistan, en Irak, dans les Emirats... Dès que l'on passe la frontière italienne, on est déjà loin, alors imaginez ! Avec le passage du rideau de fer et l'entrée en Yougoslavie, on entre dans un autre monde, où la moindre incartade au code de la route vous mène dans des prisons dont l'on ne sort que contre rançon. Jean-Pierre Tabary, salarié à l'Iru dans les années 70, se souvient avec émotion : « En cas de problème, Max me téléphonait à Genève, pour trouver une solution. C'est comme ça que je lui ai appris qu'un routier était en prison en Turquie suite à un accident dont il n'était pas responsable, et qu'il fallait faire quelque chose pour lui ». Avec son grand cœur, Max lance immédiatement une collecte pour le sortir de là. L'annonce à peine faite sur l'antenne, il récolte largement plus que les 50 000 F demandés par le président du tribunal (et qu'il fut remettre à un avocat !). Le reste est mis dans une cagnotte et distribué au fil des besoins des uns et des autres. « Max était partant sur tous les coups. Il avait un dynamisme fou et un talent de persuasion exceptionnel », précise Jean-Pierre. Il faut dire que pour animer l'émission de Max, RTL a une équipe de choc et des idées à revende. La première est l'organisation d'une messe de minuit dans les entrepôts Calberson à Paris à Noël 1974 (voir encadré). Puis, toujours chez ce transporteur, il met en place dans les entrepôts du boulevard Mc Donald l'exposition « Les plus beaux camions du monde », dont le succès est si grand que la foule doit être canalisée, voire stoppée. Les 24 Heures du Mans Camion sont nées là ! Enfin, n'oublions pas la création des 24 Heures du Mans Camion (une opération à laquelle notre journal a apporté son soutien sur quelques années). La première année, un immense convoi de camions de routiers fanas de l'émission démarre des entrepôts Calberson en direction du circuit du Mans. Pendant ce week-end-là, avec Max comme grand prêtre, cet événement constitue le cœur de l'émission? et c'est ce qui lui permettra de devenir la compétition qu'elle est devenue, c'est-à-dire le point d'orgue de la saison de courses camions. Tout cela est trop beau.... Et comme chez RTL on aime bien casser les beaux jouets (comme des années plus tard avec Les Grosses Têtes de Philippe Bouvard), en 1983, l'émission est transformée en Relax Max, puis supprimée en 1986. La belle époque est bel et bien terminée. En 1987, Max est victime d'un infarctus. En 1990, il subit une première transplantation cardiaque, puis rénale (sa cardiologue devient sa deuxième femme). Il décède en mai 2006, après être revenu des années durant à ses premières amours : le théâtre. Le plus surprenant, c'est que 44 ans après le lancement de son émission culte, 30 ans après la fin de cette aventure et 10 ans après sa mort, il est toujours aussi présent dans l'esprit des gens. Il n'est pas rare que dans le courrier que nous recevons à la rédaction, nos lecteurs nous disent combien Max leur manque. Un espoir déçu Depuis l'arrêt de l'émission, pas de doute qu'un vide existe. Ainsi, la vue de Stéphane Carpentier, grand reporter à RTL, arpentant le parking du Relais Routiers La Marmite casque sur les oreilles avec le gros micro rouge aux couleurs de la station, a fait croire immédiatement que la station de la rue Bayard allait relancer une émission pour les routiers. C'était en 2014 et il n'en était rien. Carpentier n'était là que pour évoquer les problèmes quotidiens de la route dans l'émission RTL Petit Matin. En apprenant ça, tous les conducteurs qui étaient accoudés au comptoir pour prendre leur petit-déjeuner sont tombés de leur siège comme si on leur annonçait que les barrières de dégel étaient de retour et qu'ils étaient consignés sur place... Max Meynier a tant fait pour la profession qu'il ne serait pas inapropprié de lui ériger une statue !• La RÉDACTION Max avait passé son permis camion pour être plus à même de rentrer dans le monde de ses auditeurs. Photo du haut : nous l'avions rencontré en 2001, cinq ans avant sa mort... (voir LR n°778). Il était assez affecté par ses problèmes de santé. Entre le début de l'émission en 1972 et sa fin en 1986, on voit malgré son immuable sourire que bien du temps a passé... La prise en otage de Max par un pirate Parmi les moments forts vécus par Max Meynier, un fait divers a défrayé la chronique : en 1974, il a été pris en otage par un cinglé dans le studio RTL où il animait Les routiers sont sympa. Dans la nuit du 8 au 9 février 1974, Max Meynier a subi à ses dépens la première tentative de détournement radiophonique de l'histoire. Voici le déroulement de cet événement qui aurait pu tourner au tragique si Max n'avait pas été l'homme qu'il était. Il est 21 h ce jour-là. Jacques Robert, un déséquilibré multirécidiviste armé d'un 7,65 et d'une grenade, s'introduit dans son studio alors qu'il présente en direct son émission. Il n'en est pas à son premier coup d'éclat puisqu'il a été arrêté en 1953 pour le meurtre de son père, avant d'être acquitté. Quelques années plus tard, il enlèvera Fernand Raynaud, et il menacera de mort Louis de Funès, lui réclamant une rançon. Durant plus de cinq heures, il va retenir en otage Max et deux de ses collaborateurs chargés de prendre les communications des routiers au téléphone. Loin de perdre son sang-froid, Max ouvre le dialogue avec lui, et comprend très vite que pour des raisons très confuses Jacques Robert réclame une demi-heure d'antenne sur les trois chaînes de l'ORTF pour le lendemain soir, menaçant de faire exploser sa grenade dans le studio si sa demande n'est pas satisfaite. Après de longues négociations entre le preneur d'otage, Max Meynier et Jean Farran le président de RTL, les hommes de radio sont libérés contre une promesse qui ne sera bien sûr pas tenue. Près de quatre ans plus tard, le 30 septembre 1977, Robert refait parler de lui en détournant une Caravelle d'Air Inter et ses 90 passagers. Le commissaire Leclerc, qui dialogue avec Jacques Robert depuis le début de l'après-midi, croit avoir trouvé un moyen de le faire craquer Robert en lui annonçant qu'un de ses amis est près de lui. Cet ami, c'est Max Meynier. Cette fois, malgré toute sa force de persuasion, l'animateur n'arrive pas à enrayer le détournement, qui se solde malheureusement par un mort. Le sapin du Québec et la messe de minuit Parmi les opérations de RTL, il y eut l'arbre de noël offert par le Canada en 1974, et la messe de minuit cette même année. Pour le Noël de l'année 1974, la ville de Québec avait offert un sapin de 35 m de haut, convoyé jusqu'à Montréal par un Kenworth et arrivé par avion cargo à Roissy dans une grande caisse en bois. Mais il fallait l'amener à la porte Maillot en convoi exceptionnel, avec au volant du Calberson un petit jeune de 21 ans. Max a fait une émission spéciale de quatre heures tout au long du trajet, en conviant les routiers à escorter le convoi avec lui. Lui qui comptait sur une vingtaine de camions s'est retrouvé avec plus de 100, avec en prime des automobilistes et des motards ! Bref, le convoi initial de 35 m s'est allongé sur 5 km... Max a souvent quitté son studio pour se rapprocher des routiers, transformant sa cabine en studio (photo du bas). Il est notamment allé au Cap Nord avec un Volvo, ou en Turquie avec un Mercedes. Archives X D.R.