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N°989 - Juillet - Août 2020 Profession Les automobilistes pendus à leur portable Attention, danger ! Il y a des choses qui avancent très vite, comme la technologie, et d'autres qui régressent, comme certains comportements des usagers de la route. Une étude montre que les conducteurs routiers respectueux des règles doivent de plus en plus se méfier des automobilistes. D'autant que depuis que ceux-ci recommencent à circuler, beaucoup sont « comme fous ». Le constat est unanime : depuis le déconfinement, les usagers des routes françaises donnent la sensation de se défouler... Résultat, une hausse d'accidents mortels a été enregistrée, avec +15 % de grands excès de vitesse par rapport à l'année dernière. Il semble que la crise sanitaire ait eu l'effet inverse de celui qu'on aurait pu espérer : les automobilistes, qui auraient dû prendre conscience du caractère précieux et fragile de la vie menacée par le Covid, foncent dans le mur. Ce n'est pas bon pour les conducteurs routiers qui, en bons professionnels (à quelques exceptions près !), respectent les limites et passent leur temps à anticiper les comportements déviants de ceux avec lesquels ils partagent les routes et autoroutes. Il est bien dommage d'en arriver là, alors que les progrès technologiques des véhicules et le durcissement des réglementations ont permis de faire diminuer le nombre de morts sur nos routes : on est passés de 5 530 morts en 2014 à 3 448 en 2018, puis 3 239 tués en 2019.? Un chiffre « historiquement bas », selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Il n'empêche, outre la folie à laquelle on assiste depuis la fin du déconfinement (qui devrait se tasser, peut-on espérer), de nombreux comportements dangereux ont nettement augmenté sur les quinze dernières années. C'est ce que nous apprend une étude menée par Axa prévention. Les conducteurs routiers doivent donc redoubler de vigilance vis-à-vis des autres usagers de la route, pour ne pas être la victime de leur usage fréquent du portable et de leur incapacité à gérer la somnolence. Privilégier l'assistance vocale En 2006, seuls 22 % des conducteurs français utilisaient le téléphone au volant contre 46 % aujourd'hui ! Il faut dire que les smartphones font souvent office de GPS, y compris pour les conducteurs routiers. Encore faut-il penser à désactiver les notifications pour ne pas être dérangé lors de la conduite si on veut se contenter de cette fonction... Et pour rentrer une adresse, il est bon de privilégier l'assistance vocale. Ça évite de lâcher les mains du volant. Autre rappel : l'écran ne doit pas gêner la vision de la route. Un autre comportement dangereux que relève cette étude globale est le fait que de plus en plus d'automobilistes ne s'arrêtent pas après deux heures de conduite pour une pause. Pire, en 2004, 24 % d'entre eux conduisaient sans s'arrêter pendant quatre ou cinq heures d'affilée alors que maintenant ils sont 34 % à le faire. D'où un risque accru de somnolence. D'autres comportements dangereux restent dans la moyenne des années précédentes, comme le fait de passer au feu orange (71 %), de franchir la ligne blanche pour doubler (19 %), d'oublier d'utiliser le clignotant (41 %) ou encore de doubler par la droite sur l'autoroute (22 %). L'usage du portable peut entraîner une suspension provisoire du permis Attention, depuis le 23 mai, le téléphone portable au volant peut vous coûter votre permis de conduire ! Si vous commettez une autre infraction en le tenant à la main, vous courez le risque de subir une suspension de six mois à un an. Le portable étant la cause d'un accident corporel sur 10, et multiplie par trois les risques d'accident tout court. Devant ce constat inquiétant, le Conseil d'Etat a agi fort et vite. Parmi les nouvelles mesures entrées en vigueur le 23 mai 2020 au Code de la route, les sanctions sur l'utilisation du téléphone portable au volant ont été durcies (article L.224-1). En clair, votre permis de conduire est retiré par les forces de l'ordre « à titre conservatoire » si vous commettez une infraction alors que vous avez votre téléphone portable en main : vitesse, croisement, dépassement, intersection, priorités de passage... Après 72 heures de rétention, le préfet peut alors annoncer une suspension allant de 6 mois à un an. Ces circonstances vont bientôt être fixées par décret. Les problèmes spécifiques des routiers Stress, repas déséquilibrés, vie de famille mise de côté... Selon un rapport INRS publié en 2019, les chauffeurs routiers sont confrontés à des contraintes qui peuvent se transformer en problèmes de santé. On ne va pas vous l'apprendre, les conducteurs routiers se retrouvent trop souvent dans des situations de stress... Cela s'explique surtout par l'écart important entre ce qu'on leur demande et ce qu'ils peuvent réellement faire. En effet, comment respecter l'ordre de mission qu'on vous donne et arriver à l'heure chez les clients tout en respectant strictement les temps de conduite ? Pas de marge de manœuvre Car il est quasiment impossible d'échapper à des aléas au cours de la journée... Et dans la plupart des cas, les conducteurs se plaignent de n'avoir aucune marge de manœuvre pour rattraper le temps perdu... Autre entrave à une santé solide : il devient de plus en plus difficile pour les conducteurs routiers de prendre des repas équilibrés à des horaires réguliers. Et l'irrégularité des missions et des trajets ne permet pas non plus de gérer correctement les temps de repos et de sommeil. On ne peut pas non plus ignorer une source de mal-être pour de nombreux routiers : la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle. Ce n'est pas un hasard si les nouvelles recrues veulent de moins en moins entendre parler de semaines entières sur la route. Quitte à ne pas toucher autant de frais, les jeunes préfèrent rentrer chez eux tous les soirs. Risques, troubles et sympômes Tous ces facteurs se traduisent pour certains par une forte consommation de produits psycho-actifs, si on en croit un rapport INRS publié en 2019, qui mentionne des « risques psycho-sociaux » supplémentaires : • La violence liée au vol de marchandises et aux passagers clandestins lors de l'arrêt des camions sur les parkings constitue aussi un risque croissant ; • Le bruit de la circulation urbaine représente souvent une gêne pour le bien-être au travail et de plus, compromet la sécurité du camionneur, car les effets extra-auditifs concernent en particulier le psychisme (concentration, nervosité, agressivité, etc.) ; • Toutes les contraintes cumulées de la profession, de la circulation routière, du rythme de travail, de la violence externe peuvent mener à un état de stress permanent : les troubles engendrés peuvent conduire à des symptômes d'anxiété, voire des symptômes dépressifs pouvant mener à une dépendance vis-à-vis de l'alcool ou de tranquillisants, des troubles névrotiques (phobie de la conduite...), des troubles du sommeil. Une spirale infernale Les conditions de travail et de circulation peuvent donc mener à une spirale infernale, qu'il faut enrayer en consultant dès qu'on sent que les symptômes décrits ci-dessus commencent à apparaître... Soyez à l'écoute de vos sensations et faites-vous aider si besoin ! « Les conducteurs ne dorment plus » Selon le directeur de la médecine du travail du Var, les addictions aux stupéfiants et au portable font des ravages... Jean-Marc Montagnac, délégué général de l'OTRE Paca (photo), a une deuxième casquette : il est directeur de la médecine du travail sur le Var (2STT83). « Aujourd'hui, les addictions aux stupéfiants et au portable font bien plus de ravages que les TMS (troubles musculo-squelettiques) et autres pathologies. Les conducteurs font bien leur coupure, sauf qu'ils ne dorment plus ! Au lieu de faire une « nuit » de huit heures, ils ne dorment que quatre heures, quand ils s'arrachent de leurs séries, conversations sur Facebook ou jeux sur tablettes ». Ce spécialiste note aussi une nette dégradation de l'hygiène corporelle des conducteurs routiers, ainsi que de leur hygiène alimentaire. « Pas étonnant : ils partent avec 15 € d'argent de poche pour la semaine ! », constate-t-il. Syndromes liés au smartphone Laurent Karila, addictologue et président de SOS Addiction, a décrypté les réactions psychiques qu'entraîne l'usage très fréquent d'un smartphone, notamment chez les jeunes. Si les jeunes répondent plus souvent aux sollicitations et s'exposent à plus de risques que les conducteurs plus âgés, c'est qu'ils sont susceptibles d'être atteints de fomo (peur de rater un échange, une communication...), ce syndrome étant lui-même très lié à la nomophobie, qui est l'angoisse de la batterie faible ou du réseau faible, auquel peut s'ajouter l'athazagoraphobie, la peur et anxiété de ne pas être aimé (via des partages, des retweets et des likes, par exemple). Portable au volant : des statistiques inquiétantes Pour un Français sur trois (surtout les jeunes), utiliser un portable au volant, c'est la même chose que de l'utiliser à la maison... Pour les conducteurs routiers qui sont exposés à cette inconscience, il y a du mouron à se faire. Alors que 93 % des Français se disent « conscients que c'est dangereux » et que l'utilisation d'un écran au volant a une influence importante sur leur temps de réaction, plus d'un conducteur sur 3 admet utiliser son téléphone au volant, que ce soit pour prendre ou passer des appels, lire ou écrire des SMS, voire consulter ses messageries sur divers applis ou réseaux sociaux. Pire, selon une étude de l'Asfa (Association des sociétés françaises d'autoroutes), 75 % des jeunes conducteurs déclarent prendre leur portable en main en conduisant (alors que cette pratique est interdite. Pour mémoire 15 secondes pour une notification Facebook, c'est 600 m sans regarder la route ! Hormis les conducteurs routiers, au comportement majoritairement conforme à la sécurité du fait de leur professionnalisme, les personnels autoroutiers sont également mis en danger par ces comportements. Le bilan 2018 a certes laissé entrevoir une amélioration après le bilan 2017 (187 agents accidentés, un mort et 12 blessés), mais les chiffres sont repartis à la hausse en 2019. Aussi dangereux que l'alcool L'étude, menée auprès de 1 500 personnes, démontre que si 76 % des Français se sentent en sécurité sur l'autoroute, ils placent l'usage du téléphone au volant au même niveau de danger que l'alcool, les drogues ou la somnolence. Tout le paradoxe est là : alors qu'ils sont conscients du risque, un tiers des Français admet utiliser le téléphone portable au volant sur autoroute et 37 % reconnaissent le prendre en main en conduisant, certains déclarant même le faire plus facilement sur autoroute « parce que c'est plus sûr ». Chez les conducteurs de moins de 35 ans, 19 % estiment qu'il n'est pas nécessaire de respecter scrupuleusement les règles de sécurité sur autoroute, et près de la moitié d'entre eux déclare ne pas pouvoir se passer de son téléphone plus d'une heure ! Ils sont 25 % à le garder en contact visuel ou à portée de main. Comme par hasard, cette même tranche d'âge (moins de 35 ans), qui ne représentent que 18 % des automobilistes sur autoroute, sont impliqués dans 43 % des accidents mortels liés à l'inattention. 6 jeunes sur 10... au moins ! 6 jeunes conducteurs sur 10 reconnaissent utiliser leur smartphone en conduisant, 61 % en le prenant directement en main. Cette pratique étant interdite, il est fort possible que ce chiffre soit largement en dessous de la réalité, les conducteurs n'osant pas forcément avouer ce forfait.