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N°1001 - Septembre 2021 Texte : Marie Fréor • Photos : Fréor & Bru ReportageSéverine Bru, 33 ansHeureuse élueEn visitant l'usine d'assemblage de camions Renault Trucks de Bourg-en-Bresse avec ses patrons, Séverine Bru, conductrice en régional en Haute-Savoie, a eu la surprise de sa vie. Elle a découvert au centre d'adaptation le grand-routier que les Transports Vougy lui destinent. Ce T The Boss (série limitée de 33 unités) est doté d'un équipement haut de gamme qui récompense sa passion pour son travail. «C'est un rêve, je n'y crois pas ! Il est trop beau ! C'est une tuerie, c'est magnifique... ». Séverine Bru, des Transports Vougy (Haute-Savoie), vient de découvrir avec une joie d'enfant le joujou que son patron lui confie en exclusivité : un Renault T inspiré de l'exemplaire unique The Boss. Plutôt typé « patron chauffeur », ce grand-routier quasi toutes options est produit en 33 exemplaires haut de gamme(1).Cette surprise a été mise en scène dans le cadre d'une visite de l'usine d'assemblage des camions Renault Trucks à Bourg-en-Bresse. La jeune femme, qui accompagnait son patron, Cyrille Deron Séon, et le fils de celui-ci, Nicolas, a pu observer de A à Z le processus de fabrication d'un grand-routier tel que son tout nouveau T The Boss 520. 128 unités (des T, T High, K et C) sortent actuellement des chaînes de l'usine, après quatre heures et demie de process, puis une heure et demi de test sur banc d'essai et sur piste. Les moteurs arrivent de Vénissieux et bien que les cabines soient réalisées à Blainville, les rétros, déflecteurs latéraux, l'habillage et le volant sont ajoutés à Bourg-en-Bresse.Tout au long de la visite, Séverine est une telle fan de la marque qu'elle n'a rien soupçonné. La surprise est donc entière quand elle découvre la plaque qui a été gravée à son nom en guise d'immatriculation. « Je l'adore déjà »On est alors au beau milieu du centre d'adaptation, qui s'occupe de stickage et de la préparation des véhicules en sortie de chaîne : montage des rampes de phares, pose des marches inox, doorlock, clim autonome, finition peinture des éléments personnalisés(2), caméra de recul, kit hydraulique, etc.« Honnêtement, j'avais toujours voulu visiter l'usine, mais je ne m'attendais pas à ça en plus. Ce nouveau roi de la route, je l'adore déjà ! Je vais pouvoir y mettre mes rideaux rouges et blancs, ça collera nickel avec la déco ». N'ayant pas la langue dans sa poche, elle en profite pour s'enquérir des améliorations, puisqu'elle roule jusque là dans un Renault T 480 de 2017.« Ont-ils changé ce maudit bluetooth ? ». On lui assure que l'isolation de la cabine étant meilleure, avec moins de bruits d'air rentrant dans la cabine, le bluetooth devrait s'en trouver amélioré. « Et la sono ? Dommage qu'il n'ait pas le système audio Focal du nouveau T ! ». Pour son Boss, Cyrille n'a pas choisi l'option interdistance, qui ne se justifie pas en montagne, mais la direction s'est bien assouplie, et le moteur dTi 13 a gagné en conso.Sollicitée par les designers des nouveaux TLa toute nouvelle génération de T, T High, K et C arrive à peine sur les routes (voir p.16), mais Séverine la connaît déjà ! Un jour de 2019 où elle était allée à la foire de La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie, le groupe Bernard exposait un T High Sport Racing Edition, le jaune, qui a fait l'objet d'une série limitée. « J'avais discuté avec le staff et c'est comme ça que j'ai été contactée par les designers qui planchaient sur la future génération de camions. Invitée à une journée axée sur l'ergonomie, je devais donner mon avis sur cette gamme et les améliorations prévues. D'ailleurs, à cette occasion, on m'avait dévoilé le Boss, longtemps avant qu'il ne sorte ». La visite de l'usine l'a d'autant plus intéressée qu'elle est passionnée de mécanique et a été peintre en carrosserie voiture. « J'ai un Titre pro de peintre carrossier. J'aurais aimé être mécano, mais mes parents n'avaient pas les moyens de m'envoyer en internat à Annecy, puisqu'on habitait Cluses ». Se verrait-elle assembler des camions ? « C'est passionnant à observer, mais je préfère largement les conduire... Pour piloter en douceur, je suis en chaussettes. Huit ou neuf heures en chaussures, non merci ! ». Son nouveau T The Boss, Séverine ne pourra pas partir avec, il a encore besoin d'être préparé pour la route, comme tous les camions sortis de ligne. Cela va du déparaffinage de la protection au nettoyage complet, en passant par l'immatriculation... « Et puis on va l'exposer deux jours à la concession Bernard Trucks de Bonneville, sur l'A42, précise le guide de la visite. C'est elle qui l'a vendu aux Transports Vougy... Les mécanos se sentiront valorisés, et ça fait du buzz ».Le T destiné à Séverine est homologué RTMD (ADR) et chaussé de jantes alu, histoire de gagner du poids. C'est d'ailleurs le seul de la série de 30 exemplaires à avoir ces jantes. Avec un intérieur aussi confortable, la jeune femme regrette presque de ne faire que du régional et de rentrer dormir chez elle... « Je découche au mieux une fois par semaine ou même par mois. En citerne pétrolière, c'est très aléatoire ». Séverine reconnaît que sa vraie vocation, c'est d'avoir « les fesses dans un camion ». Mais avant d'en prendre conscience, elle s'est aventurée dans une autre voie. « Avec mon diplôme de peintre carrossier, j'ai commencé par bosser à la chaîne en usinage. Et pour mon expérience personnelle, je me suis payé l'école Sbarro en 2014, qui prépare les stylistes et prototypistes. Je n'ai pas cherché à en faire mon métier, c'était juste pour le plaisir ».Puisqu'elle rêvait aussi de rouler, elle a fini par se faire financer un Titre pro permis C par Pole Emploi (7?000 €, ça ne se trouve pas facilement !), qu'elle a obtenu en 2017. « Faute de mieux, je m'étais d'abord contentée d'un CDD auprès de la Communauté de communes comme ripper, à ramasser les poubelles, accrochée derrière les bennes à ordures. En discutant avec le conducteur, j'ai eu une révélation ». D'abord cantonnée au porteurSon premier travail de conduite la mène dans une boîte de TP. « Comme j'étais débutante, le patron m'a cantonnée au porteur (un Kerax 8x4, puis un K) pendant un an, alors que pendant la saison morte, en hiver, j'ai passé mon permis EC, grâce à un financement par Pole Emploi. Il m'a royalement accordé deux semaines en ensemble semi-remorque, mais sans transition ni préparation ! J'en ai eu marre d'être prise pour une conne, alors j'ai mis les bouts ».Résultat, elle n'avait qu'une pratique très limitée du super lourd quand elle est rentrée chez Vougy, il y a plus de trois ans. « Je connaissais cette société par un ex-conducteur parti se mettre à son compte ». N'empêche, Cyrille Doron Séon, confiant dans ses capacités et son sérieux malgré son peu d'expérience, lui a très vite confié une citerne hydrocarbure. « Je fais aussi un peu de plateau, précise celle que ses collègues connaissent sous le nom qui s'affiche sur ses plaques lumineuses : Pupuce 74. Et aussi de la benne, en approvisionnement d'une centrale à béton en granulats. Sinon, je charge parfois en enrobé (du goudron chaud) pour Eiffage. Mais de nuit, sur les chantiers routiers, ce n'est pas évident de reculer contre la machine à goudron (le finisher) en visant la trémie et en restant dans l'axe au fur et à mesure que la benne se vide et que la machine pousse ».On l'aura compris, Séverine préfère la citerne. « Ça me fait davantage bouger, avec plus de manutention. Et puis l'ambiance est plus sympa sur les dépôts pétroliers que dans le milieu de la benne, où c'est chacun pour soi. C'est un microcosme, tout le monde se connaît ». Surtout, elle se sent dans son élément chez Vougy, heureuse d'avoir des patrons qui roulent et savent vraiment de quoi ils parlent. « On n'est pas des numéros »« Chez eux, on n'est pas des numéros ! Chacun des 23 conducteurs est respecté dans sa volonté de parcours, régional ou non. La société d'adapte à nous ». D'ailleurs, dès qu'elle y est rentrée, elle s'est si bien sentie en confiance qu'elle a investi dans un appartement à Scionzier, à 10 minutes de Vougy. La jeune femme les conforte chaque jour dans l'idée qu'ils ont bien fait de lui confier un ensemble à manipuler avec dextérité dans cette région très montagneuse. Elle a tout compris de la conduite économique : « Je suis convaincue que l'usure mécanique peut être amoindrie par un style de conduite adapté. J'utilise Optifleet et je m'amuse à m'approcher du 10/10 dans l'évaluation de conduite ». En 2020, elle a fait une moyenne de 9/10 sur environ 100 000 km, mais étant donné le relief, 36 l en montagne chargée à 44 t, c'est plutôt honorable... « Le problème, c'est qu'il suffit qu'un naze en voiture fasse une connerie pour m'empêcher d'anticiper le freinage. Et du coup je n'arrive pas à une note de 10/10 ». Même si elle se débrouille bien, elle aura plaisir à faire une demi-journée avec un démonstrateur de chez Renault Trucks, puisque Cyrille lui offre cette chance de faire grimper son score d'écoconduite.Elle avait été pressentie pour faire partie des Reines de la route (la série diffusée en début d'année), mais n'avait pas été prise à cause de l'ADR. « Ils voulaient des profils variés et s'intéressaient à moi car j'étais en camion citerne. Mais il n'est pas possible de filmer dans les dépôts d'hydrocarbures ». Très active sur Facebook et Instagram, Séverine a de nombreux centres d'intérêt hors de son boulot : la photo, les animaux, les motos... et la réalisation de maquettes de véhicules. Modéliste à ses heures, elle monte et personnalise (à la bombe de peinture et à la soudure) des camions radiocommandés réduits au 1/14e, mais aussi des 4x4 à l'échelle 1/10e, qu'elle expose sur les manifestations. Vous pourrez la voir début octobre au salon du modélisme de Chambéry... En tout cas, on sent immédiatement qu'on a affaire à une femme qui ne subit pas les choses, mais choisit ses expériences. « Il y a deux catégories des conducteurs : les passionnées et les lambdas, qui ne font ça que pour vivre ! ». Devinez dans quel groupe Séverine se classe ?(1) Il se différencie de l'exemplaire unique initial notamment par son système hifi moins sophistiqué et quelques options en moins.(2) La finition peinture des pièces plastique que le client veut autrement qu'en gris (coques de protection des rétros par exemple) est un process pas si simple que ça : ponçage, flambage, peinture d'apprêt, étuve, finition, 2e étuve, stockage, remontage.Les Transports Vougy ont commencé en charbonCréée par le grand-père de Cyrille Deron Séon en 1962 sous le nom de Transports Séon, la société Vougy Transports a pris son nom actuel en 1975, adoptant le nom du lieu où elle était implantée. Vougy se trouve en Haute-Savoie, à mi-chemin entre Annecy et Chamonix. La société de transports qui porte le nom de cette ville alpine s'est d'abord spécialisée dans le transport de charbon et fait rouler aujourd'hui 23 camions (dont 4 porteurs), dont 14 Renault Trucks, et 35 remorques. Les autres sont des Scania et des Volvo. Le Boss est donc le 15e Renault.« On a notre propre atelier de mécanique, précise Nicolas, le fils de Cyrille Deron Séon, l'actuel dirigeant. On y fait tout ce qui n'est pas sous garantie, même la réparation d'un moteur cassé, les opérations sur les pneus, les freins, les montages hydrauliques, et bien sûr l'entretien courant ». Le jeune homme sait de quoi il parle : il a travaillé comme mécano chez Bernard Trucks à Bonneville. Il a même été lauréat du concours européen de mécanique 2018 Euro World Skills.En cas de surcharge d'activité, il n'hésite pas à retirer sa cote de mécano pour sauter derrière un volant. Cyrille, son père, a lui aussi les deux casquettes. Et tous deux se partagent les plannings à établir. « On a quand même un mécano à plein temps... ou presque, car lui aussi est susceptible de remplacer un conducteur au pied levé, si besoin ». Il se trouve que chez Vougy, deux des 23 conducteurs sont des femmes. En plus de Séverine, dans cette société depuis trois ans, Magalie y fait la route en benne depuis un an. Comme elle l'a déjà fait avec quatre de ses collègues, Séverine s'apprête à la former en citerne puisqu'elle vient de décrocher l'ADR. Plusieurs activités y sont pratiquées : de la benne chantier, de la citerne hydrocarbure (c'est ce que fait Séverine), du plateau ou du porte-engin.Cyrille Deron Séon, le dirigeant de Vougy, et son fils Nicolas, qui jongle entre la conduite et la mécanique. L'atelier maison se charge de tout ce qui n'est pas sous garantie, des opérations sur les pneus aux réparations de moteurs.