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Texte : Marie Fréor . Photos : Fréor et X D.R. N°1005 - Janvier 2022 ReportageSylvain Brivet, gérant de SBTL, 34 ans Il ne se laisse jamais abattreSylvain Brivet a toujours refusé la fatalité. A défaut de pouvoir continuer à conduire un poids lourd, il a créé sa boîte en transport léger... Mais côté camions, il n'a pas dit son dernier mot. C'est bien la preuve que même un handicap (manque de motricité des jambes) n'est pas un obstacle au métier de la route...Dans son enfance, une rubéole congénitale a rendu Sylvain Brivet handicapé à vie, avec des problèmes de motricité au niveau des jambes. « Si mes parents ne m'avaient pas obligé à bouger autant que possible, j'aurais passé ma vie dans un fauteuil roulant ! ». Pour faire comme son père, mécano PL, Sylvain a quitté l'école en 3e et passé un CAP de carrosserie, à défaut d'un CAP de conducteur routier puisqu'aucun patron du coin n'était alors prêt à accueillir un adolescent sur deux ans.Mais Sylvain savait ce qu'il voulait, d'autant que différents stages dès la 4e l'avaient amené à accompagné les conducteurs de plusieurs sociétés de transport locale du Tarn-et-Garonne. La carrosserie, c'était beaucoup moins sa tasse de thé. A 18 ans, un employeur de Toulouse à qui il parvient à cacher son handicap lui paie le permis C. Le voilà parti en messagerie, en 2006. En 2011, Sylvain se paie le super lourd lui-même et peut enfin passer en national, et même franchir les frontières. Pour lui à qui on prédisait une quasi paralysie, c'est une échappée salvatrice !Divers métiers pour se faire la mainPour se faire la main, il enchaîne divers métiers : frigo, bâché, plateau, container... « Le frigo, c'est au final ce qui me convenait le mieux : la nuit, on est plus tranquille à rouler, et la manutention est très restreinte, comme en container ». Le souci, c'est qu'à force d'agir comme si son corps n'avait aucun ennemi à combattre, sa maladie finit par se rappeler à lui de façon très aigüe.Sous le coup de la fatigue et du stress, sa santé se dégrade dangereusement. « En 2014, mes membres inférieurs ne répondaient plus, et le temps de faire des investigations sur les causes et les conséquences, j'ai dû rester arrêté un an et demi ! ». Un temps d'immobilisation forcée que Sylvain met à profit pour repasser son permis B avec la mention spécifique handicap, c'est-à-dire sur une voiture avec freinage et accélération à la main.Aucun transporteur prêt à équiper un camionPour continuer à exercer son métier de conducteur PL, il aurait fallu qu'il ait le même type d'équipement sur un camion. Problème : aucun employeur démarché n'était prêt à équiper un camion avec les commandes au volant. « C'est là que je me suis dit : tant qu'à faire, pourquoi ne pas mener une activité en utilitaire léger ? Cette perspective m'a redonné la pêche et j'ai passé la capacité de transport en moins de 3,5 t à l'Aftral de Toulouse ».En trois semaines de cours et de travail personnel, Sylvain décroche le titre. « J'avais la chance d'avoir un contact personnel dans le transport qui m'a mis un pied à l'étrier en transport de produits pharmaceutiques en glacières réfrigérées. Un autre commissionnaire était prêt à me confier des courses en express ».Avec la confiance de sa banqueOn est alors en 2017. Pour lancer sa petite société, qu'il baptise SBTL (Sylvain Brivet Transport Location), l'Agefiph lui finance l'adaptation d'un Fiat Ducato en boîte automatique. Une poignée au tableau permet de freiner et d'accélérer. « La Banque populaire occitane m'a dit : ??Je crois en vous ! On va y arriver''. Aujourd'hui, c'est toujours elle qui me soutient, puisque sa confiance a été récompensée ».Pour l'organisation du transport à partir de son siège à Montech dans le Tarn-et-Garonne (près de Montauban), Sylvain est assisté par ses parents. Sa mère est présidente et comptable de SBTL. Elle forme les nouveaux conducteurs sur les tournées. Elle et son père remplacent les conducteurs au pied levé si besoin. Mais le jeune homme utilise aussi depuis peu les services d'un agent d'exploitation, qui va chercher les clients et organise les tournées. Un an et demi après s'être installé à son compte, il achetait déjà son deuxième fourgon, pour l'envoyer sur du lot en express. Un peu plus tard, un transporteur lui confie un contrat de transport de matériel Engie.7 conducteursDe fil en aiguille, sa petite société finit par gérer 7 conducteurs (lui compris)... « SBTL est rentable. Ce qui fait notre succès, c'est les clients apprécient notre réactivité. C'est bien la preuve que même un handicapé peut effectuer le métier de la route ». Aucun problème de parcours ? « J'ai eu très peu de soucis avec les conducteurs, assez fiables dans l'ensemble. Et dans mes moments de découragement, quand la douleur physique est très forte, ma compagne, Agnès, est toujours là pour me soutenir et m'encourager ».Car le principal obstacle à sa bonne volonté est là : s'il force trop et n'arrive plus à gérer la fatigue et le stress, Sylvain passe deux jours en fauteuil. Malgré tout, contre vents et marées, il élabore des projets. Il vient d'investir dans un local qui lui permet d'entreposer colis et palettes, ce qui ajoute une corde à son arc. Et compte bien faire progresser le transport en utilitaire en achetant dès 2022 une remorque Tautliner spécifique pour augmenter le volume de l'un de ses fourgons pour l'affrètement via B2PWeb.Puis, dans cinq ans environ, il aimerait passer la capacité en plus de 3,5 t. Mais ce n'est pas gagné : « Ça m'oblige à y consacrer deux soirées par semaine pour les cours, pendant un an et demi, tout en travaillant bien sûr. Et puis ça coûte quand même 4 500 €, et pour l'instant notre équilibre financier ne me laisse pas assez de marge pour ça ».Sans compter qu'il lui faudra faire adapter un camion comme son utilitaire aujourd'hui. Mais un jour, il arrivera à repartir en container, benne ou frigo, c'est sûr ! « J'envisage même de faire adapter plusieurs poids lourds, pour donner leur chance à d'autres conducteurs qui, à cause de leur handicap, voient toutes les portes se fermer dans ma région ». lLe parc SBTL1 VW Crafter fourgon 14 m32 Citroën Jumpy1 Fiat Scudo1 Fiat Ducato1 Peugeot Boxer