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Texte : Marie Fréor · Photos : Fréor et X D.R. N°1005 - Janvier 2022 Reportage Immersion chez Tred Union Partager et échanger Etre membre d'un groupement comme Tred Union, le plus jeune des réseaux de transporteurs en France, c'est un gros plus en termes de solidarité et de mise en commun d'expériences. Les conducteurs, qui se sentent moins isolés en sachant qu'ils peuvent se doucher, dormir ou se faire dépanner chez d'autres adhérents, bénéficient de mini-modules vidéos qui leurs apportent des infos très utiles pour leur vie et leur travail. Le Salon fournisseurs annuel chez Tred Union consiste en rendez-vous croisés toutes les 20 minutes entre transporteurs et fournisseurs, et se tient la veille de l'assemblée générale des adhérents. Ce jour-là à Bordeaux, ils sont 77 à bourdonner d'un stand à un autre, en fonction de leurs besoins et intérêts propres à leur activité. L'un d'eux, Patrick Menard, le patron des Transports ATS (25), a déjà vu Coriolis (téléphonie), Jungheinrich (manutention), Scania, Volvo, et s'apprête à retrouver un commercial de STS (élaboration des paies), Sensorielle (plaquettes commerciales), Renault Trucks, Krone Fleet, Fruehauf, DKV, AS24, B2PWeb et Acalc (calculateur de tarifs pour le transport). « Ma flotte de 40 camions est multimarque, explique Patrick Menard, et depuis peu je me suis mis au transport avec chariot embarqué, en plus du fret industriel, des bobines d'acier, de poutrelles chantiers et un peu de grande distribution. Mon principal souci en ce moment, c'est la hausse des coûts, et pas seulement du gazole, qu'on récupère en pied de facture : tout s'envole, que ce soit le tracteur, la semi, les équipements... ». Pourquoi ce ralliement à Tred Union ? « Avec les conseils et la formation que propose le réseau, on apprend à manager différemment. Il est très centré sur la relation à l'humain, que ce soit entre patrons et conducteurs ou entre exploitants et conducteurs ». Didier Broudard, patron des Transports Biscarat (13), confirme : « Quand on rentre chez Tred Union, on a forcément l'envie de progresser ! ». L'humain semble effectivement le mot-clé, à en croire Céline Rio, qui a repris les Transports Leblanc (56) en 2016. « On transporte beaucoup de menuiserie, c'est très physique. Ceux qui font ça ont une prime de 120 € par moi pour la manutention. J'ai mis en place un ''workplace'' pour communiquer avec nos 39 conducteurs, c'est comme un groupe whattsapp où ils peuvent organiser leurs congés, discuter et surtout exprimer leurs besoins. Chez nous, ce n'est pas le salaire qui fait la différence, mais le respect de chacun. Ceux qui arrivent ont entendu parler de nous et savent qu'on fait tout pour préserver leur stabilité et leur vie de famille ». « On n'est pas prescripteurs » Hormis des outils mis à disposition par le réseau pour aider les conducteurs dans leur vie quotidienne (voir encadré p.49), le groupement permet de partager des expériences et d'en tirer des actions communes, du genre installer à plusieurs une station gaz, ou opter pour le B100. « On n'est pas prescripteurs, souligne Jean-Christophe Edy, le directeur du réseau. Notre job, c'est surtout de faire un gros travail de formation auprès des commerciaux des transporteurs, en leur donnant les bons éléments pour qu'ils sachent argumenter avec un client qui veut ou non passer aux énergies alternatives ». Le soutien du groupement va même jusqu'à aider les dirigeants à mieux concilier vie privée et vie professionnelle (via une formation de 3,5 jours), avec un cursus spécifique de quatre jours baptisé « Leadership au féminin » qui donne des billes aux femmes dirigeantes. « Aujourd'hui, les transporteurs viennent chez nous pour rompre leur isolement, partager et échanger. On fait du co-développement et on trouve ensemble des solutions », résume Jean-Christophe Edy. l Tred Union en chiffres 77 adhérents 160 sites en France 10 000 collaborateurs 7 500 moteurs 16 000 cartes grises Des formations pour que chacun soit au mieux dans son boulot Jean-Christophe Edy, le directeur du réseau Tred Union, a mis au point un concept d'e-learning en libre-service, dont les conducteurs du réseau pourront disposer sur le site tredunion.fr d'ici mars 2022. Parmi les projets mis en place par Tred Union, Jean-Christophe Edy, le directeur du réseau, en a un qui lui tient particulièrement à cœur : le développement de la formation pour l'ensemble des collaborateurs (10 000 personnes !). Parmi les modules e-learning destinés aux conducteurs, à regarder à leur convenance, il y aura bientôt des vidéos en format très court, une minute 30 ou deux minutes maxi, pour faire passer des messages percutants et essentiels. Il y sera question de bien-être (avec des méthodes de décontraction, de respiration, de réveil musculaire), d'hygiène (prévention du diabète, du surpoids, de la somnolence). « On est en train de tourner des scénettes dans des cabines de camions. Le contenu nous est suggéré par la médecine du travail. Reste à trouver des acteurs qui fassent le geste parfait ». Pour la vie pratique du conducteur, d'autres vidéos « consommables facilement » leur seront proposées : remplir un constat, faire un bon arrimage, se présenter à son avantage (selon l'adage : « on n'a pas deux occasions de faire une bonne impression »)... Jean-Christophe Edy n'en est pas à son coup d'essai : « Via le Monde du transport réuni, on a déjà publié des vidéos intitulées Les saint-bernard de la route, où on apprenait comment sécuriser un accident, prévenir les secours et leur donner les bonnes infos ». Les besoins en formation ressortent grâce à des groupes de travail qu'il organise au sein du réseau en s'adressant cette fois aux dirigeants. Rien que pour l'un des six grands thèmes, la richesse humaine (RH), cinq sous-groupes sont constitués : communication et marketing des hommes (par exemple, comment présente-t-on une annonce pour rendre l'entreprise attractive), recrutement, fidélisation et motivation, management, et enfin, rémunération et incitations. A propos des rémunérations des conducteurs, JC Edy souligne que là non plus, le réseau n'est pas prescripteur. « Mais on peut discuter de l'opportunité de telle ou telle prime, en partageant nos expériences ». En cherchant d'autres pistes que le salaire pour motiver les conducteurs, il a eu l'idée de former les exploitants à un langage bienveillant et respectueux du conducteur. « C'est tout bénef pour tout le monde, car s'il se sent respecté, le conducteur peut donner à son tour une bonne image de l'entreprise ». Le groupement expliqué par Joël Vigneron, son président DG des Transports éponymes, à Nancy (400 moteurs et 10 filiales), Joël Vigneron souligne que le réseau vise 100 adhérents, soit 24 de plus qu'aujourd'hui. «Il nous manque des adhérents dans le couloir rhodanien, une zone qui compte globalement moins de transporteurs qu'ailleurs en France », explique Joël Vigneron, le président de Tred Union. Il rappelle qu'il s'agit du groupement le plus jeune, « à la fois en âge (créé en 2008) et en esprit », et le plus dynamique, avec une grosse force de proposition. Pour y rentrer, le minimum requis est de posséder 20 camions. Il faut bien sûr être prêt à respecter certaines règles, la première étant l'éthique entre adhérents. Joël Vigneron met en avant l'avantage de s'affréter mutuellement entre membres du réseau, quand les offres de transport B2PWeb et les sous-traitants réguliers ne suffisent pas. En tant que transporteur, il est bien placé pour apprécier cette option, avec les aléas auxquels sont soumises ses spécialités : transport cargo (l'activité historique chez Vigneron), benne, citerne, palettes, multimodal (fleuve et rail). Combien, l'adhésion ? Pour bénéficier de tous les avantages du groupement, il en coûte à une société 3 900 € par an, plus 700 € par filiale. Ça donne accès à la participation à la commission achat, à l'ensemble des manifestations (dont la formation), soit une centaine de modules en visio-conférence par an et des sessions spéciales. Les commissions et groupes de travail se traduisent par beaucoup d'échanges et un enrichissement commun. Un plus pour la recherche de fret Tred Union étant un membre fondateur de B2PWeb, une annonce déposée par un membre du réseau n'est visible que par les autres adhérents pendant dix minutes. Ensuite, elle est consultable par tous. Une méthode qu'appliquent par ailleurs tous les groupements. Le véritable enjeu : attirer de bons conducteurs La grosse problématique du moment, c'est d'attirer les bons conducteurs, ceux qui ont vraiment envie de faire ça, constatent à l'unisson les adhérents Tred Union. «Sans les conducteurs, les transporteurs ne sont rien, et ont donc des obligations à leur égard. Aujourd'hui, on doit leur donner envie de continuer à exercer leur métier, souligne Joël Vigneron, le président de Tred Union. Le groupement évite qu'ils se sentent isolés : quel que soit le département où ils se trouvent, ils peuvent plus facilement livrer chez un autre membre TU, s'y doucher, et même être dépannés : leur exploitant les renvoie vers un adhérent du coin ». Pour redorer le blason du métier, le groupement est partenaire de l'association Le Monde du Transport réuni. Une bonne sélection des jeunes en amont est cruciale, si les transporteurs veulent éviter que sur dix personnes formées chez eux, il n'en reste que deux ou trois pour y rouler. Hormis les salaires et la considération, le constat est général : la société a évolué, et beaucoup de nouveaux routiers réclament de rentrer chez eux tous les soirs.