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Texte : Marie Fréor · Texte & photos : Fréor et Violy N°991 - Octobre 2020 Reportage Aux dépannages Cochet Du matériel hors du commun On a rendu visite aux Dépannages Cochet dans la région lyonnaise, non pas tant pour leur activité que pour voir de près leurs fameux camions à fond jaune ocre, tous décorés de main de maître par Jean-Claude Violy. En activité sur trois sites, ils font la fierté des patrons, Michel et Evelyne Noir. «Cochet, camions décorés ». Aussi bien les routiers sur la route que les clients du dépanneur lyonnais (du solex au 44-tonnes) ont associé cette entreprise à ses belles décorations, devenues sa marque de fabrique. Il suffit de faire le tour des trois sites Cochet pour comprendre à quel point le look des véhicules est devenu une institution pour cette société familiale. Commercialement, c'est un bon calcul aussi : « Quand ils n'ont pas de service assistance qui leur impose un dépanneur, les conducteurs nous appellent en priorité, même si on n'est pas forcément les moins chers. Et puis on met un point d'honneur à toujours avoir des camions nickel propres », explique Cédric Cabanettes, responsable poids lourds des trois agences, qui fait aussi des dépannages. Interventions jusqu'à 100?km tout autour de Lyon Chaque agence est séparée d'environ 20 km, l'une au nord de Lyon, l'autre à l'est et la troisième plus au sud, ce qui permet d'intervenir en moins d'une heure sur autoroute, comme l'impose le cahier des charges des sociétés d'autoroutes. « Elles produisent un rapport mensuel avec du vert ou du rouge selon le respect ou non des délais ! ». En PL, Cochet peut être appelé à la rescousse sur toute la région lyonnaise, à 100 km à la ronde. A partir de Genas et de Villeurbanne (le siège), il dépanne ou remorque à la fois des voitures et des poids lourds, alors que Genay est totalement dédié aux camions. « En moyenne, on dépanne ou remorque 120 camions par mois. Ça va du coup de batterie au véhicule couché ». Si notre article sur l'assistance dépannage répond aux questions des transporteurs sur leur couverture en cas de panne (voir p.40), chez Cochet on découvre les coulisses. Un atelier Man vient de demander une intervention sur un camion espagnol planté à Jonage, à quelques kilomètres de Genas, car ses propres techniciens n'ont pas réussi à réparer sur place le compresseur d'air hors service. C'est Mickaël qui s'y colle. Avec son Scania 6x4 V8 de 620 ch doté d'un simple bras de remorquage, il arrive du lavage après une intervention sur un camion à Ecully pour un problème d'embrayage. « Comme il était sous contrat de garantie, je n'ai pas eu le droit de réparer. Je me suis donc contenté de le remorquer jusqu'au garage Daf de Saint-Priest ». Des œuvres d'art uniques Le Scania est illustré de scènes du Pirate des Caraïbes, avec des petits détails en plus qui font de chaque véhicule une œuvre d'art unique : l'un des rétros est peint à l'arrière avec un 24h/24 stylisé avec un sabre, l'autre avec un 7j/7 adapté. Mickaël a ajouté sa touche en faisant une dérivation d'échappement qui renforce le bruit du V8. Un vrai fan de Scania, quoi... En quelques minutes, on est dans la rue où l'Espagnol est planté avec son compresseur d'air en carafe. Mickaël, qui est depuis trois ans chez Cochet, a juste le temps de raconter qu'il n'échangerait pas sa place aujourd'hui. « La boîte de dépannage où je bossais avant, on était cinq sur le même camion, et ils étaient totalement banals. Ici, on est gâtés en matériel, c'est une vraie chance ! Et chacun de nous se voit personnellement confier un camion et un utilitaire, dont il doit prendre le plus grand soin ». Comme dans une famille Pour lui, travailler chez Cochet, c'est comme être dans une famille. Le rythme aussi lui convient, même s'il peut être difficilement accepté par les compagnes des conducteurs : il faut assurer une permanence un week-end sur trois, et une semaine sur trois avec des horaires à rallonge. Le reste du temps, c'est du 8h-12h - 14h-18h. « Tant qu'on reste en deçà des 100 km, on n'est pas assujettis à la RSE », précise Mickaël. A-t-il jamais pensé devenir conducteur routier en marchandises ? « Jamais de la vie... Pour moi qui adore la mécanique, ce métier, c'est idéal. Toutes les marques passent entre nos mains. On voyage dans toute l'Europe par procuration, puisqu'on a affaire à des conducteurs parlant toutes les langues possibles ». Mickaël précise quand même qu'en mécanique, il se limite à de la petite réparation, comme changer une durit ou une courroie. « Le plus gros qu'on fait, c'est réparer un frein de semi ou un embrayage. En général, c'est quand le transporteur ne trouve pas un garage qui peut le faire tout de suite ». Refaire un moteur, par exemple, ne rentre pas dans le contrat. Les seuls cas où un camion en panne est ramené à l'atelier Cochet, c'est quand il y a un problème de paiement. L'opération de sauvetage du camion espagnol est rondement menée. D'abord lui donner de l'air pour qu'il puisse mieux se positionner, car une voiture empêche d'approcher assez près. Google Traduction marche bien, heureusement : le conducteur fait comprendre à Mickaël qu'il doit tout d'abord aller accrocher sa remorque pour la mettre en sécurité dans la société d'import de produits ibériques où il s'apprêtait à décharger. Un panier pour ne pas démonter l'arbre Pour éviter de le tracter par l'avant et d'avoir à démonter l'arbre de transmission (sans quoi la boîte de vitesses casserait), Mickaël lui demande de reculer dans son « panier », et renforce l'arrimage en faisant passer des sangles sous les calottes de roues arrière. « Que je remorque sur 1 km ou sur 100, c'est pareil. C'est la sécurité avant tout ! ». Il ne reste plus qu'à embarquer David, le conducteur espagnol, et le temps de le déposer au garage Man le plus proche, l'opération a duré une heure tout juste. C'est au temps (départ dépôt - retour dépôt) que se fait la facturation. l La déco, c'est l'affaire d'Amandine Tous les utilitaires et camions qui rentrent, qu'ils soient neufs ou d'occasion (le plus souvent d'ex-véhicules de démonstration), sont aussitôt décorés, selon l'inspiration d'Amandine, la fille de Michel et Evelyne, qui dirige l'agence de Genas. Jean-Claude Violy lui fait des propositions et exécute les dessins. Tout a commencé par l'intérêt d'Amandine, la fille du patron, pour les dessins animés. « Ça m'a donné l'idée de faire réaliser une déco inspirée de Diddl sur un camion. Mon père était très dubitatif : les grosses peluches dans un milieu d'hommes, bof ! Eh bien contrairement à toute attente, ce camion a remporté un gros succès. Tous le monde en parlait, ça nous a fait une pu gratuite. Le seule impératif que j'ai, c'est de respecter le vert et jaune institué par mon grand-père ». A partir de là, tous les camions et utilitaires y sont passés avant d'entrer en fonction. « Parfois, j'ai des intuitions que je soumets à Jean-Claude Violy, notre fidèle peintre. Ça peut être un vieux film, une ambiance rétro. Il fait des recherches, et on détermine ensemble le choix des scènes. Pour Transformer, en 2016, j'ai mixé plusieurs films, pour éviter les problèmes de droit à l'image. Pour la prohibition, on a fait un côté Il était une fois en Amérique, et un côté Les Incorruptibles... ». Ça la distrait de son travail de bureau : dispatch, prise de missions, facturations, etc. Le logiciel VL ne s'est pas adapté au traitement des missions PL, mais Amandine sait comment facturer en PL. « J'ai eu mon permis C à 18 ans, et si mon père ne m'avait pas stoppée, j'aurais vraiment aimé continuer à faire des interventions. J'en faisais un peu, au début, quand le travail me le permettait ». Amandine a toujours baigné dans le dépannage. Jusqu'à la naissance de son fils, il y a 4 ans, elle ne regardait pas sa montre, comme sa mère. Aujourd'hui, elle se contraint à ne pas dépasser 40 heures, pour ne pas reproduire le schéma de totale implication en termes de temps. Jean-Claude Violy peint à main levée Pour Cochet, Jean-Claude Violy peint les utilitaires sur place. Mais les gros poids lourds, il les décore (à main levée) chez Maza et Stingre, un carrossier de Saint-Bonnet-de-Mure chez qui il a l'habitude de travailler. Jean-Claude Violy, que Michel Noir a aidé à s'installer en auto-entrepreneur alors qu'il s'apprêtait à lâcher son art, a un principe très simple : « Je travaille à main levée, jamais au pochoir ! ». Pour les grandes lignes, il s'aide d'un rétroprojecteur, puis il fait un projeté des contours au pistolet, et revient par-dessus avec d'autres couleurs en cas de faux traits. Il passe ensuite d'un pistolet à l'autre pour les fonds de couleur, et s'attaque aux détails à l'aérographe. « C'est Mazas Stingre, à Saint-Bonnet, qui vernit », précise-t-il. Le Renault K Prohibition, par exemple, lui a demandé deux semaines de boulot. On voit ici quelques-unes de ses œuvres, destinées à Cochet et d'autres clients. L'évolution du métier vue par Michel Noir Michel Noir, le patron chez Cochet, a arrêté de conduire il y a une vingtaine d'années, victime d'une perte progressive de la vue. Mais il reste passionné. « Heureusement ! Car je ne connais aucun dépanneur qui fait ce boulot pour l'argent ! C'est trop d'investissement personnel. D'ailleurs, le père de ma femmes est mort au travail ». Le beau-père de Michel Noir, Roger Cochet, a créé la société de dépannage en 1951, avec un Ward-La France et un Diamond rachetés aux surplus américains, avec une grue Holmes. « Le Ward consommait 80 l d'essence à l'heure, à 40 km/h maxi. Faites le calcul ! ». Michel, marié à Evelyne en 1975, est arrivé dans l'entreprise la même année et tous deux ont repris les rênes en 1985, dans un petit local. A force de boulot acharné, ils ont fait prendre à la société un essor impressionnant « Notre force, c'est d'avoir sur les trois sites 7 camions et 7 conducteurs toujours disponibles ! Le problème de ce métier, ce sont les pics et les retombées d'activité à gérer. Le métier a évolué, heureusement : alors que 80% des interventions sont déclenchés pour des crevaisons ou des éclatements de pneus, on a fait équiper six utilitaires de machines à pneumatiques. C'est un gros plus par rapport à nos confrères », souligne Michel Noir. Un système qui facilite beaucoup les choses, comme Bastien nous en fait la démonstration sur le site de Genay. La RSE, les équipements de sécurité et l'amélioration des chaussées a fait chuter le nombre de relevages... « Depuis une dizaine d'années, on en fait dix par an maxi, alors qu'avant on tournait à 3 ou 4 par mois, sur un plus petit secteur autoroutier ! ». Du coup, Cochet s'est adapté en se diversifiant, notamment avec du transport d'engins et un élargissement du rayon d'action géographiques, via des dossiers répondant aux appels d'offres. « Les fourgons ateliers paient les dépanneuses », lâche Michel pour éviter d'énoncer clairement ce que coûtent de tels matériels. Depuis 2011, il les achète neufs, sur sept ans. « C'est un bon calcul, car derrière, j'ai moins de problèmes ». Seule exception, un Mercedes Actros V8 de 600 ch, qui était quasi neuf et conduit par un patron. Une belle occasion à ne pas rater. Michel Noir tient à préciser que sa société est normée Afnor depuis 2019 dans le PL, ce qui lui donne plus de chance d'être retenu lors des appels d'offre et ainsi de pouvoir étendre son rayon d'action. La décoration de tous les véhicules obéit à la même démarche que le soin que Michel et Evelyne demandent à leurs conducteurs d'en prendre. « C'est notre fierté ». Depuis 1975, Evelyne et Michel n'ont guère eu le temps de se reposer. D'une petite structure, ils ont fait une société prospère sur trois sites. Le parc Cochet Le choix des véhicules Cochet est assez varié pour répondre à tous les besoins, en fonction du type de véhicule à remorquer et de la disponibilité quand l'appel arrive. Pour ses 7 porteurs de remorquage, Cochet a fait son marché chez plusieurs constructeurs : les deux 8x4 Rotator (à grue Jige) sont Volvo (FH 4) et Renault (K), les trois 8x4 Mega 45 (bras de remorquage à poutre intégrée) sont Daf (XF), Volvo (FH 3) et Scania (164), le 6x4 est Scania (R 620) et le 4x2 est Renault (un AE de 1991 !). Trois niveaux de matériel à double pont sont à distinguer : en 6x4 (comme le Scania R620 de Mickaël, à bras de remorquage Eurotow), en 8x4 (comme le Daf avec bras et flèche orientable), en 8x4 à empattement plus long de 60 cm (comme le Scania Rotator avec bras de remorquage et grue à 360°). Ce dernier sert au relevage d'un PL couché et évite d'avoir à le décharger s'il est ceinturé par deux Rotator. Deux semis (une bâchée et l'autre céréalière) servent au chargement en vrac des marchandises éclatées quand un camion s'est couché, par exemple. Deux semis surbaissées font office de porte-char (l'une à 3 essieux, l'autre à 2 essieux). 8 fourgons-ateliers sont aménagés maison (rangements pour le matériel, éclairage extérieur, gyrophares, aménagement intérieur...).